jeudi 29 mai 2008

CAPTAIN BEEFHEART AND HIS MAGIC BAND

CAPTAIN BEEFHEART AND HIS MAGIC BAND « Live In London : Drury Lane ‘74” 1974

Vous le croirez ou non, je n’aime pas la polémique. En tout cas, je n’aime pas les guerres de spécialistes. Je trouve cela abscons, d’une bêtise confondante. Pourtant, certains artistes provoquent la polémique, de par leur œuvre, complexe, et immense.
Captain Beefheart est un poète, un artiste au sens le plus classique du terme, comme un peintre, qu’il est d’ailleurs devenu à plein temps depuis 1982.
Né Don Van Vliet en 1941 aux USA, il est adolescent lorsque les grand bluesmen sortent leurs meilleurs enregistrements : Muddy Waters, John Lee Hooker, BB King, mais surtout Howlin’ Wolf et Screaming Jay Hawkins. Don est fasciné par ses voix étranges, grondantes, sauvages, qui effraient la bonne société chrétienne blanche comme une sanguinolente cérémonie vaudou. Hanté par cette extraordinaire pouvoir de perversion des esprits, il y rattache à ces incantations païennes la littérature française, et notamment le surréalisme, qu’il soit écrit ou visuel. Magritte rencontrant Howlin’ Wolf. Tous deux en guerre contre le système.
Don découvre également le jazz, et les pionniers du rock’n’roll. Et ce fait au passage un copain vivotant dans les mêmes univers : Frank Zappa. Chacun de leurs côtés, et parfois conjointement, ils vont créer un fantastique délire contrôlé, mêlant rock, surréalisme, jazz, et érudition. Car les deux sont deux fins cerveaux. Nous sommes en 1967, et lorsque les hippies imposent leurs visions cosmiques. Mais tout cela manque de cohérence, de ligne conductrice. Malgré les discours politiques, la défonce, et le dilettantisme deviennent des maîtres-mots qui finissent par ternir le fantastique espoir généré par la jeunesse en révolte.
Van Vliet et Zappa, totalement maîtres de leurs cerveaux, imposent une vision à la fois intellectuelle et humoristique des problèmes de la société, y ajoutant des images surréalistes dérivées du psychédélisme. A Zappa le jazz et le rock, à Van Vliet le blues. Dan devient Captain Beefheart, du fait de sa corpulence éloignée de l’hédonisme grecque.
Les premiers albums de Captain Beefheart and His Magic Band sont des pierres angulaires. Curieusement, pourtant, on ne fait que les citer. Pour être franc, ces disques sont pour moi de fantastiques essais intellectuels, mais en aucun cas des disques faciles à écouter et à apprécier. On se perd dans ces textes délirants, ces chansons aux rythmes fracassés, et finalement cette absence totale de mélodies.
Oui, « Trout Mask Replica » est un disque novateur, impressionnant de complexité et de trouvailles, mais son écoute est laborieuse. J’ai fini par renoncer à aimer cet album comme j’aime «Tommy » des Who ou « Roger The Ingeneer » des Yardbirds.
Bref, parmi ma grande découverte du monde du rock, Captain Beefheart fut un énigme qui me hanta, voyant cet être étrange capable de se cacher derrière une tête de … carpe.
Et par ailleurs, il devint un de ces artistes majeurs que je négligeai sciemment sans le moindre état d’âme. Trop d’électricité guitaristique et virtuose m’attendait.
Et puis finalement, je m’y suis mis. Mais par les disques dits classiques. Non, j’aime explorer les recoins perdus pour y trouver la magie cachée.
Il m’a fallu attendre ce « Live In London » pour découvrir un Captain Beefheart qui me fascine. L’homme dadaïste et hype, plonge dans le blues et la soul alors que Zappa trouve refuge dans le jazz-rock. Cela se révéla avec l’album « Unconditionally Guaranteed ». Décrié au possible, la critique descend le disque, jugé trop commercial, inepte. Les fans aussi ne comprennent pas pourquoi cet artiste anti-conformiste se soit abaissé à de telles concessions. Il est par ailleurs un des albums les plus décriés de Beefheart à ce jour.
Pour ma part, il est le premier album que j’aime vraiment. Je le juge comme à un retour aux sources noires, à une forme de simplicité d’écriture. Car les chansons sont formidables, puissantes, emplies de cette âme incroyable.
Ce live permet l’adaptation des meilleurs titres du disque sur scène. Et leur force est démultipliée. Le funk de « Upon The Me Oh My » est exceptionnel. Il prend à la gorge, noue le ventre. La voix hirsute de Beefheart résonne, gutturale mais incroyablement expressive, comme un rugissement de rage amère.
Il y également le superbe « This Is The Day ». Magnifique ballade folk-blues, elle est indescriptible d’émotion. L’ogre du blues s’apaise, et il sort de sa gorge une voix claire, douce, comme gorgée de sanglots. La mélodie, lumineuse, sillonne au gré des arpèges de guitare.
Il y a aussi cette superbe chevauchée électrique qu’est « New Electric Ride ». Mélangeant harmonie country, blues, et soul, elle est un autre grand sommet musical de ce superbe disque. La voix de Beefheart flirte avec les géants de la soul noire, puissante, rauque, profonde, émotionnelle.
Ces trois titres méritent à eux seuls l’achat de cet album, mais d’autres pépites sont à retrouver, comme « Mirror Man » ou « Peaches ».
Par la suite, l’homme s’éloignera de plus en plus de son univers initial, mais sans avoir perdu son orignalité, ni sa force créative. Il se consacrera ensuite à la peinture, et vit reclus, loin des mesquineries du show-business et de la rock-critic.
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1 commentaire:

rebeltrain a dit…

je vais rechercher ce live car je connaissais ce groupe que de nom a travers divers magazines de zic.ce live la m'a l'air fort interessant.A+