mardi 5 avril 2016

JOE WALSH 1976

 "Ce que Joe Walsh a à offrir sur disque est ici décuplé sur scène."


JOE WALSH : You Cant’t Argue With A Sick Mind 1976

Les meilleurs amis ne sont pas forcément ceux qui étaient les plus proches à certaines périodes de nos vies. Ce sont parfois ces personnes que l’on pourrait qualifier un peu brutalement de second choix, mais qui sont restés fidèles et discrètes, toujours là au bon moment, et qui ont toujours un mot agréable à vous adresser aux grandes étapes de votre existence. Ils sont la présence rassurante dont on a besoin dans les moments difficiles, et les compagnons de soirées avec qui on partage un bon moment, sans plus d’exubérance que nécessaire. Et quand ceux avec qui l’on passe le plus de temps s’éclipsent de manière aussi incompréhensible que brutale, ils sont toujours là, pas très loin de vous.

Joe Walsh est pour moi un vrai bon copain. Pas personnellement, mais sa musique, très certainement. J’y reviens toujours, et j’y trouve toujours cette chaleur amicale qui me manque à certains moments de mon existence. Son Rock n’est ni le plus Hard, ni le plus virtuose, et encore moins le plus élaboré de tous, mais il est fameux. Il est assez difficile à décrire en vérité : pas totalement Blues au sens où on l’entend, pas radicalement Hard-Rock, pas californien dans l’âme non plus, il est un mélange subtil de tous ces éléments.

Walsh fit ses armes avec un prodigieux trio du nom de James Gang qui publia avec lui trois albums et un disque capté en concert, entre 1969 et 1971. Le second, Rides Again, en 1970, fit grande impression, récoltant les compliments de la presse comme de musiciens confirmés et talentueux. Pete Townshend des Who qualifia Walsh de « meilleur nouveau guitariste du moment » alors que le Gang fut inviter à assurer leur première partie, et Peter Green invita ce dernier à jouer avec Fleetwood Mac et Eric Clapton à la Boston Tea Party en mai 1970. Il fut également appelé par Steve Marriott pour remplacer Peter Frampton au sein de Humble Pie, mais il déclina l’offre. Joe Walsh venait de recevoir l’adoubement des meilleurs lames de la guitare du moment, et avait un boulevard ouvert devant lui, ce dont il profita, mais à sa manière.

Il quitta le James Gang en décembre 1971, donc, épuisé par le rythme effréné des tournées et les premiers conflits avec ses comparses. Il fut par ailleurs remplacé en 1973 et 1974 par un certain Tommy Bolin. Il fonda son groupe solo, d’abord appelé Barnstorm, et développa sa propre musique, avec une intéraction limitée avec ses partenaires. La musique de Joe Walsh prit encore de la dimension, s’ouvrant vers des horizons Country et californien inspiré de Crosby, Stills, Nash And Young qui apportèrent de la richesse à son Blues-Rock. Car Walsh ne pratique pas une musique rugueuse et bluesy à la Rory Gallagher ou à la Robin Trower. Il se met au service de chansons merveilleuses, terreuses et âcres, aux rythmes nonchalants, presque boueux, mais à la mélancolie absolument évidente. L’homme est un garçon romantique, sous sa façade de rigolo affichée, copain de Keith Moon des Who et de tout le gotha des alcoolos mondains du Rock mondial. C’est ainsi qu’il sympathisera avec les musiciens des Eagles, dont Don Felder. Il oubliera malheureusement ce talent évident pour rejoindre les dits Eagles en 1976, pour ce qui deviendra leur plus célèbre disque : Hotel California. Mais les aigles ne s’y trompèrent pas, reprenant systématiquement, et toujours à ce jour, le « Walk Away » du James Gang, et « Rocky Mountain Way » de Walsh en solo.

Peu de temps avant d’être débauché, Joe Walsh entreprit une tournée solo à succès en 1975, toujours entouré de ses fidèles musiciens : Joe Vitale et Andy Newmark à la batterie, Willy Weeks à la basse, Jay Ferguson de Spirit aux claviers, et Don Felder à la guitare. Cette tournée va s’organiser peu de temps avant que Walsh ne rejoigne les Eagles. L’annonce aura des répercussions très positives sur les dates à venir, une partie du public venant pour entendre le futur lead-guitariste du quintet californien. La set-list va faire la part belle aux trois albums solos de Walsh à cette date : Barnstorm en 1972, The Smoker You Drink, The Player You Get en 1973, et So What en 1974. Quelques classiques de la période James Gang sont également inclus dont la vieille scie scénique « Walk Away ». Walsh n’a alors qu’une réputation prometteuse, n’ayant classé que quelques simples dans les cinquante premières places des charts avec James Gang ou en solo depuis 1970.

Ce disque en concert, vite expédié, n’est au final qu’un objet permettant de capitaliser financièrement sur la réputation de nouveau Eagles de Walsh. Mais ses qualités font vite oublier ses défauts, à commencer par sa durée d’à peine trente-cinq minutes à l’époque des double-albums en direct. C’est en tout cas l’aspect qu’il donne au premier abord. Car cet album est proprement d’excellente qualité, bien que trop court. On y retrouve notamment plusieurs grands classiques du guitariste : « Walk Away » bien sûr, mais aussi « Help Me Through The Night », « Turn To Stone » et « Rocky Mountain Way », première vente significative du musicien, atteignant la 23ème place des charts US en 1973. Elle sera notamment reprise sur scène par Crosby, Stills, Nash And Young sur leur tournée mondiale de 1974, mais aussi par Triumph ou Michael Bolton.

Ce que Joe Walsh a à offrir sur disque est ici décuplé sur scène. L’émotion intense, aride et amère de ses morceaux atteint un pinacle rare. Deux pièces sont particulièrement symboliques de cette approche : « Meadows » et « Turn To Stone ». Le premier reprend d’abord parfaitement son pendant studio, avec toute l’énergie et la finesse qui le caractérisent. Puis Walsh et ses musiciens lui greffent une coda improvisée inédite, d’une mélancolie terrible, faite d’arpèges électriques lumineux, soutenu par un accord de synthétiseur et d’orgue Hammond. Le second va encore plus loin dans l’exploration du thème : une introduction crépusculaire prépare l’arrivée du riff stonien. Le développement central va ouvrir une longue déambulation au gré des vents, à l’amertume profonde. Un solo de flûte soutenu par une rythmique Funk laisse la place à une cathédrale de powerchords déchirants faisant monter l’intensité vers un paroxysme d’émotion lacrymale. Incontestablement, ces deux morceaux sont le sommet de cet album qui compte aussi quelques méfaits percutants.

« Walk Away » est ainsi une introduction scénique redoutable qui se déroule d’une manière plus fluide et moins abruptement Blues que celle, originale, du James Gang. « Rocky Mountain Way » est une ballade fainéante, mid-tempo, traînant sous la slide somptueuse de Walsh. Ce dernier fait aussi une petite démonstration de talk-box, effet de guitare dont il est l’un des maîtres avec Jeff Beck, Peter Frampton et Joe Perry d’Aerosmith. J’aime ce feeling, prenant du bon temps sous le soleil de Californie, mixant la Soul des studios Muscle Shoals avec le Blues, que pratiqua également avec brio Stephen Stills. Mais Walsh lui injecte une âme supplémentaire, celle du voyage, de la virée sur la route, des grands espaces, le Sud, les bayous, don que voulurent absolument récupérer les Eagles pour donner une nouvelle dimension à leur musique, plus Rock et moins Country.

Ce magnifique disque live va entretenir et clore la carrière solo de Joe Walsh, qui ne publiera aucun disque solo entre décembre 1974 et 1978. Il va se consacrer pleinement aux Eagles, diluant son talent dans celui d’un groupe qui va connaître son apogée avec lui et le disque Hotel California. Walsh imposera plusieurs de ses idées de riffs, mais ne pourra plus aussi facilement placer ses compositions entre les différents compositeurs que sont Glenn Frey, Don Henley, Don Felder, et Randy Meisner. Il va par contre connaître la grande vie des superstars du Rock de l’époque, avec son cortège de cocaïne, de groupies et d’alcool, passant ses soirées aux côtés des plus dangereux compagnons de biture comme Keith Moon, Alice Cooper, John Lennon, Jimmy Page ou John Bonham.

Sa musique va perdre peu à peu de son intensité émotionnelle, si riche, si puissante, pour laisser place à des pochades certes distrayantes, mais se faisant au détriment de la qualité de sa musique. Ce disque en concert est l’aboutissement de ce que Joe Walsh avait à offrir de meilleur, et ces courtes trente-cinq minutes sont à savourer comme ce qui se fit de mieux en termes de Rock américain du milieu des années 70.

tous droits réservés

3 commentaires:

Hard Round Tazieff a dit…

76 ' Walsh
C'est incontournable !

Budgie a dit…

Sa musique est absolument indispensable. C'est le plus beau Rock à guitare américain de l'époque.

Bruno a dit…

Ouaip ... Ce live, tout comme celui de James Gang, est un peu (beaucoup ?) du foutage de gueule. Trop court et trop rafistolé. La réalisation du label pue le travail bâclé, fait dans l'urgence. C'est fort regrettable, car ces deux disques ont le terreau qui aurait pu les ériger au statut d'incontournables (double) live des 70's.

Quant aux 2 premiers James Gang, je me demande toujours comment ces jeunes gars pouvaient faire preuve d'autant de maturité.