jeudi 10 janvier 2008

JESSE HARPER

JESSE HARPER « Guitar Absolution In The Shade Of The Midnight Sun » 1969

L’écho sourd des tréfonds de l’âme résonne parfois à l’aide d’une guitare électrique. La musique de Jesse Harper est celui des ghettos urbains drogués par les fumées nocives, la crasse et le bruit sourd des jungles métropolitaines. « Guitar Absolution » n’est pas une décharge d’électricité, il est l’électricité grouillant dans les grands câbles de cuivre.
L’homme n’est qu’une étoile filante de l’immensité pysché de la fin des années 60. Il en est pourtant un prodige connu d’une poignée d’amateurs.
Jesse Harper s’appelle en fait Doug Jerebine, et est originaire de la Nouvelle-Zélande. Au milieu des années 60, il rejoint le groupe du saxophoniste Bob Gillet, The Brew. Le combo pratique un mélange détonnant de blues-rock à l’anglaise et de jazz qui permet à Jerebine de démontrer ses talents de guitariste. Il devient l’initiateur d’une scène blues-rock heavy qui voit plusieurs guitaristes de talent s’imposer : Billy TK Jigsaw dans Human Instinct, Eddie Hansen au sein de Ticket, ou Harvey Mann au sein des Underdogs. Ce dernier est d’ailleurs considéré comme le maître suprême de la guitare heavy kiwi. Or le garçon a appris la guitare aux côtés de Jerebine.
En 1969, The Brew se dissout, et Jerebine part pour Londres. Il y enregistre des chansons pour un futur disque sous le nom de Jesse Harper. Il est rejoint sur place par le groupe Human Instinct qui vient enregistrer son disque-culte « Stoned Guitar ». Sans contrat et sans argent, Jerebine compose pour eux sept chansons, certaines étant destinées pour son disque, dont « Jug-A-Jug Song » ou « Hear The Good News ». Ce fameux disque qui ne verra pas le jour avant 1992, faute de contrat discographique. Pourtant, ses gigs ne laissent pas indifférent. Une légende veut même que Jimi Hendrix, après avoir assisté à un d’entre eux à Londres, aurait proposé à Harper de devenir le guitariste de son trio, Jimi passant à la basse. Sûrement une plaisanterie du Voodoo Chile pour féliciter Harper de son jeu.
Alors qu’en est-il de cet album ? En fait, ne cherchez pas de disque novateur, de prodige incompris trop en avance sur son temps. « Guitar Absolution » est ancré dans le son late sixties, imprégné de blues-rock anglais à forte influence hendrixienne. Mais Jerebine délivre ici une sorte de vague sonique, une épaisse lave en fusion qui ondule comme l’électricité dans les micros. Il semble que même la guitare ait pris des hallucinogènes, tant le son, gorgé de fuzz sauvage, de distorsion et de de reverb, se déforme dans vos oreilles. Stoned Guitar.
La voix de l’homme n’est même pas effrayée par la musique terrifiante qui sort de ses doigts. Calme, posé, presque folk, elle contraste avec la rage grondante des mélodies.
Malaxant le blues, le rock psychédélique, et la pop anglaise, Jerebine/Harper produit une musique bien dans son époque, mais qui a incroyablement bien vieilli. La magie opère toujours, le tonnerre contenu dans cet album reste intact.
Les bandes dormiront durant 25 ans. Jerebine coule corps et âme dans le mysticisme. Sa vie ressemblera à la première pochette de « Guitar Absolution », « L’Agonie Dans Le Jardin », une peinture du 16ème siècle du peintre El Greco. Il attendra l’édition remasterisée de 2002 pour enfin en avoir une copie.

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2 commentaires:

TPE a dit…

J'ai été un peu déçu par Jesse Harper même si y'a quelques chansons vraiment excellentes dans ce style! Je conseillerais dans le même genre Randy California et son album Kapt Kopter & The Twily Birds.

Charlie Deep a dit…

Non en fait j'ai ré-écouté et j'apprécie davantage ! A conseiller vivement à tous les fans de Hendrix ! Mais attention ne pas s'attendre à du tube comme Fire, Purple Haze & Co, même si quelques chansons valent vraiment le coup !