lundi 13 janvier 2020

La New Wave Of British Heavy-Metal (NWOBHM) part 3

"Metallica ne manquera pas une occasion de leur rendre hommage."

 
1981 est un tournant dans la NWOBHM. Si beaucoup de disques, jalons historiques, furent publiés en 1980, les meilleurs albums datent de 1981. Venom publie son Welcome To Hell, mais aussi plusieurs fines lames essentielles qui font leur apparition. Parmi elles, Raven, le trio des frères Gallagher, qui débroussaille avec ses chapelles de riffs brutaux et son chant sauvage le futur Thrash-Metal. Raven, fera une tournée en compagnie de Metallica en 1983 : le Kill'Em All For One Tour. Ils tournent toujours. Leur batteur casqué Rob Wacko Hunter est parti en 1987, remplacé par Joe Hasselvander, connu par les amateurs de Doom pour être un pilier de Pentagram durant les années 80-90.


Autre équarrisseur de riffs asserrés, les brutaux écossais d'Holocaust. Ce quintet d'Edinburgh va aligner un album parfait, The Nightcomers, et un disque live dantesque, Live Hot Curry And Wine, paru en 1983 mais capté deux ans auparavant. Des riffs simples et saignants, des rythmiques infernales, un chant vicieux de gamin malade, Holocaust définit un Heavy-Metal efficace et malsain qui saura faire date parmi beaucoup de groupe de Heavy-Metal allemand : Accept, Gamma Ray…. L’histoire du quintet va devenir compliqué dès 1982, un conflit éclatant entre les deux guitaristes John Mortimer et Ed Dudley. Mortimer partira le temps d’un simple faiblard en 1982, Coming Through. Puis Holocaust se séparera en 1983. Holocaust deviendra Hologram avec le guitariste Ed Dudley. Il publiera un très bon disque Hard-Rock mélodique du nom de Steal The Stars, dans la lignée des deux premiers albums de Def Leppard. John Mortimer réactive le nom d'Holocaust dès 1984 avec un album qu’il enregistre seul, No Man’s Land, de piètre qualité. Il poursuivra dans les années 90, et continue à jouer régulièrement avec un trio sur les festivals de Heavy-Metal.


 
Witchfinder General incarne le renouveau d'un genre maudit mais aux racines pionnières du Heavy-Metal : le Doom. Très inspiré par Black Sabbath, Witchfinder General pratique pourtant la chose de manière encore plus agressive, puissante et mortifère que le quatuor de Tony Iommi. Le premier album, Death Penalty, paraît en 1982, et fait son petit effet grâce à la séance photo de la pochette de l'album. Le groupe va se faire photographier avec costumes de prêtres et de chasseurs de sorcières dans un cimetière sans l'accord du prêtre local, posant en compagnie d'un mannequin sexy du nom de Joanne Latham. La séance va faire les titres de la presse locale, choquée par ce mannequin dénudé entourée de chevelus et leurs crucifix. En clin d'oeil, la pochette du second disque, Friends Oh Hell, tentera le même coup, mais avec encore plus de mannequins sexy. Le premier album est une réussite fondamentale, mais n'est pas suivi d'une tournée des salles anglaises pour cause de conflit au sein du groupe et avec le label. Afin de ne pas perdre de temps, Friends Of Hell, est mis en boîte et publié début 1983, il est cette fois suivi de concerts. Pourtant, malgré la qualité indéniable des morceaux, Witchfinder General peine à trouver son public, et le découragement gagne entre le guitariste Phil Cope et le chanteur Zeeb Parkes. En 1984, Witchfinder General jette l'éponge. Cope retentera sa chance en 2006, sans succès, avec un disque plutôt faible : Resurrected.


 
Enfin, il n’est pas permis de ne pas évoquer l’une des plus grandes injustices de la NWOBHM : Legend. Groupe fondé en 1980 par l’exceptionnel guitariste Peter Haworth et le chanteur Mike Lezala, ils enregistrent dès 1981 un premier album éponyme magique. Legend pratique un Heavy-Metal technique, puissant, aux atmosphères riches, sans aucun temps mort. Mike Lezala écrit des textes brillants, certains très engagés politiquement. Malheureusement, Legend a un handicap de taille : ils sont originaires de l’Ile de Jersey, et n’arriveront jamais vraiment à se faire connaître au-delà. Le groupe écume tous les pubs et les clubs de l’île, mais n’arrive pas à décrocher un engagement sur Londres, la faute à l’absence de l’appui d’une vraie maison de disques nationale, Workshop Records étant leur propre label. Les albums se vendent pourtant bien grâce au soutien de la presse spécialisée, Kerrang comme Sounds. Les fans commandent les albums directement par courrier. En 1982, le quintet devient quatuor, le second guitariste Marco Morosino abandonnant l’affaire. Legend publie un chef d’oeuvre absolu : Death In The Nursery. Encore supérieur à son prédécesseur, il ne pouvait que convaincre la Grande-Bretagne du potentiel du groupe. Ils insistent en complétant la sortie de cet album avec un EP tout aussi brillant : Frontline. Une lueur d’espoir apparaît quand enfin, Legend réussit à jouer au Marquee Club de Londres en 1983. Quelques nouvelles chansons sont captées pour convaincre une major, mais le vent tourne. Personne ne veut les signer, et Legend jette l’éponge en 1984. Suite à la réédition inespérée de toute leur musique, ils se reforment en 2003 puis en 2013, publiant à chaque fois un très bon disque, malheureusement sans aucun écho. Legend continue donc a n’être qu’une légende sur son île de Jersey.



 

A partir de l'année 1983, les choses se compliquent pour la NWOBHM. De nouvelles formations font leur apparition, notamment en Etats-Unis, mais aussi en Europe. Le Thrash-Metal acte sa naissance à San Francisco avec les premiers albums de Metallica et Slayer. L'Europe voit apparaître des groupes ultra-violents visuellement et musicalement : Bathory en Suède, Mercyful Fate au Danemark, et Celtic Frost en Suisse. Tous ces groupes doivent un lourd tribut au nouveau Heavy-Metal anglais, mais lui claque également sèchement la porte au nez en allant encore plus loin en termes d'agressivité et de violence sonore. La NWOBHM doit s'adapter ou mourir, et l'année 1983 est donc charnière. Une dernière vague de groupes enregistre des albums indispensables. 



Plusieurs sont par ailleurs nés bien avant 1983. Parmi eux, Savage, dont les premières traces sonores remontent à 1979. Le quartet participe à plusieurs compilations avant de signer sur le label Ebony. Au passage, ses premiers morceaux seront joués sur des démos par Metallica sous des interprétations quasi-identiques dès 1982. Le premier album, mythique, se nomme Loose'N'Lethal et paraît en 1983. Fulgurant brûlot de Heavy-Metal, il va emmener la NWOBHM sur un terrain plus saignant et agressif, sans pour autant tomber dans la facilité pseudo-Thrash, dont ils sont par ailleurs une influence. Le second disque, Hyperactive, de 1984, déçoit les fans à cause de sa production trop léchée malgré d'excellents morceaux. Savage arrête les frais, et reprendra sa route au milieu des années 90. Il bénéficiera pour cela de la promotion assurée par Metallica, ouvertement fan, ce qui les pousse d’ailleurs à se reformer. Malheureusement, contrairement à ses camarades Diamond Head ou Samson, il ne seront pas inclus sur la compilation hommage à la NWOBHM de 1990 assemblée par Lars Ulrich, et ne seront pas repris sur l'album Garage Inc de Metallica en 1998, vendu à cinq millions d'exemplaires, ce qui aurait permis à Savage de bénéficier de quelques droits d'auteur bienvenus et mérités.


 
Jaguar aura sensiblement la même trajectoire. Quelques simples en 1981 et 1982, avant un premier album chez Neat en 1983 : Power Games. Entre temps, le quatuor s'est crée une solide base de fans en Hollande et en Belgique, la Dutch Connection à laquelle il rendra hommage sur son premier album. Jaguar pratique un Heavy-Metal que l'on peut déjà qualifier de Power-Metal, avec des riffs tranchants, une batterie speed, et un chant plus classiquement Heavy. Le résultat est un excellent album, avec des refrains qui font mouche, et un travail de guitare sublime de Gary Pepperd. Mais dès 1984, Jaguar choisit la voie du Heavy-Rock mélodique, se coupant net de sa musique passée. L'album This Time est pourtant une réussite dans le genre, toujours efficace et Hard-Rock, mais largement plus consensuel que son précédent méfait. Logiquement, Jaguar perd ses fans de la première heure, et n'en gagne pas de nouveaux. Un retour en demi-teinte s'est opéré à partir de 2000, sans offrir d'album marquant.


 
En 1983, la scène Heavy-Metal anglaise est déjà fortement peuplée, et il devient difficile de faire la différence. Cloven Hoof opte pour un concept fumeux où chaque musicien symbolise un élément : le feu, l'eau, l'air et la terre. Outre ce côté un peu risible, le premier album éponyme de 1984 est une incontestable réussite. C'est un Heavy-Metal puissant et inspiré, qui n'est pas sans augurer ce que fera Manowar sensiblement au même moment. Les structures des morceaux sont toutefois plus progressives sans être prétentieuses. Le chanteur Dave Potter part pour être remplacé par un vétéran : Rob Kendrick, ancien guitariste-chanteur dans Trapeze et Budgie dans les années 70. Un disque en public est capté en 1986 : Fighting Back. La musique reste puissante mais devient plus mélodique avec l’apport de Kendrick. Le disque souffre d’une production sonore désastreuse qui nuit à sa qualité. Dans l’impasse, le bassiste Les Payne, principal compositeur, se retrouve bientôt seul, mais n’abandonne pas. Il reforme un nouveau Cloven Hoof pour deux très bons disques de Power-Metal mélodique : Dominator en 1988 et A Sultans Ransom en 1989 avant de se séparer. Payne reformera un nouveau Cloven Hoof en 2006 qui enregistre des disques et tourne régulièrement. 


 
Deux autres signatures du label Ebony sont également à signaler en cette fin d'âge d'or de la NWOBHM. Le premier se nomme Chateaux, a été fondé par le guitariste Tim Broughton et joue un Heavy-Metal massif et agressif, ressemblant à certains égards au Black Sabbath avec Ronnie James Dio. En trio, le premier line-up est complété en studio par le chanteur Steve Grimmett pour l'enregistrement de l'album Chained And Desperate en 1983. Rapidement et sans avoir donné le moindre concert en soutien au disque, le groupe se disloque totalement et Broughton reforme un nouveau trio. Chris Dadson prend la batterie et Krys Mason la basse et le chant. Chateaux oriente son Heavy-Metal vers des sonorités proto-Thrash du meilleur effet, et les deux albums suivants, Firepower en 1984 et Highly Strung en 1985 sont hautement recommandables, sans aucun doute ce qui est sorti de mieux en termes de Heavy-Metal anglais à cette époque. 



Et puisque l'on parle de Steve Grimmett, l'homme fut avant tout le chanteur de Grim Reaper, qui publie également son premier album sur Ebony, See You In Hell, en 1983. c'est le résultat d'un long processus, la formation du groupe remontant à 1979. Avec ce premier disque, et une distribution efficace aux Etats-Unis par RCA, Grim Reaper réussit à percer le marché américain. Les trois albums du quatuor se vendra à presque un million d'exemplaires chacun, faisant de Grim Reaper un des rares outsiders de la NWOBHM à avoir réussi aux Etats-Unis.


 
Pour clore ce récit non exhaustif et synthétique sur la NWOBHM, n'oublions pas de parler de Blitzkrieg et de son chanteur Brian Ross. Voilà un symbole des galères rencontrées par de nombreux musiciens de ce renouveau du Heavy-Metal anglais. Ross fonde dès 1980 le groupe Blitzkrieg en compagnie d'un authentique génie de la guitare : Jim Sirotto. Le premier simple éponyme, publié en 1980, sera repris par Metallica à de nombreuses occasions. Mais de son vivant, le quintet aligne les concerts, et enregistre des démos vendues sur des cassettes à leurs concerts, dont un enregistrement live, Blitzed Alive Cassette en 1981, faute de label. Epuisé par tant de déconvenue, Blitzkrieg se sépare en 1981 et Ross tente sa chance au sein d'autres groupes, notamment Avenger pour quelques simples en 1982 et 1983, essentiellement des compositions du répertoire de Blitzkrieg. Puis Ross rejoint Satan, et publie enfin un premier album mythique, Court In The Act, en 1983. L'album a suffisamment de succès pour permettre au chanteur de gagner une petite réputation nécessaire à la reformation de son cher Blitzkrieg avec Sirotto. Ross quitte donc Satan juste après la sortie de l’album, qui poursuit sa carrière avec un nouveau chanteur. Le premier album de Blitzkrieg, A Time Of Changes, est publié chez Neat en 1985. C'est une véritable réussite, brodé de morceaux affinés depuis cinq longues années. Mais la NWOBHM s'éteint, et le disque disparaît dans les bacs à soldeurs au profit du Thrash et du Death naissant. Blitzkrieg ne donnera qu’une poignée de concerts en 1985 avant de disparaître. Grâce au succès de la compilation de Lars Ulrich de 1990, Ross décide comme beaucoup de tenter son retour, et en 1995, il reforme un Blitzkrieg qui va enregistrer des albums et tourner régulièrement jusqu'en 2013, pour un public de fans de Metal restreint mais fervent. Et puis le miracle se produit lorsque le Satan original se reforme en 2013. Le nouvel album, Life Sentence, parfaitement dans la lignée de Court In The Act, connaît un succès aussi surprenant que conséquent à travers le monde. Satan tourne partout : en Europe, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Asie, devant des salles pleines, et vend plusieurs centaines de milliers d'exemplaires de ses disques, permettant à ses musiciens de connaître une reconnaissance publique tardive mais méritée.


 
Par ailleurs, puisque j’évoque Brian Ross, il serait injuste de ne pas évoquer ses compagnons de route de Satan, autre fine équipe qui, comme les frères Sutcliffe et Dave Crawte de Trespass, vont s’accrocher à leurs rêves de musique. Graeme English est bassiste, et va d’ailleurs jouer dans le premier line-up de Blitzkrieg. C’est là qu’il fera la connaissance de Ross. Il rejoint deux guitaristes : Russ Tippins et Steve Ramsey. La petite équipe est complétée par le batteur Sean Taylor, qui a par ailleurs officié derrière les frères Gallagher au sein de Raven entre 1977 et 1979 avant l’arrivée du batteur Rob Hunter. La NWOBHM est réellement une grande famille dans laquelle les musiciens vont et viennent entre les formations. Ils vont fonder avec Ross le groupe Satan. Lorsque le chanteur part retrouver son Blitzkrieg adoré, il est remplacé par le chanteur Ian Swift, futur Avenger, le temps d’une tournée en 1983. Le nom de Satan, bien que démoniaque pour les fans de Heavy-Metal, est malheureusement handicapant pour trouver des concerts. Les musiciens décident de prendre leurs distances avec l’occulte, et avec l’arrivée du chanteur Lou Taylor, ils deviennent Blind Fury. Le groupe avait été originellement fondé par Taylor et un certain Kevin Heybourne, en rupture d’Angel Witch. Blind Fury publie l’album Out Of Reach en 1985 et se tourne vers un Metal plus mélodique. Le succès commercial n’étant pas là, ils décident de retenter le nom de Satan en 1987 lorsqu’ils apprennent que Court In The Act est devenu culte aux Etats-Unis. Un nouveau chanteur prend ses fonctions : Michael Jackson, sans rapport avec l’idole blanchie de la Pop internationale. Un second bon disque est enregistré : Suspended Sentence. Sans plus de succès, le groupe change à nouveau de nom et évolue vers un excellent Heavy/Thrash-Metal. Ils deviennent Pariah, et enregistre notamment le fabuleux Blaze Of Obscurity en 1989. Puis, English, Ramsey et Taylor se lancent dans le Folk-Metal avec Skyclad au cours des années 90, avant de réanimer en 2013 le Satan de l’année 1983 avec Brian Ross et Russ Tippins pour enfin connaître la reconnaissance internationale.


 
La NWOBHM va disparaître progressivement à la fin des années 80. On peut néanmoins évoquer une quasi-quatrième génération. En effet, sur les cendres du mouvement dont le climax fut incontestablement la période 1980-1985, plusieurs musiciens forment de nouveaux groupes ou poursuivent leur carrière au-delà de l’année fatidique de 1985. Quelques survivants plus ou moins chanceux perpétuent l'héritage : Iron Maiden ou Def Leppard dans les stades, Cloven Hoof ou Saxon dans les petites salles. Paul Dianno, premier chanteur d’Iron Maiden fonde Battlezone en 1986 pour un excellent premier album : Fighting Back. Clive Burr, premier batteur d’Iron Maiden, rejoindra Elixir. Déjà, les musiciens de la première génération de la NWOBHM servent à la formation de super-groupes éphémères. Gogmagog est le plus représentatif, avec Burr à la batterie, Dianno au chant, et aux guitares, Pete Willis de Def Leppard et un certain Janick Gers de Gillan et White Spirit. Le Metal américain influence de plus en plus le Metal anglais : Thrash, Speed, ou Power intègrent la NWOBHM afin de rester dans le son de l’époque. Cloven Hoof opte pour ce son, tout comme Avenger et Tysondog. Warfare et Atomkraft poursuivent leur héritage de Venom et de Motorhead. Quant à Venom, le groupe se disloque, et le bassiste-chanteur Conrad Lant fonde son propre groupe de Speed/Thrash-Metal, Cronos. D’autres décident de suivre la voie de Def Leppard. Trespass devient le très mélodique Blue Blud. Praying Mantis poursuit sa quête mélodique. Lionheart, fondé par l’ancien guitariste d’Iron Maiden Dennis Stratton, joue un Hard-Rock très proche de Journey. L’ancien batteur de Judas Priest, Les Binks fondera le très mélodique Tytan.
 



Metallica ne manquera pas une occasion de leur rendre hommage. D'abord par la double compilation assemblée par le batteur Lars Ulrich en 1990 déjà évoquée, faisant rayonner son aura sur ces groupes obscures, puis en emmenant Diamond Head en première partie de ses plus gros concerts en 1993. Beaucoup de ces groupes tenteront de profiter du coup de projecteur pour tenter une reformation et une seconde carrière, souvent en vain. La NWOBHM est pourtant un mouvement majeur dans l'histoire du Rock anglais, sans doute la dernière fois où ce dernier eut un rayonnement musical international. Le son cru, la vivacité, son approche à la fois plus radicale tout en collant au plus près des apprentissages des aînés du Hard-Rock font de la NWOBHM un mouvement musical riche et vaste, où les groupes de qualité sont légions. Son influence sera massive : tout le Metal extrême en découle, depuis le Thrash jusqu’au Black. De par la qualité de ses productions, il continue à fasciner des générations nouvelles de fans de Heavy-Metal qui n’étaient même pas nées lorsque retentit un jour « Running Free » d’Iron Maiden en 1979.


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vendredi 20 décembre 2019

La New Wave Of British Heavy-Metal (NWOBHM) Part 2


"Un autre pionnier du mouvement et l'un des plus sous-estimés est sans doute Witchfynde."



Au sein des pionniers électriques, il convient d’abord d’évoquer un premier groupe que l’on évoque parfois comme étant un groupe de la NWOBHM à part entière, bien que les dates ne collent guère : Dirty Tricks. Ce quatuor fondé en 1974 sort son premier disque en 1975, et développe un Heavy-Metal zeppelinien de première catégorie, qui va se durcir jusqu’à l’ultime effort, Hit And Run en 1977. Ce troisième album voit les tempi s’accélérer, et se rapproche de Judas Priest à la même époque. L’autre argument plaidant pour les qualifier à ce nouveau Heavy-Metal est le fait que plusieurs de ses musiciens rejoindront des groupes de la NWOBHM : le bassiste Terry Horbury dans Vardis, le batteur Andy Bierne dans Grand Prix, et le guitariste Johnny Fraser-Binnie dans Rogue Male. Les quatre musiciens resteront très liés et formeront dans les années 2000 l’un des meilleurs tribute-band de Grande-Bretagne à Led Zeppelin : Stairway To Zeppelin.


Un autre pionnier du mouvement et l'un des plus sous-estimés est sans doute Witchfynde. Véritable vétéran, on retrouve des traces d'enregistrements discographiques en 1975, les bandes ayant été récemment publiées. Mais ce n'est qu'à partir de 1979 que Witchfynde devient une machine à broyer de l'os. Le son de guitare de Montalo se fait plus tranchant, plus lugubre, s'éloignant du psychédélisme rampant d'un Tony Iommi de Black Sabbath. C'est un château hanté que nous fait visiter Witchfynde au cours de ses quatre premiers albums entre 1980 et 1984. Give'Em Hell, le premier, est assurément un sacré obus au gaz moutarde, asphyxiant l'auditeur imprudent par son atmosphère lourde.


Puisque j’évoquais Dirty Tricks et son bassiste Terry Horbury, parlons de son second groupe : Vardis. Trio fondé par l’extravagant guitariste-chanteur Steve Zodiac, sorte de sosie musculeux de Johnny Winter, Vardis pratique un Hard-Blues ultravitaminé, sorte de Status Quo sous amphétamines. Le premier album de 1980 est un disque live : 100 MPH. C’est un excellent LP, puissant et efficace. Vardis publiera trois autres albums studio avant de disparaître dans l’indifférence générale. Depuis Steve Zodiac a réanimé son trio.


Diamond Head est formé fin 1976 par le guitariste Brian Tatler et le chanteur Sean Harris. Dès 1977, les deux musiciens stabilise leur formation et composent leurs propres morceaux. Il publie en 1980 un premier album dantesque, auto-produit, le White Album, qui fera date en étant repris par Metallica à raison de six titres sur sept. Les simples sont autant d'ajouts indispensables, véritables comètes émises par un Led Zeppelin possédé, sous speed : « It's Electric », « The Prince », « Helpless », « Streets Of Gold »… Par la suite, le quatuor va évoluer vers un Hard-Rock plus fin mais toujours doté de beaucoup de personnalité.


Samson, quartet précurseur fondé par le guitariste Paul Samson, publie son premier disque dès 1979. Mais c'est avec l'arrivée du chanteur Bruce Dickinson, surnommé ridiculement Bruce Bruce, que Samson va être propulsé dans la stratosphère avec l'album Head On. Et contrairement aux mauvaises langues, Samson survivra au départ de Dickinson avec l'arrivée du massif chanteur Nicky Moore et d'un batteur moins spectaculaire mais plus carré : Pete Jupp. Ce dernier remplaçait le volubile Barry Thunderstick Purkis, le batteur cagoulé des débuts. L'album de 1982, Before The Storm est un brûlot de Heavy-Blues puissant qui possède la fureur et le sens de la mélodie de Slide It In de Whitesnake.


Tygers Of Pan-Tang fait son apparition sur la scène dès 1978, et est un authentique pionnier de la NWOBHM aux côtés de Samson et Iron Maiden. Il va publier son premier album, Wild Cat, dès 1980 sur la major MCA, qui tente de contrer EMI avec Iron Maiden. Ce premier album est rugeux à souhait, notamment grâce aux riffs bluesy de Robb Weir et à la voix râpeuse de Jess Cox. Le quatuor devient quintet avec l'arrivée du prodige de la guitare John Sykes, puis par le remplacement au chant de Cox par Jon Deverill. Les Tygers Of Pan-Tang se mutent en véritable machine de guerre, avec deux disques impeccables en 1981, Spellbound puis le plus massif Crazy Nights. Les Tygers sont alors un alliage entre Iron Maiden et Thin Lizzy, une musique enflammée et précise, qui fait des ravages sur scène, comme le prouvera le Live At Nottingham Rock City. Le groupe est malheureusement trahi par Sykes qui se sauve rejoindre Thin Lizzy. Ils prennent alors une tournure largement plus mélodique, et la formation finit par s'autodétruire après plusieurs soubresauts de piètre qualité.


1980 voit aussi quelques comètes merveilleuses et rares : d'abord Angel Witch, influence majeure de Megadeth, qui délivre un Heavy-Metal précis et scintillant comme la lame d'un rasoir. Le premier disque éponyme est une pure réussite, mais le succès commercial n'est pas là, et le trio finira par se séparer avant de revenir régulièrement au cours des trente prochaines années sans atteindre le même niveau.


Ce début de NWOBHM donne naissance à plusieurs outsiders de tout premier niveau que l’Histoire a malheureusement oublié. Le premier que je tenais à évoquer est Gaskin. Trio fondé par le guitariste chanteur Paul Gaskin, il équarit un Heavy-Metal fusionnant Black Sabbath, Led Zeppelin et Motorhead. Le chant de Paul Gaskin est assez surprenant, doux et vaporeux, contrebalançant avec la puissance de sa musique. Deux excellents albums, End Of The World en 1980 et le sous-estimé No Way Out en 1981, sont publiés avant que Gaskin ne disparaisse corps et âme. Gaskin reforme sporadiquement son groupe depuis 2000, sans grand succès.


Le second est Sledgehammer. Ce trio fondé par le guitariste-chanteur Mike Cooke va publier l'authentique premier méfait NWOBHM avec le morceau éponyme « Sledgehammer » dès 1979. Metallica les ressortira de l'oubli sur sa compilation hommage au mouvement en 1990. Comme pour beaucoup de formations, Sledgehammer survit avec ses concerts et ses simples auto-produits. Autre pépite oubliée : « Fantasia ». C'est un authentique miracle électrique, obsédant. On retrouvera le trio avec son premier et unique album, le très sous-estimé Blood On Their Hands en 1983. Le son est moins sauvage que sur les simples, mais les compositions conservent toute l'ambiance malsaine, et ses riffs de Fender Stratocaster acides et entêtants.


Enfin, comment ne pas évoquer le destin maudit de Trespass. Auparavant nommé Illusion et formé en 1976, ces fabuleux guerriers du Heavy-Metal mélodique trouveront la lumière dès 1979 avec le simple auto-produit « One Of These Days », vanté par Metallica. Il semble connaître la lumière en étant la vedette, comme Iron Maiden sur le premier volume, du second volume compilation Metal For Muthas. Mais il n'y aura pas de second miracle. Trespass sera condamné à errer, cherchant à percer en vain. Trespass compose, enregistre, et publie parfois quelques simples, sans réel succès. L'ensemble de cette matière composera les compilations The Works puis une anthologie chez Sanctuary, devenue introuvable et très recherchée. Le guitariste leader Mark Sutcliffe formera Mendes Prey sans plus de succès, puis le noyau dur de Trespass, les frères Sutcliffe, Mark à la guitare-chant et Paul à la batterie, et le guitariste Dave Crawte, forment le très commercial et Glam-Metal Blue Blud, sans grand prestige. Depuis, Trespass est revenu à la vie, et a publié son premier album composé de morceaux des années 1979-1981, et capté en 2015. Les morceaux, joués et peaufinés depuis trente ans, sont interprétés sans fioritures et avec un brio ahurissant, faisant de cet album un disque indispensable.


(à suivre)




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