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mercredi 11 mars 2009

DIRE STRAITS

"Jamais un groupe n’aura autant fait corps avec le groove, plongeant tête baissée pour en décocher des soli à la fois émotionnels et vicieux."

DIRE STRAITS : « Angels On A Saturday Night » Live 1978

J’allume ma pipe. Il fait froid. Je prend ma voiture pour partir au travail. D’habitude, je ne fume jamais dés le matin, mais là, une brume intérieure m’appelle. Ce sera encore une journée comme les autres, ni vraiment pourrie, ni vraiment formidable. Ce sera une journée de boulot comme les autres, avec des collègues de bureau cons et mesquins. Ce sera une journée parsemée de coups de fil exaspérants, entre les incapables congénitaux du bureau et les appels de centraux commerciaux bidons à la maison qui ne savent ni parler français, ni qui vous êtes. Pauvres gens, victimes inertes d’un système qui sait réduire des masses à l’état de moutons, jouant sur l’instinct de survie de l’homme.
L’autoroute défile. On est dans la vallée, et lorsque l’on est un touriste, c’est beau. J’ai fini par oublier cet aspect, pour me dire que ce matin, j’ai besoin de rock’n’roll. Mais quelque chose qui soit un retour aux sources. Au blues, au funk, à la country, au rock’n’roll.
Et puis à ma jeunesse. Enfin, à mon enfance, parce que bon, enfin quand même, j’ai 29 ans les filles. Mon premier choc rock fut Telephone en 1984 avec « Un Autre Monde ». le second fut « Brothers In Arms » de Dire Straits. Pour « Money For Nothing » et LE riff, et puis la chanson « Brothers In Arms ». depuis, je n’ai pas changé d’avis. J’avais 6 ans.
Entre temps j’ai acheté leurs albums, en cassettes. Et mon préféré fut à jamais le premier. Quel disque ! Il y avait à la fois ce blues que je ne connaissais pas, et puis ce côté amateur, rugueux, noir comme ces cités de banlieue. Je n’y connaissais rien, à la condition ouvrière et à la grande ville, moi, gamin de la campagne et fils d’enseignants. Mais je savais que ma sœur ne sentait pas les choses comme moi, ma mère n’aimait pas la musique, et mon père était plus jazz et blues (merci papa).
J’avais donc neuf ans, et j’écoutais le premier disque de Dire Straits de 1978, alors que mes copains écoutaient les Musclés et Dorothée. Bon sang, que j’ai aimé « Setting me Up », « Southbound Again », « Sultans Of Swing », « Water Of Love » et puis surtout « In The Gallery ». Ce funk brûlant, ces chorus corrosifs, cette voix rugueuse. Ce côté au-delà des modes. J’ai tellement écouté ce groupe, tout ce qu’il sortit, que depuis 1993, je n’écoute plus rien. Pourtant, je n’aime guère Mark Knopfler en solo. Il m’emmerde. C’est trop country. En 1978, c’était un génie. Jusqu’à, disons, 1982, avec le live « Alchemy », impeccable. Les quatre premiers disques de Dire Straits sont des chef d’œuvre, point. On va pas discuter, parce que vous allez me coller The Cure, The Police, ou U2, mais aucun n’a été foutu d’aligner un disque complet totalement impeccable. Ce sont juste des boîtes à simples. Leurs albums ne sont pas parfaits. Dire Straits, si. Ce sont les Led Zeppelin des 80s niveau écriture. Franchement.

Mais revenons à 1978. Et à cette musique qui ce matin me remue les tripes. Cela fait quelques temps que je découvre des bootlegs d’une qualité formidable. C’est donc en priorité vers les Who, Led Zeppelin, UFO, Thin Lizzy ou ZZ Top que je me suis tourné. Et puis un soir, je tente Dire Straits. Et découvre celui-ci. Un de leur tout premier enregistrement radio, à Leeds, en plus ville symbole, à la Polytechnic University. Il date du 30 janvier 1978, soit 3 mois après la formation du groupe, et 4 mois avant la sortie du premier album. Je lis la set-list : c’est le condensé miraculeux de « Dire Straits » plus quelques chansons restées inédites en studio.
Et je découvre un enregistrement fabuleux. La qualité sonore est bien évidemment formidable étant donné qu’il s’agit d’une prise de son par une radio locale.
Bien que le public soit totalement absent, rendant ce live presque froid, lugubre, la musique de Mark Knopfler et ses boys est brûlante. Le quatuor est brillant, souple, félin. La rythmique de Pick Wither à la batterie et John Illsley à la basse vrombit, sûre et précise. On ne dira jamais combien Withers fut un batteur génial. C’est d’ailleurs après son départ que le groupe perdit un peu de sa substance. Ici, tout s’éclaircit : il est le groove, tout en roulements de toms fins et friselis de cymbales.
Les frères Knopfler, David à la rythmique et Mark à la lead, n’ont plus qu’à dérouler la mélodie. Le frangin David est aussi un sacré maillon dans le groupe. Ses riffs funky, parfois reggae, mais riches en harmoniques, tapissent le mur sonore sur lequel Mark développe ses chorus magiques, tout en picking.
L’unité de Dire Straits est ici sidérante. La précision des interprétations, y compris dans les improvisations, est tout simplement magique.

Tout commence par un Mark Knopfler un peu enroué, qui dit un simple « Hello » sans aucun retour du public. Il le répète, sans succès, avant de se moquer de l’amorphie de l’audience. Puis Dire Straits démarre sur un « Southbound Again » à peine éclos. La rythmique tourne comme une horloge, éblouissant d’étincelles blues et funk le ciel noir de Leeds. Dire Straits est décidément un ovni. En pleine vague Punk, dégainer JJ Cale, Chet Atkins et les Meters, il faut être un brin gonflé, ou inconscient. De toute façon, les boys sont trop vieux pour ces conneries, tous dans leur trentaine.
S’en suit un inédit pour le néophyte : « Eastbound Train », rugueux, galopant comme un vieux train de banlieue au milieu des cheminées d’usine. Et puis, paf, premier classique : « Down On The Waterline ». Tout est là, en place. De l’intro étouffée à la coda en riff inverse.
Et puis, il y a « In The Gallery ». Comme je le disais précédemment, j’adule ce titre. J’aime ce funk boueux, ces arpèges de guitares vicieux, râclant le sapin pour en définir un paysage à la fois triste et totalement révoltant. Ce titre sent la sueur, chaude et froide. Jamais un groupe n’aura autant fait corps avec le groove, plongeant tête baissée pour en décocher des soli à la fois émotionnels et vicieux.
Il fallait bien un « Water of Love » pour faire retomber la tension. Ce titre est étonnant. Il sent le Blues de John Lee Hooker ou de Howlin’ Wolf à plein nez, et pourtant, il y a ces sons presque exotiques qui font de ce blues un truc presque sautillant. Remis dans le contexte, on est quand même dans le Blues du Bayou à Leeds, sur la côte Ouest de la Grande-Bretagne Et franchement, on peut comprendre.
Chet Atkins ? « Setting Me Up », c’est un condensé de ce vieil homme et d’une certaine country, celle de Hank Williams, bien sûr. Mais avec ce côté rock’n’roll typé Carl Perkins qui rend le tout foudroyant. Tout cela pour dire, que la gonzesse, et ben, elle le gave sévère, et que sa valise est déjà sur le palier.
Puis viennent deux titres restés inédits : « Me And My Friends » et « Real Girl ». Ils prouvent une chose : Dire Straits était exigeant. Bien que pas désagréables, ils montrent les tâtonnements et certaines redites de compositions qui font la différence entre une excellente chanson, et une moyenne. A bien y réécouter, des Jason Mraz et autres blaireaux pseudo-funky-ragga aimeraient bien en avoir au moins une comme cela en magasin.
Je m’en fous, ils finissent sur « Sultans Of Swing ». Cette chanson, ne parlent par ailleurs pas d’eux, comme cela fut colporté. A force de lecture, Mark Knopfler imagina la vie sur la route d’un groupe de jazz noir fameux en tournée dans les années 50, les « Sultans Of Swing ». Il y décrit les galères d’un groupe en tournée, et celles d’un groupe noir et anti-conformiste à cette période. C’est avec beaucoup d’intelligence que Mark Knopfler décrit ce parcours entre succès, plaisir de jouer et injustice.

C’est sur cette intense moment de musique et de finesse que se termine cet enregistrement, âpre comme ces rues de briques merdiques symboles de l’étroitesse de la condition ouvrière, et du peu de considération que peuvent avoir ceux qui nous dirigent. Ce live m'a fait replonger dans les quatre premiers disques de Dire Straits. Et particulièrement dans le premier, éponyme, souvenir de jeunesse. Et c'est seulement maintenant à comprendre ce que je ressentis à l'époque à son écoute.
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samedi 18 mars 2017

DIRE STRAITS 1980

"...Mais j'ai décidé de parler du troisième parce que je l'aime comme un ami. "

DIRE STRAITS : Making Movies 1980

Lorsque j'écoutais Téléphone gamin, mon esprit divaguait toujours en France. Cela peut paraître évident ou idiot, mais les paroles comme la langue française me fixaient indiscutablement dans l'Hexagone. Je partais sur la route en France, j'étais un héros flegmatique en France, je montais sur scène devant des foules immenses en France…. Pourtant, j'avais déjà eu la chance de partir ailleurs : au Pays de Galles, en Espagne, en Allemagne…. Mon imagination connaissait d'autres routes, réservoir d'images également alimenté par les films et séries américaines faisant la part belle aux vastes autoroutes, paysages désertiques et poussiéreux. Mais assurément, Téléphone n'en était pas la bande-son idéale.

Lorsque retentit le riff de « Money For Nothing » de Dire Straits dans mon petit cerveau encore poreux, la gifle est double : je découvre le Rock international et le riff méchant. Quelque chose me dérange pourtant, c'est cette batterie un peu terne, surtout comparée à celle, volubile, de Richard Kolinka. Il y a ce son qui claque, gorgé de Fairlight, tellement années 80. l'album Brothers In Arms sera la porte ouverte sur le monde magique de Dire Straits, dont les quatre premiers albums sont assurément le grand œuvre à tout jamais.

Les deux premiers sont enregistrés dans la configuration originale : Mark Knopfler à la guitare et au chant, son frère David à la guitare rythmique, John Illsey à la basse, et Pick Withers à la batterie. La musique est encore fortement ancrée dans une musique Blues et Folk au sens large, piochant dans JJ Cale, Eric Clapton, Allman Brothers Band, Bob Dylan, Grateful Dead, Chet Atkins, Chuck Berry. C'est un groupe de petits anglais au teint palot et rêvant d'Amérique. Leur musique pioche allégrement dans ces sources musicales essentiellement transatlantiques. Et ils vont rapidement le traverser, l'Océan Atlantique, pour enregistrer et connaître le succès international. D'ailleurs, Mark Knopfler participe comme musicien de session dès 1979 à un album de Bob Dylan, Slow Train Coming, juste reconnaissance de son talent montant.

Le rythme des concerts s'accélère, et le leadership de Mark devient massif, au point que David finira par partir pour mener sa carrière solo paisible, loin des projecteurs. Pour l'heure, à sonn entrée en studio en juillet 1980, Dire Straits est toujours un quatuor, mais avec comme seul maître à bord le guitariste-chanteur. On sentait déjà que, dès le second album, Mark Knopfler avait de l'ambition. Les mélodies se perfectionnent, et s'éloignent doucement du riche bouillon initial qui donna naissance au premier album. Avec ce troisième album, Dire Straits fait un pas de géant au niveau des compositions. Il en écrira seul toutes les chansons.

Mark va développer son talent de conteur magnifique, créant de petites scènes cinématographiques. « Tunnel Of Love » et « Romeo And Juliet » en sont les pièces les plus représentatives, dépassant toutes deux les six minutes. Surtout, elles sont dotées de rebondissements musicaux, changeant de climat, quittant le thème initial pour poser une nouvelle séquence conduisant au final, séquence enluminée de très beaux chorus apportant tout le lyrisme nécessaire pour soutenir l'atmosphère recherchée. Ce travail aboutira sur le disque suivant, Love Over Gold, et notamment sur des morceaux comme « Telegraph Road », atteignant les quinze minutes.

Mark Knopfler est un conteur, et ce depuis le début. Sur le premier disque, son champ d'observation se limite à la citée londonienne, les petits travers de la société : les galeries d'art sur « In The Gallery », une balade en bateau sur « Down On The Waterline ». Il y a pourtant un vrai besoin d'espace : le groupe de Jazz imaginaire de « Sultans Of Swing », et déjà le Grand Ouest sur « Six Blade Knife ». L'album Communiqué ne fera que confirmer cette nécessité d'horizon : « Once Upon A Time In The West », « Follow Me Home »….. Knopfler voyage dans sa tête, et c'est sans doute cette connexion qui s'est faite entre la musique de Dire Straits et moi, même si je ne comprenais pas un traître mot du texte. Mais déjà, la musique en dit beaucoup.

Il faudrait que je vous parle du Country-Blues du premier album, la lumière du soleil couchant à travers les eucalyptus qui illumine le second album, la chevauchée héroïque du quatrième album, mais j'ai décidé de parler du troisième parce que je l'aime comme un ami. Making Movies est un disque au timing compact, et se déroulant en deux temps : les trois premiers titres en forme de récit cinématographique, dotés de rebondissements aussi fins que brillants, et les autres titres, plus compacts, plus directement Rock, basés sur des riffs puissants, plus proches du premier album.

Preuve de l'ambition artistique indéfectible de Mark Knopfler, l'album débute par « Tunnel Of Love », odyssée de plus de huit minutes. Une mélodie à l'orgue suranné laisse la place à un riff tendu. Le groupe fait d'ailleurs pour la première fois appel à un clavier, musicien extérieur du nom de Roy Bittan, rien de moins que le pianiste du E Street Band derrière Bruce Springsteen. On retrouve d'ailleurs dans les atmosphères d'Amérique profonde des similitudes avec l'album de Springsteen qui paraît fin 1979-début 1980 et qui sera double : The River. Knopfler et le Boss partage ce goût pour le peuple oublié de l'Amérique, celui qui se contente de joies modestes et doit affronter les difficultés de la vie. Comme Springsteen, Knopfler chante avec son timbre éraillé d'homme qui en a déjà vu d'autres.

Le thème principal se déforme peu à peu pour annoncer le final, qui rebondit sur un premier chorus aux tonalités presque Funk. Pick Withers abat un magnifique travail à la batterie, faisant courir ses baguettes sur ses caisses avec une précision et une aisance totalement réjouissante. « Tunnel Of Love » est ensuite doté d'un pont délicat en partie centrale, interprétation feutrée du thème précédent, ouvrant sur une chevauchée électrique et dynamique que le groupe fait monter doucement, appuyant peu à peu sur l'accélérateur, comme la route qui s'ouvre devant soi. On est emporté par l'incandescence de la guitare de Knopfler. Il est aussi un conteur par ses six-cordes, ne faisant jamais parler la technique mais toujours le feeling, sélectionnant la note qui apporte l'émotion au bon moment.

« Romeo et Juliet » débute comme un thème Country-Blues joué au dobro. C'est une chanson délicate, douce amère. Elle débute comme une belle romance, lumineuse, aux reflets sépias d'une photo des jours heureux. Puis elle verse peu à peu dans l'amertume et la désillusion, histoire d'amour complexe et contrariée ne pouvant que se terminer dans la douleur. Le thème aérien et lancinant, obsédant, qui clôt le morceau ne se fait que l'écho de la déception se perdant au loin dans la lande, ponctué de quelques notes de guitare âcres.

« Skateaway » est une chanson dynamique, rapide, vive. Porté sur un train d'enfer, funky en diable, Knopfler raconte l'histoire de cette fille, une roller-girl. Elle survit en faisant de petits boulots pas très passionnants, et ne se défoule qu'en patinant à toute vitesse tout en écoutant du Rock'N'Roll pour s'échapper de sa médiocrité quotidienne. La construction du morceau est plus simple, Knopfler déformant le thème, mais conservant le tempo énergique. La coda monte en puissance avant de s'envoler dans les airs comme la roller-girl, au bord de la plage, au soleil couchant, soutenu par les notes liquides et rêveuses de la guitare de Knopfler.

Brutal changement d'ambiance, « Expresso Love » est une violente embardée électrique, porté par un riff méchant, soutenu par le piano de Bittan. Le climat est plus noir, évoquant une prostituée, le rythme harassant de son travail, l'ambiance glauque dans laquelle elle vit, le torrent d'émotions contradictoires qui l'assaille jour après jour. La guitare rugit, rauque, râpeuse. Le solo est une respiration dans cette poussière âcre, à la mélancolie intense.

Petite respiration après cette cascade d'électricité, « Hand In Hand » est une belle ballade dylanienne en diable, soutenue de piano et de guitare acoustique. La mélodie est typique de Dylan, authentiquement imprégnée de ce Folk typiquement américain des années 60. C'est une chanson fière, au refrain enthousiasmant. « Solid Rock » est un retour au Rock le plus dur, le plus âpre. Trois minute trente au compteur de pur adrénaline, juste retour des petits anglais aux pionniers américains : Chuck Berry, Eddie Cochran… Il y a toujours cette teinte americana caractéristique, mais le riff est particulièrement inspiré du Rock américain séculaire, non sans un petit détour par le Creedence Clearwater Revival pour l'électricité et la rudesse musicale. « Solid Rock » servira de final aux concerts de Dire Straits pour les cinq années à venir, parfaite conclusion de show pouvant atteindre plus de deux heures.

« Les Boys » est une chanson hommage aux soldats américains partis en France affrontés les Nazis. Elle a une petite saveur surannée, chanson à la couleur Country-Folk, et dont la mélodie s'inspire des chansons des années 40, sur laquelle Knopfler greffe ses chorus de guitare laidback. Malgré une ligne mélodique efficace, elle reste la chanson la moins inspirée du disque, riche en somptueuses merveilles électriques.


Durant l'enregistrement, en août 1980, David Knopfler ne supporte plus l'omnipotence de son frère sur le disque et décide de claquer la porte. Bien que ses parties de guitare rythmique aient été captées par le producteur Jimmy Lovine, Mark Knopfler les effacera et les ré-enregistrera toutes. Making Movies connaît à nouveau le succès international, bien que Dire Straits n'arrive toujours pas à rééditer l'exploit de la seconde place atteinte par le premier disque dans les ventes d'albums aux USA. Néanmoins, Dire Straits est dans le Top Ten dans toute l'Europe, et classe ce troisième disque dans le Top 20 américain. Il assoit un peu plus sa réputation de grand du Rock à l'aube des années 80, loin des modes musicales du moment, et poursuit sa progression musicale qui va culminer avec le disque suivant : Love Over Gold.

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dimanche 30 octobre 2016

TELEPHONE 1977

"J'en ai dix, nous sommes en 1989, et mes parents m'ont offert mon premier poste radio-cassette."


TELEPHONE : Téléphone 1977

Je reviens de l'Auditorium, magasin de disques de Lons-Le-Saunier, dans le Jura, accompagné de mon père. Dans ma main, je tiens fébrilement une cassette audio encore emballée de son plastique. Je suis allé la chercher après l'avoir commandé, le magasin ne l'ayant pas en stock. Je viens de plonger dans le grand bain de la Rock Music à peine âgé de sept ans. J'en ai dix, nous sommes en 1989, et mes parents m'ont offert mon premier poste radio-cassette. Ils ont tenté de me faire plaisir en m'achetant quelques cassettes susceptibles me faire plaisir : l'album en duo de Chet Atkins avec Mark Knopfler, trop Country, et New Flame de Simply Red, juste parce que ma mère a confondu ces derniers avec Simple Minds. J'écoutais sur le baladeur piqué à ma sœur, ou sur sa chaîne quand elle n'est pas là, ses cassettes à elle : Dire Straits, Police, Street Fighting Years de Simple Minds, et puis Un Autre Monde de Téléphone, mon premier vrai choc. Je me passionne pour ce groupe, je les trouve attachants, drôles, vifs, espiègles, pas Rock stars pour un sou. Et j'aime la dynamique de leur musique, solidement ancré dans celle des Who et des Rolling Stones, que je ne connais pas encore. Je suis tous les reportages télévisés, et me procure même l'un des premiers livres sur le groupe avec son 45 tours flexi dans une brocante. Je veux tout savoir, je les adore.

Je ne connais pourtant pas bien leurs disques. Sans passer par la case best-of, et parce que j'ai été impressionné par des images du groupe au Festival de Fourvière en 1978. Dans un halo de lumière rouge orangée, Aubert, portant blouson de cuir et lunettes noirs d'alpiniste, fait gargouiller la wah-wah dans une atmosphère d'une tension d'angoisse vertigineuse. J'achète leur premier album avec mon premier argent de poche. Je suis particulièrement intéressé par la chanson « Métro, C'est Trop », son atmosphère urbaine et étouffante, dont j'ai également découvert le clip vidéo filmé dans une rame du métro parisien, caméra à l'épaule. J'ai donc passé commande de la précieuse bande magnétique au magasin le plus proche, devant un vendeur médusé de voir un gamin lui commander un album de 1977. Rentré à la maison, je ferme la porte de ma chambre, défait la cellophane, et enclenche la cassette dans mon poste tout neuf. Et quel plaisir cette première écoute fut.
Téléphone est un quatuor de quatre jeunes musiciens d'origine parisienne fondé en novembre 1976 : Jean-Louis Aubert à la guitare et au chant, Louis Bertignac à la guitare, Richard Kolinka à la batterie, et Corine Marienneau à la basse. Ils ont à peu près vingt-cinq ans, ce qui n'est au final pas si jeune pour la moyenne des groupes anglo-saxons de la même époque. Ils sont pourtant bien plus jeunes que celle des musiciens français, tous ayant largement tapé dans la trentaine depuis longtemps.

Les quatre musiciens ont pourtant bourlingué depuis le début des années 70, jouant dans de petits groupes amateurs avant de saisir quelques belles opportunités grâce à des amis communs : Valérie Lagrange, Jacques Higelin et même Shakin Street. Il se passe pourtant quelque chose de spécial dès que ces quatre-là décident de jouer ensemble, dix jours avant un concert au Centre Américain en novembre 1976. Tout est en place presque par alchimie, sans trop savoir pourquoi. Bertignac à jouer avec Corine Marienneau, qui est par ailleurs sa compagne, il a également taper le bœuf avec Aubert. Quant à ce dernier, il a joué dans le groupe de Kolinka, Semolina. Mais c'est la première fois qu'ils sont les quatre ensemble dans une pièce, à jouer ensemble. Et tout se met en place instinctivement, des instruments au positionnement sur la scène. Aubert a déjà quelques bribes de chansons comme « Hygiaphone », « Metro C'est Trop » et « Sur la Route », dont certaines remontent à 1974. Elles prennent vie instantanément grâce à l'apport de Bertignac, Kolinka et Marienneau.

Le nom « Téléphone » sera trouvé quelques semaines après ce premier concert, dans le but de posséder un patronyme plus facile à prononcer que « ! », leur première idée. Le mot « Téléphone » se retrouve dans plusieurs paroles d'Aubert, il est facile à mémoriser, et il est alors le principal moyen de communication de l'époque. Le quatuor enchaîne progressivement les concerts, trimballant hommes et matériel dans la 4L fourgonnette de Louis Bertignac. Téléphone se débrouille seul, avec comme unique soutien un copain comme manager : François Ravard. Il les fait jouer partout : les bals, les universités, les MJC… n'hésitant pas à mentir sur la réelle teneur musicale de la formation. Il connaît la magie immédiate de Téléphone, qui effacera instantanément sur place le malentendu.

Ils publient par eux-même un quarante-cinq tours de deux titres captés en direct sur la scène du club Gibus à Paris en mars 1977. D'abord vendu avec une pochette blanche sur laquelle les musiciens apposent un tampon lors de la vente après le concert, il va être réédité deux fois pour atteindre 30000 ventes. Cela est suffisant pour intéresser un grand label. Téléphone a des amis dans le business musicale français, dont les conseils précieux leur évitent les écueils habituels du système des maisons de disques. Ils s'amusent avec les nababs lors de dîners, les mettent en concurrence. Et ils peuvent se le permettre : ils arrivent avec leur public, et un disque auto-produit vendu artisanalement à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires. Le potentiel est donc énorme pour un label. Téléphone n'a par contre besoin de ces derniers que pour diffuser ses albums, le reste étant déjà fait. Rock'N'Folk et Best les soutiennent depuis leurs premiers mois d'existence, même la presse régionale est enthousiaste.

Ce n'est qu'en novembre 1977 que ce premier album est enregistré. Les répétitions auront lieu aux studios Pathé-Marconi à Paris, à côté de celui des Rolling Stones. Puis la prise de son se fera en Grande-Bretagne, avec le producteur d'Elvis Costello et Wire : Mike Thorne. Téléphone n'aura donc pas un son aigrelet et variété, mais bien un vrai son Rock digne des groupes anglo-saxons. Afin d'être prêts, les quatre répètent un répertoire archi-connu durant dix jours avant d'entrer en studio et garder toute la fraîcheur de l'interprétation sans passer par des dizaines de prises et d'overdubs.

Si Un Autre Monde m'avait ouvert aux mélodies Rock, Téléphone me fait rentrer de plein pied dans le son Rock idéal : le son rugueux des guitares hérité du Blues anglais. Il n'y avait assurément pas tout cela dans les bacs de l'Auditorium, envahi de variété française et internationale à base de synthétiseurs et de Fairlights. Lorsque j'ai découvert ce disque, Téléphone s'était séparé en 1986 dans une certaine tension. Il ne restait rien du Rock des années 70. Le synthétiseur et les sonorités Funky avaient des ravages, et tous s'étaient perdus dans un bourbier sonore sans âme, gouverné par le clip et les majors du disque surpuissantes. Qu'un gamin comme moi s'intéresse à ce vieux disque avait de quoi étonner, d'autant plus que le seul témoignage de ce premier album sur les multiples compilations de Téléphone était « Hygiaphone ». Le reste était mis de côté, presque gênant, avec ses paroles naïves et ses sonorités Rock sans concession.

Ce disque ne m'a plus jamais quitté, et possède une place spéciale dans le panthéon des grands disques de ma vie. Il est la porte ouverte vers le Rock agressif anglais des années 70 : Hendrix, Who, Led Zeppelin… Les chansons sont puissantes, parfaitement maîtrisées et dotées d'une joie de jouer absolument communicative. Les textes, aussi simplistes puissent-ils être, ont une force indéniable. Ils évoquent un besoin de liberté féroce, une envie de ne pas se laisser bouffer par la morosité du quotidien. Les thèmes sont parfois sombres : « Téléphomme » évoque la solitude, « Métro C'est Trop » la grande machine à broyer de la ville, « Flipper », les difficultés de la vie.

Les grands moments musicaux sont aussi légions. Ainsi, après un « Anna » court et puissant, « Sur la Route » est une ode Blues à la fuite sur le bitume. Bertignac brode le morceau de slide typiquement Stonienne. C'est un Boogie, héritier des Rolling Stones, de Jeff Beck Group et Status Quo. « Téléphomme » impose une lente montée en tension qui éclate par un long solo de Bertignac fulgurant de virtuosité et de feeling, quelque chose que seul Magma avait réussi à atteindre en France, dans un registre différent. « Métro C'est Trop » impose une longue cavalcade lugubre dans les couloirs sombres du transport en commun, encore une fois enluminée de la slide de Bertignac et d'accords acides matraqués à la wah-wah par Aubert. Enfin, « Flipper » achève ce disque avec un riff dantesque et une odyssée électrique de six minutes sur la vie d'un homme comparé aux trois balles d'une partie de flipper.

Trois chansons électriques fulgurantes brillent par leur concision et leur force mélodique : « Dans Ton Lit », « Hygiaphone » avec son riff Chuck Berry, et « Prends Ce Que Tu Veux », avec sa coda furieuse. « Le Vaudou Est Toujours Debout » est un petit ovni, un concentré d'agressivité totale de deux petites minutes, avec un riff obsédant et des paroles énigmatiques. Son efficacité et son aura noire rejoignent la densité de « Téléphomme » et de « Métro C'est Trop ». C'est par ces trois chansons que je vais découvrir la sensation du spleen de l'homme blanc, ce truc si particulier qui ne vit que par le Rock et dans le coeur des gamins européens de la classe moyenne. C'est un vertige, une réaction animale face à l'abysse de la complexité de la société, ses injustices, et le poids de ses incohérences. A dix ans, ce truc venait de me percuter de plein fouet. J'écoutais une musique qui exprimait quelque chose de fort. Même les paroles d'Aubert, décrites comme naïves, possédaient cette force d'expression. Avec des mots simples, des images modernes du quotidien, il avait réussi à traduire pour un gamin que j'étais ce qu'était véritablement le monde des adultes.

L'album ne me quittera plus, et sera rejoint par tous les autres, qui représentent les étapes d'une vie comme celles des quatre musiciens de Téléphone, perdant peu à peu leurs illusions de jeunesse face à la violence du monde. Téléphone sera le Led Zeppelin français, ce groupe à l'existence et à la production discographique parfaite, toujours immaculées malgré le temps et les tentatives de reformation.

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samedi 27 novembre 2010

STRAY 1983

"Et la route défile dans la vitre. "

STRAY : « Live At The Marquee” 1983

Je suis seul face à mon ordinateur dans une petite chambre d’hôtel sans âme. Il m’arrive d’être en déplacement pour mon travail, et inlassablement, je me retrouve dans ces hôtels ni chaleureux, ni gais, juste pratiques, dans ces périphéries de grandes agglomérations. De ma petite fenêtre, j’aperçois des cours d’entreprises de travaux publics, des entrepôts, des cheminées d’usine fumantes, et de grandes immeubles tristes. Parfois, un canal ou un fleuve traverse ce néant humain, apportant par son souffle humide et froid un semblant de nature à la fois réconfortant et effrayant.
Il m’arrive parfois, en prenant l’autoroute pour me rendre sur mon lieu de travail temporaire, de parcourir à nouveau des paysages connus. Ce sont ceux de mes vacances d’enfant, ou du moins ceux qui menaient à mes vacances. Un autoroute m’a toujours marqué, c’est l’A7. Cette voie, passé Lyon, mixe campagne, montagne, fleuve, paysages industriels, et petites maisons nichées dans les collines. Il se dégage de tout cela une grand mélancolie chez moi. Car au fond, bien que l’on se trouve dans ce que l’on peut déjà appeler le Sud, on y distingue les vestiges d’un passé glorieux, riche, mêlé à des ruines industriels symbole du déclin inexorable d’une région dont l’activité se concentre désormais sur les grandes villes environnantes que sont Lyon, Grenoble ou Marseille.
J’ai donc toujours ce même sentiment lorsque je traverse ce coin de France. A la nuit tombante, le soleil rougeoyant au loin. Le tableau de bord de ma voiture illuminé d’un orange brûlant, le compte-tours et le compteur de vitesse s’emballent. Un train sur la voie ferrée parallèle me double. La lumière de ses wagons illumine l’horizon sous forme de rectangles jaunes. Ces derniers sont les cadres de visages perdus dans le quotidien et la fatigue. Comme cette jeune femme blonde, si jolie. C’est le moment pour une bande-son idéale, celle de la route.
Enfant, dans la voiture de mes parents, je chantais ce que je pensais être du Rock. A la suite de l’écoute prolongée des cassettes de ma sœur, les Bruce Springsteen, Dire Straits, Telephone, ou Police, je m’inventais une bande-son idéale à ces images qui défilaient devant mes yeux.
Il me fallait une musique dynamique, galopante. Les accords de guitare se devaient d’être à la fois hargneux et mélancoliques. La voix devait être héroïque et désespérée, comme l’homme solitaire qui n’a plus que la route comme fil de vie. Il cherche du regard un peu de chaleur, celui d’un sourire féminin, qui comme lui se retrouve seule dans ce monde de béton.

Si parfois, un accord, un solo, un pont de chanson de ces fameuses cassettes me paraissait être le temps que quelques dizaines de secondes l’esquisse de ce que j’avais en tête, aucun album ne me parla autant que celui-ci.
Et il est le fruit d’une longue quête. Fan transi et absolu du groupe Stray, je cherchai longtemps ce live, réédité en cd il y a de nombreuses années, et totalement indisponible à la vente depuis. Son prix sur certains sites de vente en ligne est totalement prohibitif, et annihile toute passion musicale. Par ailleurs, il est intéressant de constater comme l’argent détruit souvent tout plaisir, aussi simple soit-il. Mes recherches me menèrent néanmoins à une offre de vente à un prix étonnamment bas qui me confirma que le vendeur semblait n’avoir aucune conscience de son article. Qu’importe.
Stray est un quatuor anglais formé en 1967 par le guitariste Del Bromham, le bassiste Gary Giles, et le chanteur Steve Gadd à Londres. Un batteur du nom de Ritchie Cole rejoignit la joyeuse troupe. Alors âgés de 16 ans, les quatre copains d’école se firent la main sur du John Mayall, Cream ou Jimi Hendrix. Le premier album parut en 1970 et est d’entrée un chef d’œuvre, comme tous les disques de Stray par ailleurs.
Leur musique est un alliage assez indescriptible de Hard-Rock, de Blues, et de Rock Progressif. Jouée avec un talent instrumental et une subtilité bluffant, elle dégage une énergie et une rage incroyable. Elle est le son de la sueur et de la colère. Elle est ce charbon ardent qui alimente les locomotives les plus rapides.
Le groupe jette pourtant l’éponge en 1977 (entretemps, Steve Gadd a été remplacé par Peter Dyers en 1975) après ce qui est sans doute leur meilleur album, à savoir « Hearts Of Fire ». Après avoir assuré les premières parties les plus prestigieuses, de Kiss à Rush, d’avoir écumé la Grande-Bretagne en long et en large, le groupe se décide à prendre un management énergique type Peter Grant. Ils se retrouvent avec un ancien tueur à gage, Charles Cray, certes très rigoureux niveau discipline, mais totalement hors course côté musique. L’anecdote fera même quelques choux gras dans les journaux anglais, bien malgré Stray. Rajouté à cela la vague Punk qui déclare la guerre au Hard-Rock et aux groupes du début des années 70, et vous obtenez la fin programmée d’une formation pourtant exceptionnelle. Ne pouvant obtenir aucun concert, sans réel succès commercial, les quatre garçons se séparent. Pourtant à peine âgés de 26 ans, ils sont déjà de vieux cons.
Del Bromham, le guitariste et principal compositeur, fonde son propre trio. Mais malgré tout son talent, il reste dans l’anonymat. Il est un temps pressenti pour remplacer Brian Robertson au sein de Thin Lizzy en 1978, mais Phil Lynott le juge trop bon compositeur pour pouvoir s’intégrer dans un tel groupe dont il est évidemment le leader.
Un éclair d’espoir déchire bientôt l’horizon lorsque le Punk moribond mute en New Wave, et que le Heavy-Metal reprend le contrôle des charts anglais en 1980 sous la forme de la New Wave Of British Heavy-Metal (NWOBHM). Reformé en 1981, Stray sous la forme Bromham-Cole-Giles-Dyers reprend la route. Mais là encore son Rock trop élaboré, trop subtil, ne trouve pas preneur. Il n’est même plus question d’âge, car Thin Lizzy, Judas Priest ou Budgie retrouvent un nouvel élan au milieu de Iron Maiden, Saxon, Def Leppard, Diamond Head, Praying Mantis, ou Angelwitch.

Il ne reste donc que ce live. Enregistré au Marquee de Londres en 1983, il aurait pu être décevant. Réellement. Parce que nombres de groupes des années 70 ont persévéré dans les années 80, et ont sombré dans la daube. La batterie pourrie de réverb, la guitare Métal, la basse qui slappe, les vocaux funky bidon. Même les Rolling Stones et Deep Purple ont sombré dans pareille merde.
En 1983, Stray est sans aucun doute le dernier grand groupe de Rock anglais avec Motorhead. Le son n’a pas changé. Brut, rugueux. Blues. La vraie différence est même cette production minimale, celle d’un certain Gordon Rowley. Il a capté la substantifique moelle de ce groupe exceptionnel qu’est Stray. Chaque instrument, brillant, est mis en valeur, sans effet. Le public est là, sans éclat grotesque. Combien de disques live ont sombré dans le ridicule par ce public rugissant typé stades américains alors que les dites formations ne remplissent pas le moindre théâtre US.
Réaliste, « Live At The Marquee” retranscrit la réalité : un groupe jouant sa musique pour le plus grand plaisir de son public. Aussi petit soit-il. Plus que tout, ce disque est un résumé presque parfait des meilleurs titres de Stray. L’ouverture par le rugueux « Houdini » est un rêve éveillé. Ce morceau, mêlant riff heavy et chœurs californiens faisant un détour par le West End presque parfaits, ouvre l’horizon musical du public émerveillé. La suite n’est autre que le meilleur titre de Stray, à savoir « One Night In Texas ». Ce morceau épique, entretenant sans cesse la tension émotionnelle, avec son texte gorgée de routes et de filles, le tout décrit avec une subtilité rare, est un sommet de musique électrique.
« After The Storm » est un autre sommet. Symbole de ce Blues-Rock à la fois Heavy et Progressif, il est un vivier sans fin de riffs géniaux et de soli majestueux. Cathédrale de guitare unique en son genre, elle retranscrit avec maestria l’énergie incroyable que l’on peut ressentir après une tempête, qu’elle qu’en soit la nature. Ces arpèges, ces accélérations, ces ralentissements heavy rendant opaque l’horizon. Ce triumvirat de rock’n’roll est déjà un panthéon obscur. Celui de la route. Il faut lui ajouter ce « All In Your Mind » sauvage, débridé, sans faille. Trépidant, mêlant psychédélisme et vitesse, il est sans aucun doute la version ultime de ce titre emblématique du Heavy-Rock Underground des années 70. Celui que rejoue pêle-mêle Iron Maiden ou Queens Of The Stone Age.
Del Bromham est au sommet de son art, inventif, percutant. Soutenu par une section rythmique, Gary Giles et Ritchie Cole, qui n’a sans doute jamais joué aussi bien, il envoie sa musique dans les astres, rendant celle-ci totalement hors-mode, intemporel.
Le tout est serti dans un écrin d’humour et de poésie exceptionnel : la pochette, avec son cow-boy moustachu à cheval, fier, sur une vache.

Et la route défile dans la vitre. Un autre train dépasse le trafic, indifférent, sûr de sa puissance. Les pins sylvestre, les tuiles canal. Les vieilles épaves de Berliet dans les terrains vagues, les péniches moribondes sur le Rhône, symboles d’un autre temps. Et comme un chien errant. Stray Dog. Et la route défile.
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