dimanche 8 septembre 2019

TRAPEZE 1979


"Le contenu de Hold On a une âme mélancolique et amère bien éloignée de la New Wave de l'époque. Trapeze a l'expérience de la vie pour eux."





TRAPEZE : Hold On 1979

Etre sur la brèche, le nez dans le vent. Etre aux abois, mais le ventre pétri de résignation. Se dire que l'on va faire du mieux que l'on peut, mais que cela ne suffira pas pour atteindre le sommet. Que la pierre que l'on va ajouter à l'édifice ne sera qu'une pierre de plus, mais qui donnera de l'ampleur au résultat final. Et que malgré tout, on aura passé de bons moments, qu'importe ce qu'il adviendra dans les années à venir.

Lorsque le guitariste Mel Galley fonda le groupe Trapeze en 1969 avec le batteur Dave Holland, il avait sans aucun doute de beaux rêves. A commencer par celui de fuir son quotidien de l'époque : le Black Country. Région située entre Birmingham et Cardiff, elle regroupe toutes les industries lourdes de la Grande-Bretagne : sidérurgie, mines de charbon et de minerais. Son surnom provient de la fumée et de la poussière omniprésentes qui flottent dans l'air et recouvrent le paysage. D'abord quintet psychédélique, Trapeze devient dès 1970 un power-trio : Galley à la guitare, Holland à la batterie et le bassiste-chanteur Glenn Hughes. Sa voix puissante, très soul survole désormais un hard-rock pétri de funk. Medusa est un premier chef d'oeuvre électrique, totalement oublié. Le troisième album de 1972, You Are The Music, We're Just The Band, est l'accomplissement de cette fusion inédite, surtout de la part d'un groupe de blanc-becs venu des tréfonds de la Grande-Bretagne industrielle, davantage bercé par le Pub-Rock, le Boogie et le riff lourd. Black Sabbath, Judas Priest, Budgie et la moitié de Led Zeppelin, Plant et Bonham, viennent eux-aussi de ces terres.

Cependant, alors que Trapeze galère dans les clubs dans son pays natal, les premières dates américaines portent leurs fruits, ils sont demandés aux USA. Le trio se retrouve sur les plus belles scènes de l'Ouest américain avec You Are The Music, We're Juste The Band, alors qu'il n'est quasiment rien en Europe. Cette brutale rupture sera le lot de Trapeze jusqu'à la fin de ses jours en 1982.

Alors que leur carrière est en pleine ascension, Glenn Hughes est débauché par Deep Purple en juillet 1973 pour remplacer Roger Glover et assurer les choeurs aux côtés du nouveau chanteur David Coverdale. La compilation The Final Swing regroupe les meilleurs titres des trois premiers albums ainsi que deux inédits destinés à un futur album qui ne verra jamais le jour. Elle connaîtra un joli succès grâce au coup de projecteur lié au départ de leur chanteur-bassiste vers une sommité du Rock international. Néanmoins, Trapeze est décapité. Hughes regrettera souvent son départ, d'abord confronté à un choix impossible entre son groupe de copains indéfectibles en pleine ascension, et une consécration fulgurante au sein de l'une des trois plus grandes formations de Hard-Rock du monde. Ensuite, il y aura les affres de la célébrité, et une consommation de cocaïne infernale qui détruira son existence et sa carrière de 1976 à 1995, année où il décrochera enfin, et reprendra avec application et frénésie une carrière solo qu'il gâcha copieusement.

Trapeze poursuit sa carrière en 1974, et embauche deux nouveaux musiciens : le guitariste-chanteur Rob Kendrick et le bassiste Pete Wright. Mel Galley assure aussi désormais le chant. Deux disques de très bonne facture sortent : Hot Wire en 1974 et Trapeze en 1975. Comme le démontre l'excellent disque en direct Live At The Boat Club 1975, Trapeze reste une tornade scénique. Dave Holland est un batteur exceptionnel à la frappe parfaite, précis et inventif. Galley et Kendrick délivrent des riffs et des chorus sensationnels. Le groupe est d'une cohésion époustouflante, puissant, sans concession. Le seul bémol se trouve dans la voix de Mel Galley : très bon chanteur, on sent qu'il s'essouffle pourtant en fin de set, et abîme la prestation de son groupe. Mais en 1975, peu de formations anglaises ont une telle puissance de feu, et un son aussi original, à la fois heavy et funk.

Sur l'album Trapeze, Glenn Hughes est venu chanter sur deux morceaux : « Chances » et « Nothin' For Nothing ». En novembre 1975, Trapeze est mis en suspens afin que Mel Galley et Dave Holland puissent assurer une série de concerts au sein des Blue Jays, une formation comptant également Justin Hayward et John Lodge des Moody Blues. Deep Purple a donné ses dernières dates au printemps 1976 et se séparera officiellement en juillet. Si l'album avec le nouveau guitariste Tommy Bolin, Come Taste The Band en 1975, est excellent, la tournée est massacrée par les problèmes d'héroïne et le manque de charisme de Bolin. Le dernier concert aura lieu le 15 mars 1976 à Liverpool : David Coverdale quittera brusquement la scène, exaspéré de voir Bolin incapable de jouer, et Jon Lord le couvrir du mieux qu'il peut avec son orgue. Hughes en sort vivant mais pas indemne. Bouffi, blanchâtre, il picole et sniffe un à deux grammes de cocaïne par jour. Toutefois, la première chose qu'il entreprend, c'est de retourner auprès de ses compères Holland et Galley afin de leur donner un coup de main. Hughes, encore sous contrat chez Purple Records, leur fait bénéficier du confort d'un grand groupe de Rock.

Toutefois, le fossé entre Galley et Holland d'un côté, et Hughes de l'autre, est évident. Les deux premiers se sont contentés de quelques bières et de cachets plus ou moins modestes, pendant que l'autre a plongé dans les excès de rock-star. Lorsqu'ils décident de repartir sur la route ensemble en novembre 1976 pour une tournée américaine, l'histoire tourne court. Au bout de quelques dates, tout est terminé. Hughes est insupportable, caractériel, ingérable. Deux morceaux sont mis en boîte pour un futur album : l'excellent « Space High » et le plus mitigé « LA Cut Off ». Ils atterriront finalement sur le premier album solo de Glenn Hughes : Play Me Out en 1977.

Après cette déconvenue, Mel Galley décide de reprendre en main son groupe, et de s'éloigner de Glenn Hughes. Dave Holland reste à ses côtés, et Pete Wright revient à la basse. Un jeune chanteur des West Midlands, ancien membre de Fable, est embauché : il s'appelle Pete Goalby. Nous sommes en 1978, et la scène musicale a bien changé. Le Punk a fait le ménage, le Rock Californien domine aux USA. Le Hard-Rock est en perte de vitesse et se cherche un nouveau souffle. Quelques courageuses formations font survivre le genre : UFO, Judas Priest, Thin Lizzy. Deep Purple n'existe plus, Led Zeppelin et Black Sabbath sont au bout du rouleau.

Dans le Lee Sound Studios de Walsall puis le Basing Street Studios de Londres se retrouve un concentré de losers magnifiques. Trapeze a toujours eu plus de succès aux USA, et plus particulièrement au Texas, sans toutefois faire le carton miraculeux grâce à un album en or. Le groupe est donc une attraction de scène appréciée, qui fera notamment la première partie de ZZ Top à plusieurs reprises. A la console, le producteur s'appelle Jimmy Miller. Il fut l'homme derrière les Rolling Stones entre 1968 et 1972, sur leurs meilleurs albums. Mais travailler à côté de Keith Richards à cette époque coûte cher : il deviendra héroïnomane, mettra cinq ans à s'en sortir. Il vient d'émerger, il est abordable en termes de tarifs, et n'a pas perdu son talent. C'est d'ailleurs lui qui va produire, quelques mois plus tard le magnifique Overkill de Motorhead.

Entre ces quatre murs, au coeur de l'automne 1978, Galley, Holland, Wright, et Goalby composent et enregistrent de nouveaux morceaux. L'ascension vertigineuse de 1972 est loin derrière, tout comme le coup de projecteur du départ de Glenn Hughes. Le Hard-Rock est bien loin aussi, remplacé par le Punk et le début de la New Wave.

Pete Goalby va décoincer la machine Trapeze. Si Hot Wire et Trapeze furent de bons disques, ils étaient dans la continuité des disques avec Hughes, cherchant à recréer la machine infernale Hard-Rock'N'Funk. Toutefois, le résultat, de qualité, n'égalait pas les exploits du début des années 70. Et lorsque l'on cherche à faire revivre un souvenir, c'est que l'on est déjà dans la panade.

Pete Goalby va apporter une voix plus nuancée, capable de travailler sur plusieurs registres : le côté Soul initial, le Hard-Rock FM, la ballade Rock pure. Il ne demande rien aux autres. Ils vont jouer comme ils le savent : riffs abruptes et funky, rythmiques impeccables transpirant le groove, lignes de basse obsédantes. Tout cela sera réalisé avec quelques bières, dans une atmosphère modeste, sans débordement de rock-star.

Le résultat des sessions sortira à la fin de l'année 1978 en Allemagne sous le titre Running, et avec une pochette psychédélique totalement décalée et composée de femmes nues digne des années 1969-1970. La formation a signé sur un label allemand : Aura Records, ce qui explique cette primeur, et peut-être aussi le mauvais goût de la pochette initiale. Une image plus stylisée sera utilisée pour la version anglo-saxonne de 1979 : Hold On.

Le contenu de Hold On a une âme mélancolique et amère bien éloignée de la New Wave de l'époque. Trapeze a l'expérience de la vie pour eux. Cette dureté de l'expérience humaine donne aux groupes du Black Country une puissance inédite. Ils seront plus résistants, plus acharnés, plus créatifs aussi : Spencer Davis Group, Move, Black Sabbath, Judas Priest, Budgie, Traffic, Chicken Shack…. C'est l'esprit de Detroit, côté Grande-Bretagne. Le Black Country était la version noire et infernale des Stones et des Beatles. Déjà, dès 1967, Move faisait trembler le Rock tout entier.

Toutefois, Trapeze ramène aussi avec lui le sens du riff punchy et accrocheur. Il en est un des inventeurs, mais l'écoute des groupes américains comme Foreigner, Boston et Blue Oyster Cult a patiné leur son. Trapeze, n'est toutefois pas authentiquement AOR, il conserve la teigne de son univers originel. On retrouve cette saveur sur le titre d'ouverture : « Don't Ask Me How I Know ».

En réalité, Trapeze est en train de créer une nuance subtile : celui du Hard-Rock mélodique. Il ne s'agit pas de morceaux sucrées ou empreints de synthétiseurs. Trapeze ne joue pas dans la même cour que Journey ou Foreigner. Sa musique est bien du Hard-Rock, musclé, mais avec cette touche mélodique qui le rend accrocheur. La frontière entre ce Hard-Rock mélodique et le Hard-FM est mince, toutefois, elle va permettre à des groupes d'atteindre un succès commercial important sans s'abandonner à des concessions musicales et esthétiques promptes à repousser le vrai fan de riffs. Hold On est ainsi le précurseur du Whitesnake de Slide It In qui comptera d'ailleurs dans ses rangs un certain… Mel Galley, du Blackfoot de Siogo, du Budgie de Nightflight et Deliver Us From Evil, ou des deux premiers albums de Def Leppard.

La musique de Trapeze dispose d'une âme unique, que l'on retrouve sur tous ses albums. Elle est toutefois difficile à définir. Elle dépend du jeu de batterie puissant de Dave Holland, précis, incisif, mais aussi du style de Mel Galley. Ses riffs puissants, mordants, et percutants teintés de Hard-Blues et de Funk, son approche très rythmée, presque syncopée, qui rend presque chaque morceau de Trapeze dansant. La basse est aussi très présente, tendue, appuyant la guitare. On la retrouve sur « Take Good Care », « When You Go To Heaven », ou « Livin' On Love ».

L'autre facette de l'identité sonore de Trapeze, c'est son talent pour le morceau mélancolique gorgé de rage. Le terme de power-ballad n'est même pas approprié. Ce sont des pièces de musique sur lesquelles rampent une tristesse infinie irradiée d'un soleil de fin d'orage, comme une lueur d'espoir, toujours. Plus que jamais, ce sont sur ces titres que le talent de mélodiste de Mel Galley est à son sommet. « Hold On » mêle mid-tempo et riff en forme de marche vers la lumière. « Running » est un cas particulier, puisqu'il mêle les deux facettes de Trapeze : Hard-Rock mélodique et mélancolie intense. Ultra-rythmé, il distille une atmosphère de course effrénée après un amour qui s'enfuit. Les paroles sont simples, chantées comme un mantra, à bout de souffle. Les harmonies vocales insufflent un côté dramatique supplémentaire à cette scène de rupture tragique. « Running » est entêtant, obsédant.

L'album se termine par deux pièces sonores totalement imprégnées de la facette mélancolique et mélodique de Trapeze. « You Are » a ce crescendo de sentiment qui monte, appuyé par les riffs, les choeurs en harmonie, et les cymbales qui claquent. Les parties de claviers sont assurées par Terry Rowley, qui fut membre de Trapeze dans son premier line-up à cinq de 1969. Mais les musiciens du Black Country aime faire appel aux copains. Quelques arrangements de cordes viennent apporter de l'ampleur au final.

Le second morceau, fermant le disque, s'appelle « Time Will Heal ». Quelques bruits de vagues sur la plage ouvre le morceau. Le chant de Mel Galley est perturbant. Il ressemble à plusieurs reprises, dans les intonations, à Glenn Hughes. Terry Rowley apporte un piano électrique fin et jazz. Mel Galley brode des motifs blues. La puissance émotionnelle de ce torrent de larmes électriques est incomparable. Au fur et à mesure des notes, on distingue une histoire d'amour qui se termine mal, mais aussi, peut-être, le départ brutal de Hughes qui a brisé le groupe. Et pourquoi pas, sans doute, des histoires d'amour que la vie de ces musiciens, perpétuellement sur la brèche, entre Amérique et Grande-Bretagne, a régulièrement brisé, au nom de la musique. C'est étrange d'ailleurs, car c'est sur cet ultime morceau à la mélancolie infinie que se termine la discographie studio de Trapeze. La formation n'en a aucunement conscience à ce moment-là. Pourtant, les choses vont se précipiter.

D'abord, il va y avoir le départ de Dave Holland le métronome pour Judas Priest en août 1979, juste avant la sortie de Hold On en Grande-Bretagne. Steve Bray prend sa place, et va assurer la batterie sur la tournée de promotion. Les concerts de mai 1981 aux USA serviront à alimenter le disque en direct : Live In Texas : Dead Armadillos la même année. Trapeze accompagne alors Humble Pie, Nazareth et Krokus. En 1982, Steve Goalby est embauché par Uriah Heep. Trapeze survit quelques mois, avant qu'à la fin de l'année, Mel Galley ne rejoigne Whitesnake. C'est lui qui va muscler Whitesnake, tout en conservant son identité Rock et bluesy. Trapeze disparaît. Il se reformera avec Glenn Hughes en 1992 pour quelques concerts. Mais la magie peine à redémarrer, comme en 1976. Parce qu'en réalité, la vraie âme de Trapeze est constituée de Dave Holland et Mel Galley. Les deux hommes sont désormais morts, laissant derrière eux quelques superbes albums trop méconnus.




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samedi 17 août 2019

BLACK PYRAMID


"Cet agrégat donna un élixir magique qui allait alimenter trois magnifiques albums et quelques simples tout à fait enthousiasmants. "





Ils ont invoqué les forces de la Pyramide Noire pour élever leur musique vers d'autres cieux, mais malheureusement, le Massachusetts et son morne quotidien aura happé ces guérillos du Stoner-Metal et les a ramené à l'anonymat qu'ils auront bien peu quitté. Le ventre des Etats-Unis grondent de ces groupes undergrounds pratiquant un Heavy-Rock sans concession, imbibé de références aussi pointues que totalement dépassées : Black Sabbath, Budgie, Led Zeppelin, Pentagram, mais aussi quelques valeureux défricheurs soniques des années 90 comme Kyuss et Sleep. A cela s'ajoute une férocité noire qu'il faut plutôt aller chercher du côté du Heavy-Metal européen des années 80 : Iron Maiden, Celtic Frost, Mercyful Fate, et une petite pointe de Punk américain. Cet agrégat donna un élixir magique qui allait alimenter trois magnifiques albums et quelques simples tout à fait enthousiasmants. 


Fondé à Northampton dans la banlieue de Boston par le guitariste Andy Beresky, Black Pyramid est devenue la chose du batteur Clay Neely. Le bassiste Eric Beaudry les rejoint en 2007. David Gein remplace rapidement Beaudry, et le groupe est désormais prêt à mordre. Il se fait les dents dans les clubs du Massachusetts, et ses concerts redoutables finissent par attirer l'attention d'un label spécialisé Stoner allemand grâce à leur première démo, Electric Earth. Le premier simple est publié dès 2008, et le premier album éponyme, distribué aux Etats-Unis par Meteorcity, en 2009. Fortement influencé par Sleep et le premier album de High On Fire, Black Pyramid développe néanmoins son propre univers de Stoner-Metal noir, incantatoire et psychédélique. Les guitares sont abrasives, la rythmique implacable, le chant obsédant. Les compositions sont de tout premier ordre. Black Pyramid développe des climats. Il aime à changer de riff afin de créer des progressions dans ses morceaux. Le solo est souvent concis, permettant un décollage en forme de shoot d'adrénaline, ou alors il rampe aux côtés de la rythmique pour renforcer le souffle lyrique du morceau. Quelques chansons font la différence : « Visions Of Gehenna », « Mirror Messiah » et une apothéose de trois morceaux épiques de plus de sept minutes chacun : « The Worm Ouroboros », « The Cauldron Born », et « Wintermute » à la belle introduction acoustique. Le groupe se fait une réputation flatteuse chez les amateurs de Stoner, mais cela ne suffit pas pour lui permettre de tourner hors des Etats-Unis. Black Pyramid part dans les conditions habituelles pour ces formations : un petit camion dans lequel on entasse musiciens et matériel, et tous les soirs, au bout de la route, un petit club dans une ville perdue, et parfois, un festival permettant de toucher un public plus large.


Cela ne décourage pas le moins du monde nos trois combattants, qui décident d'entreprendre  l'enregistrement d'un second album après un split-EP en compagnie du duo Old One en 2010. La compilation « Stormbringer » regroupant tous les morceaux publiés en simples arrive en mai pour faire patienter les amateurs. Meteorcity renouvelle sa confiance, et « II » sort avec pas moins de soixante minutes de musique au compteur. Elle a gagné en profondeur, mais aussi en dynamique, avec de vrais météores sonores capables de terrasser le plus septique des fans de Metal. « Endless Agony » et « Mercy's Bane » qui ouvrent le disque sont deux puissants météores qui ne laissent que des cendres derrière eux. La voix d’Andy Beresky a gagné en textures, et l'homme n'hésite pas à se lancer dans des lignes de chant plus audacieuses. « II » brille aussi par ses deux immenses pièces de résistance : le bouillonnant « Dreams Of The Dead » et l'incandescent « Into The Dawn », respectivement de douze et quinze minutes au compteur. Beresky développe des cathédrales de riffs lourds et entêtants, soutenu par une rythmique aussi implacable qu'inspirée. Trois simples dont un split single avec Tenspeed Warlock sont publiés en 2011. Black Pyramid joue relativement peu sur scène, Beresky appréciant peu la vie sur la route. Le trio assure néanmoins une seconde tournée américaine et sa première tournée en Europe, avec un passage au Roadburn Festival aux Pays-Bas. 

Le ver est pourtant dans le fruit. Andy Beresky est rattrapé par le quotidien, les factures à payer. Sa consommation d’alcool devient problématique. Black Pyramid est comme nombre de ses confrères, il est un groupe passion, qui permet d'évacuer les démons intérieurs et la frustration, mais n'assure pas de revenus suffisants pour vivre pleinement de la musique. Des dissensions entre les musiciens apparaissent, et Beresky quitte le navire à la fin de l'année 2011. Il semble que le trio, décapité de son guitariste-chanteur, est désormais condamné à abandonner.  

C'est pourtant mal connaître Clay Neely, qui va rapidement trouver un remplaçant à Beresky en la personne de Darryl Shepard. Le risque est grand de voir le groupe profondément modifié musicalement. Mais à l'écoute du nouveau split single avec les suédois de Odyssey en 2012, il n'y a aucune crainte à avoir. Neely et Gein, qui co-écrivaient l'ensemble des morceaux avec Beresky, détiennent la formule musicale de Black Pyramid. Shepard apporte du sang neuf, et l'album « Adversarial », paru en 2013 chez Hydro-Phonic Records, est la preuve éclatante de leur vitalité. Ce troisième album comporte notamment en ouverture le morceau « Swing The Scimitar », merveilleuse odyssée de granit et de cendres de plus de dix minutes. Il est brillamment suivi par deux superbes pièces épiques : « Aphelion », et « Onyx And Obsidian ». Après plusieurs semaines sur la route, Black Pyramid s'est mis en sommeil pour réfléchir à sa destinée. Clay Neely a rejoint le soleil de la Floride. Le simple « Open The Gates/Dead Star » en 2015 sera l'occasion pour le groupe de se dérouiller un peu et de se rappeler au bon souvenir de ses fans. Ils continuent à tourner sporadiquement, mais un nouvel album se fait attendre depuis maintenant quatre longues années. 



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