jeudi 7 février 2008

MAGMA

MAGMA : "Kobaïa" 1970
Des cinglés, il y en a eu dans l’histoire du Rock. Leur principale point commun est de ne pas avoir fait long feu musicalement, laissant une poignée de disques majeurs avant de sombrer définitivement dans la folie et/ou mourir jeune.
Christian Vander, le fondateur de Magma, est toujours vivant et en pleine forme, merci pour lui. Par contre, on ne peut pas dire que l’homme soit particulièrement bien dans sa tête. Néanmoins, de sa folie est né l’un des univers musicaux les plus fous jamais conçus.
Jeune homme particulièrement torturé, il subit un choc musical irréversible à l’écoute de John Coltrane. Dés lors, le jeune Vander ne va avoir de cesse que de poursuivre un univers artistique mêlant la magie vécue par la musique de Coltrane, et des visions de science-fiction exorcisant ses angoisses d’adolescent.
Entre 13 et 20 ans, Vander ne va consacrer sa vie qu’à la batterie, avant de se rendre compte qu’il lui faut un groupe pour arriver à son but. Il fonde donc Magma en 1969, réunissant autour de lui Francis Moze à la basse, Claude Engel à la guitare, François Cahen au piano, Teddy Lasry et Richard Raux aux saxophones, Alain Charlery à la trompette, et le gargantuesque Klaus Blasquiz au chant.
Lorsque que le combo publie son premier double-album en 1970, le monis que l’on puisse dire, c’est que le choc est rude. Car oui, Magma a une musique complexe, qui rejette d’emblée les structures rock, jugées trop simplistes par Vander. Mais surtout, Magma est français.
Imaginez un peu l’arrivée d’un tel groupe parmi les Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, et autre Joe Dassin. Certes la révolution pop a réussi à faire timidement entrer l’univers rock dans le paysage de la musique populaire, mais au compte-goutte. La France en est encore au Beatles et aux Rolling Stones. Alors la musique de Magma, pensez- donc.
Pourtant, le disque fait forte impression. On déteste ou on adore. La presse spécialisée se méfie, car les uniformes noirs et les symboles métalliques autour du cou des musiciens classent d’entrée Magma comme une secte, plutôt d’obédience fasciste. Enfin, c’est ce que raconte Lionel Jospin, Michel Field, Dominique Strauss-Kahn, ou Claude Allègre quand ils étaient maoïstes à l’ENA ou à Sciences-Po.
Loin de ces clichés bidons, la vision de Vander est claire : il veut échapper à un monde corrompu et violent, pourri par la guerre et la pollution, pour une planète, Kobaïa, où tout n’est qu’amour, respect et musique. Il en invente même le langage, le kobaïen, qu’il utilise pour les textes de Magma.
Cela rend bien évidemment l’ensemble plutôt hermétique, mais finalement, la musique parle d’elle-même. Complexe, mais finement arrangée et construite, elle laisse une grande part à l’imagination et au rêve. Car de son esprit torturé, Vander a su créer une musique incroyablement expressive. Si l’homme semble hermétique, il a réussi le pari fou de permettre à l’auditeur curieux de s’immiscer dans son univers, et d’y transposer ses appréhensions personnelles.
J’ai choisi ce premier disque, parce qu’il est le point de départ de l’odyssée, toujours en construction, de Vander et Magma. Et puis il y a surtout ce premier titre, « Kobaïa », que je ne cesse de trouver magnifique et envoûtant, peut-être la plus belle transposition de la musique de Coltrane à l’esprit Pop.
Les albums suivants, et tous ceux des années 70, sont passionnants, et sont évidemment les pièces d’un puzzle de musique jazz-rock intelligente, qui sut se démarquer par sa finesse et son originalité du marasme pop français de l’époque. Magma sut également imposer son univers magique à l’étranger, car finalement, le kobaïen est universelle. Mais c’est surtout parce qu’aucun groupe de progressif, même le plus fou, ne put arriver à la cheville d’un tel univers.
Et le plus étonnant, c’est que malgré les années et le pragmatisme actuel, Magma fascine toujours, parce que les clés, seul Vander les possède. Et qu’il les emportera dans sa tombe, laissant les mécréants humains seuls face à son œuvre, comme les premiers hommes devant les pyramides d’Egypte.
tous droits reservés

2 commentaires:

christian a dit…

pour ceux que ça tente, une petite experience :
prenez l'album live de 1975, le premier disque est constitué d'un seul morceau, "köhntark" qui dure 31mn...(a moins que vous ayez le cd)
enfermez vous a cle pour ne pas etre derangé, mettez vous un casque audio sur les oreilles pour ne pas etre agresse par les bruits exterieurs et ecoutez jusqu'au bout de la face 2....
normalement tout ce que vous ecouterez apres va vous sembler un peu fade...

Anonyme a dit…

Magma...
J'ai eu ma période rock prog et , évidemment, la bande à Vander y a tenu une place de choix. Mon 1er contact avec le groupe fut ce Kobaïa, et ce fut un choc : inouï au 1er sens du terme. Je n'avais pas grande expérience musicale (encore plus réduite qu'aujoud'hui, je veux dire) mais ça ne ressemblait vraiment à rien de familier. Toute la période 70's du combo y est passé puis j'ai fait le tri. Je n'ai gardé que MDK - l'incontournable - et Udü Wüdü l'hybride pop réfrigéré (j'me comprends).
Passé le choc de la découverte, les compos plutôt longuettes de "Kobaïa" (le speed "Sckyss" mis à part) ont fini par me lasser. Un manque de cohérence et donc de puissance que le groupe saura gommer sur MDK puis "Kontarhosz", ce dernier étant cependant trop répétitif pour mes esgourdes formatées "refrain-pont-couplet-solo".

Rappelons qu'une biographie du groupe sortie en 1978 a été rédigée par... Antoine de Caunes. J'avais profité de mon abonnement étudiant à la Bibliothèque Nationale pour parcourir ce petit bouquin, désormais introuvable paraît-il. C
e dont je me souviens surtout, c'est l'ambiance très fébrile dans laquelle le groupe répétait d'arrache-pied sous la férule de Christian Vander avant la sortie de "Kobaïa". Complètement obsédé par Coltrane et la question existentielle "L'univers du saxophoniste camé est-il soluble dans le rock?", le lider maximo kobaîen se sentait investi d'une mission divine qui le poussait à faire répéter ses musiciens jusqu'à épuisement et à virer ceux qu'il n'estimait pas au niveau. Ça ne rigolait pas tous les jours chez Vander. De Caunes raconte également qu'à l'époque ce dernier se nourrissait exclusivement de... riz au lait ! Je ne saurais affirmer que cette alimentation particulière ait eu une influence directe sur la musique du groupe...

Merci pour ta chronique (et les autres) et @+

Oyax.