mercredi 21 septembre 2016

RAINBOW 1977

"J'oserai même dire que notre homme est heureux."

RAINBOW : On Stage 1977

Il est difficile de comprendre aujourd'hui ce que représentait le guitar-héros pour les gamins, ma génération incluse. Le mythe resta vivace, même si le Grunge des années 90 tenta de démystifier l'instrumentiste flamboyant et virtuose. Mais à l'heure de l'électro, du Hip-Hop et autres musiques urbaines et électroniques, tout cela n'a véritablement plus de sens. En termes de réputation et de vedettariat, on pourrait tracer un comparatif entre les guitaristes des années 70 et les DJ's ou les chanteurs-rappeurs. Mais entre un as de la six-cordes, et un type qui lève les bras en l'air, ou un autre qui rapouille dans son micro en tenant son pantalon au niveau des parties génitales, il est complexe d'être vraiment objectif. Surtout quand vous connaissez les meilleurs musiciens des années 70.

Comparé Ritchie Blackmore et Kanye West tient véritablement du vice, de la bêtise, ou de la blague pure et simple. L'ombrageux guitariste de Deep Purple fut assurément un musicien des plus créatifs, des plus influents, et des plus doués de sa génération. Difficile de dire moins. Modeste bretteur derrière quelques showmen comme Screaming Lord Sutch ou le Ricky Nelson allemand Heinz, il fut recruté dans le nouveau projet de l'organiste Jon Lord. C'est lui qui trouva le nom : Deep Purple. Dans un premier temps en retrait, il se contente d'assurer merveilleusement bien sur les compositions symphoniques de Lord très inspirées par Vanilla Fudge, c'est-à-dire un Rock puissant et lyrique, à la posture outrancière, qui préfigure à grands pas le futur Heavy-Metal. Quelques tubes permettent à Deep Purple de briller dans les classements américains, avant d'être dépassé de toutes parts par Led Zeppelin, Jimi Hendrix, ou Jeff Beck Group. Un dernier projet de concert symphonique avec le Royal Philharmonic Orchestra de Londres au succès discographique mitigé achève de convaincre Blackmore que Deep Purple fait fausse route. C'est lui qui fait virer le chanteur Rod Evans et le bassiste Nick Simper pour les faire remplacer respectivement par Ian Gillan et Roger Glover. Le premier a une voix incendiaire capable de tenir tête à Robert Plant, le second a un jeu de basse bien plus rentre-dedans, capable d'aller taquiner Black Sabbath.

Le résultat ne se fait pas attendre, et à partir de l'album In Rock en 1970 commence une odyssée électrique de cinq petites années couronnées de succès commerciaux, et d'albums de Hard-Rock dévastateurs et novateurs. Deep Purple bombarde l'auditeur à coups de Fender Stratocaster et d'orgue Hammond branché dans une rampe d'amplificateurs Marshall. Le son goudronneux permet à Deep Purple d'être les alter-egos de Led Zeppelin et Black Sabbath. Les cinq musiciens sont des virtuoses de leurs instruments respectifs, n'hésitant pas à se lancer dans des joutes scéniques parfois brillantes, parfois indigestes, mais toujours dotées de cette folie extraordinaire dont le moteur principal est Ritchie Blackmore.

Ce rythme créatif au pas de charge entre albums et tournées mondiales épuisera le nouveau duo bassiste-chanteur, remplacé fin 1973 par David Coverdale et Glenn Hughes. Blackmore veut aller explorer des sonorités plus Blues, et trouve dans un premier temps le duo parfait. Mais les deux petits jeunes vont commencer à prendre de la place, jusqu'à refuser certaines compositions du guitariste. Cela va conduire au départ de ce dernier, excédé. Mais il faut rappeler qu'il avait déjà envisagé de partir pour fonder un nouveau groupe avec le batteur Ian Paice, le bassiste-chanteur Phil Lynott, et le chanteur Paul Rodgers. Le management et le reste du groupe ayant cédé aux exigences artistiques de Blackmore à la mi-1973, il régénéra à nouveau Deep Purple. Mais cette fois-ci, il n'a plus le coeur à lutter.

Son chemin va croiser un groupe du nom de Elf. Ce quintet américain assura plusieurs première parties de Deep Purple en 1972 et 1973. Ils seront même signés sur le nouveau label des anglais : Purple Records. Cet enthousiasme a une explication : le chanteur de Elf, Ronnie James Dio. Ce petit italo-américain développe une puissance vocale à la fois lyrique et rocailleuse qui impressionne Ritchie Blackmore. Les deux hommes sympathisent et aiment à discuter musique ensemble, ayant notamment le même goût pour les mondes médiévaux. C'est au cours d'une de ces discussions que se dessine le projet d'un groupe commun. Le guitariste veut partir de Deep Purple, et Dio stagne avec Elf. Le projet prend forme aux Etats-Unis, lors d'une des nombreuses soirées alcoolisées qu'ils partagent au Rainbow Bar&Grill de Los Angeles. Le nom du nouveau groupe est d'ores et déjà tout trouvé : Rainbow. Rapidement monté début 1975, Blackmore fagocite Elf, et capte un premier album éponyme alors qu'il assure la dernière tournée européenne de Deep Purple. Le résultat est de bonne qualité, les chansons sont plaisantes, mais la musique manque de vigueur, la faute à des instrumentistes autour de Dio et Blackmore un peu limités.

L'ombrageux musicien vire tout le monde sauf le chanteur, et recrute les meilleurs : Cozy Powell à la batterie, Tony Carey aux claviers, et Jimmy Bain à la basse. Rainbow va monter d'un cran en termes d'excellence musicale avec le puissant Rising en 1976. Le succès commercial fait lui aussi un bond en avant, en particulier en Europe. Il faut dire que les fans de Deep Purple, déçus de la nouvelle mouture avec Tommy Bolin, et orphelin de Blackmore, n'hésite pas à se tourner vers son nouveau projet. Et cela fait du monde. Sûr de sa force, Rainbow ratisse l'Europe, accompagné d'un immense arc-en-ciel lumineux, utilisé auparavant par Deep Purple en 1974 sur la scène du festival California Jam. Les prestations et les retours du public sont tellement enthousiastes qu'un album sur scène est capté : ce sera On Stage.

Moi qui fut un enthousiaste total de Deep Purple, je ne pouvais que me tourner vers Rainbow. Le quintet anglais était déjà merveilleux, alors un groupe avec son guitariste totalement maître du navire, cela ne pouvait qu'être fantastique. Je découvris Rainbow par cet album, acheté en vinyle car encore indisponible en cd, à part au Japon à prix d'escroc. Ritchie Blackmore y est effectivement bavard, mais pas pénible. Il laisse de la place à ses musiciens, mais dirige la manœuvre. Il n'y a en fait aucune longueur inutile, contrairement à certains albums en concert de Deep Purple où chacun devait avoir son quart d'heure réglementaire, quitte à user de quelques systématismes. Dans Rainbow, on sent Blackmore épanoui, explorant sa guitare avec une audace qu'il avait fini par perdre quelque peu à la fin de son séjour dans Deep Purple. J'oserai même dire que notre homme est heureux.

Cela ne l'empêche nullement de montrer les dents en ouverture : « Kill The King » est un furieux morceau. Il n'a par ailleurs encore aucune existence en studio, puisqu'il sera capté sur le disque suivant. Mais il semble que Rainbow déborde de créativité et ait déjà plus de morceaux à sa disposition qu'il n'en a déjà enregistré. Plus que jamais « Kill The King » est précurseur de bien des choses à venir, pour le meilleur comme pour le pire : tout le Speed-Metal, une partie du Thrash et du Metal symphonique lui doivent tout. Le rythme trépidant, le riff rugueux porté par les claviers, la voix puissante et presque théâtrale, puis le solo en forme de décollage interstellaire, beaucoup d'effets de style à venir proviendront de ce morceau, l'inspiration en moins. Si Rainbow est emphatique, il y a quelque chose qui l'empêche de tomber dans le ridicule ou le grotesque. Sans doute est-ce parce que ces musiciens sont à ce point bons qu'ils n'ont nullement besoin de forcer le trait pour emmener le public vers les cimes.

Ronnie James Dio était un chanteur au timbre posé et naturel, qui ne ponctuait ses parties que d'amples mais mesurés gestes de comédien pour appuyer ses paroles. Blackmore ferraille sur la droite de la scène, tout de noir vêtu, guitare Stratocaster blanche en main, les yeux mi-clos, extirpant de ses cordes les notes magiques. Les mains de Tony Carey virevoltent sur ses multiples claviers, usant en priorité d'un orgue Hammond. Jimmy Bain tient solidement le rythme, faisant le ciment entre claviers et guitare, et poussé par la puissante batterie double grosses caisses de Cozy Powell. La présence de ce dernier dans un groupe est l'assurance de gagner en attaque et en mordant.

Sur « Kill The King », Carey et Blackmore s'affronte sur un thème très inspiré de la musique du 17ème siècle. « Man On The Silver Mountain » issu du premier album prend un sérieux coup de pied aux fesses, Powell poussant le reste du groupe dans un souffle féroce. Voilà une sacrée bonne chanson, totalement révélée ici. Elle sera le théâtre d'une belle improvisation Blues de Blackmore et de Carey, ce dernier jouant avec ses synthétiseurs et apportant un petit effet comique apportant de second degrés à l'ensemble. Elle se clôt sur une reprise du thème du morceau « Starstruck ».
Le troisième morceau n'est autre que le « Stairway To Heaven » de Rainbow : « Catch The Rainbow ». Superbe morceau à la mélodie mélancolique et délicate, chanté admirablement par Dio, elle éclate en son milieu avec un superbe solo de Blackmore plein de force et d'intensité cosmique. Notre héros est poussé dans ses derniers retranchements par la rythmique et les claviers, développant un long thème poétique où il fait pleurer sa Stratocaster de larmes de joie et de colère. Chaque note est une syllabe, aucune n'est inutile ou futile. Porté par cette magie, Rainbow explore ensuite « Mistreated » de Deep Purple. Magnifique Blues qui était déjà le théâtre de somptueuses improvisations de Ritchie Blackmore, ce dernier va se dépasser. L'interprétation reste fidèle à l'originale, la voix de Dio en lieu et place de David Coverdale. Blackmore gratouille, trifouille, explore, en laid-back, en powerchords. Il se fait pointilliste, secret, fait miauler la Fender avant d'exploser, portant le morceau en une apothéose électrique dantesque.

« Sixteen Century Greensleeves » est un thème médiéval revisité par Rainbow sur son premier album. Il est ici porté au pinacle, le riff grondant comme un éclair de tonnerre dans l'air. Le talent de conteur de Ronnie James Dio est lumineux. Blackmore se lance dans un superbe solo usant de la bottleneck. Cet effet utilisé normalement dans le Blues est détourné pour donner un effet oriental aux notes du chorus du plus belle effet. Le disque se termine par une reddition sans pitié de « Still I'm Sad » des Yardbirds. Blackmore va chercher Jeff Beck sur son propre terrain, le premier étant un admirateur inconditionnel du second. Les deux personnages partagent d'ailleurs le même type de personnalité complexe et tempétueuse. La partie centrale est une belle improvisation en solo de Tony Carey aux saveurs Renaissance, avant que le groupe ne revienne sur le thème, et s'amuse avec, changeant le rythme, improvisant riffs et paroles. Le disque se clôt sur cette reprise inspirée.


Incontestablement, Rainbow est un grand groupe, et a enterré définitivement Deep Purple, qui d'ailleurs s'est séparé en juillet 1976 après une tournée calamiteuse causée par les problèmes de dope de Tommy Bolin, mais aussi de Glenn Hughes. Bolin s'éteindra en décembre de la même année, à peine âgé des fatidiques 27 ans. Le Rainbow de Rising et On Stage est lui aussi mort et enterré, ce disque en concert étant le dernier témoignage d'un second line-up disparu. Bain et Carey ont été virés, remplacés par Bob Daisley à la basse, et le discret David Stone aux claviers. Rainbow a atteint un sommet artistique, mais peine à s'imposer aux Etats-Unis, pas vraiment réceptive à ce Hard-Rock lyrique et puissant, et lui préférant les sonorités plus accessibles de Foreigner, Heart ou Boston.

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7 commentaires:

Ravé a dit…

Un superbe album, auquel on ne peut éventuellement faire qu'un seul reproche: l'absence de Stargazer en mode live, monument incontournable pourtant... Il faudra attendre la publication du "Live in Germany", des années plus tard pour y avoir droit! Mais franchement, 40 ans après (la vache, ça passe vite...), ça s'écoute toujours sans problème!
Encore un très bon article, camarade!
Ravé

Julien Deléglise a dit…

Merci à toi, Ravé. Depuis ce disque, il est paru plusieurs excellents disques en concert de Rainbow, notamment de la période 1976-1977. J'ai hésité à évoquer le live en Allemagne de 1977. Le son n'est pas parfait, mais le groupe est totalement possédé.
Pourtant, j'ai choisi celui-là, parce que c’est le disque historique, et qu'il est quand même sacrément bon.

Bruno a dit…

Bizarrement, bien que longtemps inconditionnel du Blackmore, c'est probablement le disque que j'ai le moins écouté, de lui (sans compter "Stranger in Us All" que j'ai occulté).
(j'avais aussi pas mal galéré pour trouver le 33 tours. Des années après sa parution, principalement parce qu'un double coûtait assez cher).

En ce moment, le père Blackmore remet ça. Une nouvelle tournée lancée en juin dernier pour jouer le répertoire de Rainbow (en incluant 2 ou 3 trucs de Deep-Purple). Les watts devaient lui manquer. "Difficult to cure" ?

Dommage qu'il n'y ait pas d'anciens dans ce nouveau - et certainement éphémère - Rainbow.
Dio, Powell et Bain ne sont plus là, et Carey a été bien malade.

Bruno a dit…

J'ai bien aimé ta première partie. Notamment sur les comparatifs. Un guitar-hero et un Dj. Crénom ! Blackmore et Kanye West ! Diantre !! On dirait que c'est bien le mal de ce siècle. L'image avant tout. Et on a du mal à concevoir qu'il faille un minimum de travail, d'investissement, pour devenir un artiste. Aujourd'hui, un "artiste" cela doit être une "belle gueule" (ou une tronche de cake) qui prend des poses et qui, surtout, obéit à l'industrie du divertissement. Qui voit avant tout les dollars avant d'avoir une quelconque vision artistique. (c'est quoi ça ??)

Cela nous ramène au temps où un certain Dechavanne osait expliquer, avec aplomb, la musique à un "premier violon d'un orchestre symphonique", lui coupant carrément la parole pour donner son opinion et encourager des jeunes à faire des "rapoum-rapoum-cracheroum" avec leurs mains et leur bouche. C'était pathétique.
En parallèle, Blackmore, qui appréciait pourtant les compliments, n'avait aucun mal à dire qu'un saxophoniste moyen serait toujours meilleur qu'un très bon guitariste de Rock. Que lui-même travaillait des heures pour essayer de jouer correctement des œuvres classiques.

Maintenant ... il suffit de lever le bras en l'air et beugler des "Yo-Yo" pour être crédible.

Julien Deléglise a dit…

Je te rassure, moi aussi j'ai beaucoup écouté d'autres albums avant de revenir à celui-ci. J'ai adoré "Kill The King" sur celui-ci, et le reste m'est passé un peu au-dessus de la tête. J'ai comme l'impression que comme est on est tellement certains que les excellents disques avec Blackmore sont vraiment excellents, on cherche à trouver ceux qui le sont moins. Et puis le bonhomme est bavard parfois aussi, et on peut avoir tendance à zapper plutôt que de prendre le temps de s'immerger totalement.

La musique est devenu un bruit de fond. On ne prête plus attention à rien, on survole tout. c'est ça l'air du numérique : on a l'impression de tout savoir, mais en fait, on ne sait rien, parce qu'on ne lit jamais en profondeur. Et de ce fait, le contenu des articles sur le net ou sur les réseaux sociaux sont très succincts, sans fond réel. C'est pour cela que tout reste au niveau du superficiel : l'image de la musique, de la mode, les petites phrases des hommes politiques...

Bruno a dit…

Voilà ! C'est tout à fait ça. Le superficiel. On est totalement immergé dans le superficiel, à tout les niveaux. C'est pratique, cela évite de réfléchir. Et je me demande parfois si cela n'est pas recherché afin de générer des incultes. C'est plus facile à manipuler. D'ailleurs, les rares émissions culturelles qui restent, sont de plus en plus courtes (ou alors comblées d'inutiles séquences de remplissage). Les articles de presse aussi (de plus en plus de photos, de moins en moins de mots).Et l'actualité se résume souvent au titre (ou presque) ; et effectivement, on focalise actuellement sur "les petites phrases des hommes politiques" au détriment du fond. Eux-mêmes, d'ailleurs, jouent là-dessus et esquivent ainsi les sujets importants. Et les médias jouent le jeu.
Hélas, même autour de moi, je constate que les gens (dont des proches) ont le nez coller sur leur "écran portatif" pour avaler diverses infos et ragots (qu'ils s'empressent de recracher, sans analyser), mais avec qui il est désormais difficile d'avoir une conversation constructive.

Dans le même cas de figure, on me fait de plus en plus souvent écouter des trucs via le net et le truc-phone, et donc sans relief, sans réelle dynamique. Le pire, c'est que parfois on m'arrête l'écoute au bout d'une minute (??). Comment alors prendre la dimension d'un Stairway to Heaven, d'un Child in Time, d'un Salisbury (et tant d'autres).

J'ai parfois la sensation que nous nous enfonçons dans une forme de dystopie.

Julien Deléglise a dit…

C'est le grand mal de notre ère. Cela permet de détourner le débat, ce que l'on appelle les contre-feux. On parle d'autre chose, sans grande importance, et ce qui l'est vraiment n'est plus entre les mains du peuple. C'est pour cela que nous avons cette classe politique irresponsable et inculte. Sans tomber dans l'anti-européanisme primaire, je suis contre cette union européenne des technocrates et de la finance. Il faut savoir le dire : ils prennent les décisions économiques et sociales, les vraies. Ils sont donc responsables, avec la complicité des hommes politiques nationaux, et d'une bonne partie des journalistes qui considèrent que ce système ne peut être remis en cause.
A petite échelle, les gens collés sur leurs écrans ne réfléchissent plus, ils n'ont pas le temps. Ils pensent qu'avoir cent pages Facebook différentes permet d'avoir un panorama complet des problèmes, mais rien n'est vérifié, tout est ragoté, et ce sont souvent les moins intelligents qui s'expriment.
La musique est touchée de plein fouet comme tous les arts, car elle nécessite un temps d'appropriation et de réflexion. Comment peut-on avec ce mode de vie apprécier un disque de Nektar ou de Deep Purple ? Ils nécessitent de s'assoir et d'écouter du début à la fin. Sans compter que ces albums dévoilent toujours quelque chose de nouveau à chaque écoute et au fur et à mesure du temps.
J'ai déjà pris le temps, un jour, d'écouter en détails un morceau de Katy Perry et de Kanye West. C'est affligeant, nullissime au niveau musical. La voix retravaillée couvre une instrumentation d'une pauvreté désespérante. Ce n'est qu'une boîte à rythme et un petit clavier. Le plus gros boulot et de rendre cela audible en studio.
Mais il y a un beat, une petite ligne mélodique qui accroche, un refrain type phrase-choc, et puis pour la voix totalement bricolée qui remplit l'espace.
Je sais que quand je mets un de mes disques dans la voiture ou à la maison et que ma belle-fille de treize ans est à côté, elle est choquée par la musique. Non par le style lui-même, même si pour elle c'est "ringard", mais surtout parce que le son est brut, la musique sans fard, sincère. Il n'y a aucun filtre, aucun logiciel qui a retravaillé le tout. C'est juste un groupe, dans une pièce, qui donne tout, enregistre ses propres morceaux, et le tout est mis sur bande magnétique par un ingénieur du son. Et ça fait toute la différence.Cette sincérité artistique, sans formatage, les gamins n'en ont pas l'habitude, mais à un point effarant.