dimanche 4 novembre 2007

Terry Reid

TERRY REID : « River » 1973

Les producteurs et les maisons de disques sont des salauds. Pas étonnant que les gamins téléchargent à tout va, et abandonne le format disque, cd ou vinyl.
Combien d’artistes ont été sacrifiés sur l’autel de l’argent roi et de la bêtise humaine ? Terry Reid en est un parfait exemple.
Jeune chanteur guitariste d’un groupe de rythm’n’blues montant, les Jayhawks, il se fait remarquer par sa voix puissante et sauvage, alliage fantastique des meilleurs chanteurs de soul noir.
On est en 1966. Les Jayhawks vont sortir quelques simples à succès avant que Mickie Most, le producteur de Donovan, ne s’intéresse à lui. Terry Reid veut alors écrire ses propres chansons.
Il enregistre en 1968 « Bang, Bang, I’m Terry Reid », premier brûlot de rock-soul-blues impeccable, puis « Terry Reid » en 1969, encore plus impeccable. Reid fait alors les premières parties de Cream, les Rolling Stones, Blind Faith…. Et l’homme se permet même de refuser le poste de chanteur de Led Zeppelin en 1968, et celui de Deep Purple en 1969 !
Sa carrière solo semble briller, jusqu’à ce qu’un conflit avec Most bloque l’activité discographique de Reid pendant quatre ans.
Bien qu’il continue à tourner, que ce soit au festival de l’île de Wight en 1970, ou quelques dates aux USA. Reid s’y exile alors, et s’imprègne de musique américaine. Sa carrière est brisée nette, ce long silence plongeant sa réputation dans l’oubli. Dépassé dans ces années charnières que sont 1969-1971 par le hard-rock et le rock progressif, la musique de Reid devient de plus en plus introspective.
Lorsqu’il signe enfin un contrat avec Atlantic via Swan Song, le label de Led Zeppelin, Terry reid est devenu un ermite. Barbu, l’œil un peu triste, l’image de beau gosse de la fin des années 60 est loin.
« River » paraît donc en 1973. Certaines chansons de ce disque sont anciennes, à commencer par « Dean », déjà jouée à Wight en 1970. Mais qu’importe. Ce disque s’éloigne des horizons rythm’n’blues pour proposer une superbe mixture de blues, de rock californien circa Neil Young et Crosby, Stills And Nash, et même de country-rock. L’élément soul, c’est bien sûr la voix, mais l’ensemble sonne incroyablement riche et serein.
La musique chaloupe au gré des remous de cette rivière, lorsque l’eau court dans les galets. Entre titres-jams bluesy et ballades acoustiques délicates et minérales, l’univers nouveau de Reid se dessine doucement.
Il est devenu une sorte de voyageur, errant sur les routes, de rencontres en concerts improbables, profitant des rares opportunités qui lui sont faites. Ainsi, il enregistrera deux autres superbes albums, « Seeds Of Memory » en 1976, et « Rogue Waves » en 1979, sur deux labels différents, et à chaque fois, Reid est lâché par son label, coulant tout espoir de voir son disque percer.
Maudit jusqu’à l’os, Reid le sait déjà dés « River ». La mélancolie qui se dégage de ce disque magnifique a quelque chose de vénéneux et de désenchanté. Derrière ce groove country transparaît la tristesse d’un homme de 24 ans dont la carrière est déjà condamnée.
Par la faute de quelques bureaucrates aux oreilles bouchées à l’émeri ; le grand public ne connaîtra jamais ce bonhomme. Pour information, il continue à tourner, sortant sporadiquement un disque, quand il ne va pas jammer avec ses potes : Keith Richards, Robert Plant….
Décidément, il faut avoir le moral, ou une foi indéfectible en sa musique. Car jamais un artiste aussi doué n’aura autant bu la siguë.


Voici un extrait du film réalisé sur le premier festival de Glastonbury en 1971, le Glastonbury Fayre. On y retrouvait notamment le Edgar Broughton Band, Hawkwind, les Pink Fairies, et notre ami Terry. Il interprète "Dean", de l'album "River". Enjoy : http://www.youtube.com/watch?v=0NSY2tfjmgs

tous droits réservés

5 commentaires:

emerson1 a dit…

Joli portrait ! Je suis également très fan de ce monsieur et trouve effroyablement injuste qu'il n'est pas eu de carrière plus exposée

guillaume - shine a dit…

Bravo pour cet article ! Nous aussi, on trouve ça injuste un tel traitement pour un talent aussi gigantesque. D'ailleurs, on a décidé de l'inviter à chanter sur nos prochains enregistrements, ce qu'il a accepté !
Ces titres sortiront un peu plus tard dans l'année.
Préparez-vous(nous) à vivre l'impensable !

Guillaume Simon
SHINE
http://www.myspace.com/shinespace

guillaume - shine a dit…

Bravo pour cet article ! Nous aussi, on trouve ça injuste un tel traitement pour un talent aussi gigantesque. D'ailleurs, on a décidé de l'inviter à chanter sur nos prochains enregistrements, ce qu'il a accepté !
Ces titres sortiront un peu plus tard dans l'année.
Préparez-vous(nous) à vivre l'impensable !

Guillaume Simon
SHINE
http://www.myspace.com/shinespace

Anonyme a dit…

Terry Reid est un tueur à gages côté guitare et feeling. Il a "osé" refusé ce que d'autres auraient accepté quitte à tuer femme et enfants, c'est-à-dire intégrer Led Zep ou Deep Purple...rien que ca !!! Revenons à nos moutons, ce type n'a que 18 ans lorsqu'il enregistre son 1er LP solo, et quel album ! S'en suivra un 2ème opus extrêmement bon, qui vous emmène loin dans les profondeurs du blues ; de ses amours en somme ! N'aurait-il pas aussi refusé de faire partie des Rolling Stones ?!

Anonyme a dit…

Et un merci - un de plus ! - pour m'avoir fait découvrir cet artiste que je ne connaissais qu'à travers l'anecdote de ses refus de chanter pour les deux poids lourds du hard-blues.

Quelle voix, mes aïeux ! J'avoue une préférence pour les chansons de Seeds of Memory, et notamment le superbe morceau qu'est "To Be Treated Right". Les deux premiers albums sont pas mal du tout non plus.
Franchement époustouflé je suis par tant de justesse d'interprétation... On a vraiment l'impression d'entrer dans un autre monde quand on écoute chanter ce type.

Thanx !

Oyax