lundi 7 janvier 2008

HOT TUNA

HOT TUNA « Yellow Fever » 1976

Il faut que je vous dise : un jour, j’ai douté de la force du heavy-blues. Oui, mes amis, j’ai douté de cette musique profondément jouissive qui me procura tant de joie et d’extase sonique, de Led Zeppelin à Humble Pie en passant par Rory Gallagher et Free. Je finis par me poser une question existentielle : et si tout cela avait un sens ? Et si tout cela ne tournait-il pas en rond, finalement ?
De l’hommage révérencieux et un brin scolaire des premiers Fleetwood Mac, en passant par l’esbrouffe gratuite du Zep et du Pie, finalement, n’avait-je pas fait le tour ? A ce moment précis, et en pleine crise rock progressif et jazz-rock, je découvris ce disque.
Il faut dire qu’il fallait le trouver. C’est par la lecture d’un numéro de Rock’N’Folk de…. 1978 que je découvris vraiment Hot Tuna.
Pourquoi vraiment ? Parce que ce trio était avant tout un ersatz de Jefferson Airplane, combo psyché californien qui s’illustra à Montrery et Woodsotck avec ses tubes bab et sa chanteuse Grace Slick. Lassé des chamailleries entre Paul Kantner, l’autre gratteux, et la diva, Jorma Kaukonen, le lead-guitariste, décidé de s’échapper de ce merdier en fondant Hot Tuna avec le bassiste du Airplane, Jack Cassady. Le duo enregistra un premier album en 1969, live, qui est en fait un disque de blues acoustique dont les chansons sont essentiellement des reprises du Reverend Gary Davis.
Le succès aidant, le duo se consacra à Hot Tuna, et quitta l’Airplane en 1971. la suite de la discographie reste majoritairement acoustique jusqu’à 1974, date à laquelle le groupe passe en trio, et embauche à la batterie Bob Steeler. Là, en fait, ça se gâte.
Lassé du blues hommage et de l’esprit baba, Kaukonen et Cassady font chauffer les amplis. Exit les guitares en bois, et bonjour, les Marshall qui chauffent.
Le groupe enregistre trois disques impeccables d’électricité : « Phosphorescent Rat », « America’s Choice » et « Yellow Fever ». Si je m’attarde sur ce dernier, c’est plus pour raison personnelle. En effet, les deux premiers cités sont tout aussi excellents, mais celui-là est un l’achèvement de la trilogie.
C’est en fait très étonnant, car Hot Tuna semble être un groupe plutôt cool : la voix de Kaukonen n’est celle d’un hurleur de blues comme Paul Rodgers ou Steve Marriott, mais celle d’un homme tranquille. Ca chante juste, peinard. Les rythmiques sont plutôt mid-tempos, et il n’y a pas ici de riffs coups de poing. Pourtant, le musique électrique de Hot Tuna est un vrai braser, bien plus violent qu’un Led Zeppelin II. Et je pèse mes mots.
En fait, tout tient d’une part à la guitare de Kaukonen, en perpétuelle équilibre sur la distorsion, et la symbiose entre la basse grondante de Cassady et cette foutue guitare. Les deux tissent alors un tapis de jams brûlantes d’électricité en fusion, carbonisant des kilomètres d’étincelles magiques sur lesquels Bob Steeler cale ses roulements de toms. L’ensemble est lyrique, mélodique, magique, très blues, tout en sortant des sentiers battus des pseudo-reprises de Willie Dixon, Howlin’ Wolf et Muddy Waters. On est déjà au-delà du blues, tout en restant les deux pieds dedans. C’est magique, vertigineux. Ca ondule sans fin, c’est bourré de petites trouvailles musicales. Mais surtout, et j’insiste, il n’y a absolument pas de démonstration. Ca coule tout seul, de source, comme un ciel scintillant d’étoiles magiques et revanchardes.
Après un torride double live en 1978, le trio s’est séparé, puis reformé, mai en version acoustique, et c’est bien dommage. Enfin, c’es toujours mieux que la conversion disco-fm du Jefferson Airplane devenu Jefferson Starship. Mais surtout, ce disque me rassura quant à la magie du heavy-blues. Il y avait bien une alternative aux grands classiques, et qu’en 1976, la guitare pouvait encore parler sans bavardage inutile. J’écoute souvent ce disque comme une pépite, et les auditeurs privilégiés à qui je fais partager ce disque reste pantois devant la multitude d’idées, la richesse de cet album. Car il vous faudra plusieurs écoutes pour l’apprivoiser vraiment. Et surtout, veillez à ne pas être déranger, ce serait un crime.
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2 commentaires:

rebeltrain a dit…

ah on m' en a parlé de hot tuna et avec ton article qui m' a mis l' eau a la bouche je vais dare dare me le procurer. ciao.

Charlie Deep a dit…

Haaaaa Hot Tuna! "Burgers" est vraiment génial ! Tous ces arpèges en picking s'entremêlant les uns aux autres, et les supers solos du mec de Jefferson Airplane, et la basse hyper groovy et pourtant lourde.... Un délice!