jeudi 13 décembre 2007

CAPTAIN BEYOND

CAPTAIN BEYOND « Captain Beyond » 1972

Pour Rod, le rêve est fini. Ses espoirs de gloire se sont envolés un jour de septembre 1969, lorsque Rod Evans se fait lourder de Deep Purple première mouture, tout comme son ami bassiste Nick Simper. Mais le pire, c’est que les deux hommes étaient déjà secrètement remplacés par Ian Gillan et Roger Glover depuis fin juin. Miné par cette terrible trahison, Evans met des mois à s’en remettre, contrairement à Simper, qui dés 1970, fonde son Deep Purple, à savoir le très bon Warhorse.
Depuis, le chanteur s’est exilé aux USA, à San Francisco, là où tout se passe. Enfin, là où tout se passait, car le mouvement hippie est mort quelque part à Altamont fin 1969. Evans erre donc entre Frisco et Los Angeles, à la recherche d’un nouveau souffle. Il le trouve par la rencontre de deux musiciens du monstre métal déchu Iron Butterfly. Le quatuor s’est disloqué, dépassé par les monstres du heavy européen, Led Zeppelin, Purple et consorts, laissant le guitariste Larry « Rhino » Reinhardt et le bassiste Lee Dorman sur le trottoir.
Les trois hommes unissent alors leurs forces. Leur projet est de créer un heavy-rock psychédélique et progressif. Mais pour être sûr d’obtenir un son vraiment heavy, il faut un batteur puissant. Ils trouvent un quatrième lascar fraîchement débarqué du groupe de Johnny Winter, un certain Bobby Caldwell. Une fois armé, le nouveau groupe écume quelques clubs, et rapidement, un buzz se crée.
On parle d’un band prodigieux, fou, composé certes de quatre loosers de déjà 25 ans, âge canonique, qui délivre des concerts hallucinants. Muni d’une musique profondément originale, ils emportent le public loin.
Et ce premier album ne fera que confirmer cette impression. « Captain Beyond » est un ovni, un disque voué à rester unique. Car c’est l’improbable mélange du heavy psyché de Iron Butterfly avec la voix chaude de crooner halluciné de Evans, le tout boosté par les influences blues et jazz de Caldwell. Mais il y a ce quelque chose en plus qui rend l’ensemble à la fois excitant et angoissant. Bien que Captain Beyond soit dans son époque, jouant un heavy-metal blindé, pourvu d’organes progressifs, la musique est tellement puissante, et déconnectée des standards sonores de l’époque, que l’on a du mal à classer le groupe dans le hard aux côtés de Led Zeppelin, ou dans le progressif au côté de King Crimson.
Sans doute d’abord parce qu’il n’y a pas de claviers, et que la guitare emplit l’espace de riffs assassins. Ensuite parce malgré les rythmiques culbutées, et les chansons enchaînées comme une suite cosmique, il y a chez eux un groove infernal, et une rage très blues. Si au niveau brutalité, on est assez proche de Black Sabbath, il y a ces touches personnelles totalement originales : le son de Stratocaster limpide de Rheinhardt, la voix de Evans, loin d’être un hurleur, et puis la batterie vive et jazz de Caldwell. D’ailleurs, pour ajouter à la difficulté de classer le combo, il signera sur le label de rock sudiste Capricorn, qui compte déjà dans ses rangs le Allman Brothers Band.
J’ai toujours eu du mal à décrire ce que je pensais de cet album, de trouver les mots justes. On est dans une odyssée spatiale tellement grandiose, à la fois frondeuse, électrique, et profondément planante et urbaine.
Captain Beyond fera son premier concert en tant que tel le 30 avril 1972 au Festival de Montreux, puis enchaînera une tournée européenne et US, tentant de capitaliser sur la réputation de Evans comme ex-Deep Purple. En vain, la musique du groupe est trop brutale et trop progressive, trop rageuse.
Captain Beyond ne séduira qu’une horde de fanas de heavy-rock underground, rejoignant les rangs des groupes géniaux mais inconnus, comme Blue Cheer, Sir Lord Baltimore, Leaf Hound et tant d’autres. Leur musique alimentera alors les courant doom et stoner, et par ce biais, ces groupes obtiendront une reconnaissance tardive leur offrant un statut culte.
Le second disque de Captain Beyond sera également très bon, mais plus conventionnel, revenant au format chanson. La musique s’influence de sons latinos avec l’intégration d’un clavier et d’un percussionniste. Quant à Caldwell, il a quitté le navire pour fonder le monstrueux Armageddon avec Keith Relf des Yardbirds et Martin Pughs de Steamhammer.
Evans quittera le Captain en 1974, et le groupe continuera dans une voie plus rock mélodique avec le retour de Caldwell en 1976. Le chanteur reprendra ses études, puis se laissera berner par un producteur véreux qui le convinct d’intégrer un faux Deep Purple en 1980, le plagiat se terminera en procès monstre avec les vrais Deep Purple, et Evans se verra privé de ses droits d’auteur. Il élève depuis des chiens dans le Colorado.
tous droits réservés
Parce que c'est dur de se faire une idée, voili du live :

4 commentaires:

JP a dit…

hello Julien,
dis donc, tu nous fais redécouvrir nos classiques !
c'est un vrai bonheur ce groupe. Par contre je ne savais pas qu'il était composé en partie par des musiciens de Iron Butterfly (In Gadda da vida, c'est vraiment du bon !)
merci a+ et biz à tous

JP

Charlie Deep a dit…

Alors là groupe énorme ! Un truc assez dommage c'est que, puisqu'il se veut progressif, le groupe n'ait pas composé de chanson plus simple. On se retrouve souvent avec des titres s'étalant sur plusieurs pistes, des bouts de morceaux et des riffs revenant quelques pistes plus tard, des parties moyennes au sein de morceaux qui partaient super bien...
Mais bon, ça reste super!

Anonyme a dit…

Captain Beyond, groupe génial (et premier album sublime) mais malheureusment bien trop méconnu tout comme Warhorse qui fera aussi 2 bon disques (dont un fantastique 1er album). comme quoi Rod Evans et Nick Simper étaient aussi des éléments importants de Deep Purple et que si Blackmore, Lord et Paice l'avaient vraiment voulu, ils auraient pu demander à ces 2 là de sonner plus heavy, auquel cas ils n'auraient pas eu à embaucher Ian Gillan et Roger Glover! (quoiqu' avec la voix plus soft de Evans, "In Rock" aurait sonné bien moins hard cela dit!)

Anonyme a dit…

Album inclassable,tellement il part dans toutes les directions.Un must-have pour les amateurs de rock absolu et un peu "embrumé" comme le laisse présager la back-cover.Bon courage a ceux qui préfereront le son unique de la galette au plat mix du cd tellement insipide.