vendredi 24 septembre 2010

SIR LORD BALTIMORE

"Cet album est un poison violent, il est l’ivresse que l’on s’offre un soir de mauvaise fortune, lorsque la vie quotidienne n’est que misère humaine. " SIR LORD BALTIMORE : « Kingdom Come » 1970


Parfois, la connaissance de l’Histoire ne suffit pas. Parfois, connaître des millions de groupes, leurs interconnexions et l’évolution des genres musicaux dans le temps ne suffit pas. Il est des énigmes qui ne se percent pas, simplement, parce que face à une présence aussi unique, on ne peut trouver les ramifications, expliquer le son.
Sir Lord Baltimore est de ces énigmes. Qu’a-t-il bien pu se passer dans ce quartier de New York, et dans la tête de ces garçons pour pondre pareille déflagration ?

Ce que l’Histoire retint, c’est que Sir Lord Baltimore fut fondé en 1968 par le batteur-chanteur John Garner, le bassiste Gary Justin, et le guitariste Louis Dambra. Le trio débuta par de modestes reprises de Cream et de Jimi Hendrix. Et puis aussi que les gars de Kiss sont de grands fans de toujours.
Et puis…. Et puis arrive ce disque. Il faut croire que la déflagration fut exceptionnelle même en concert puisque le manager Dee Anthony, s’occupant notamment des affaires de Humble Pie, Traffic ou Joe Cocker, les signa après un concert. Et ce premier disque fut produit par rien de moins que Eddie Kramer, soit l’ingénieur du son attitré de Jimi Hendrix, et bien sûr enregistré dans les fameux Electric Ladyland Studios.
Seulement voilà, Sir Lord Baltimore est un groupe qui ne ressemble à rien de ce qui se faisait à l’époque. Pas plus à Jimi Hendrix, qu’aux pionniers du Hard-Rock et du Heavy-Metal qu’étaient Led Zeppelin, Deep Purple, ou Black Sabbath. Encore ces trois-là, on comprend les racines, le cheminement, le British-Blues Boom, les Yardbirds, Vanilla Fudge, Jimi Hendrix et tout le tremblement. Bon le troisième suscité devient déjà un peu difficile à suivre, mais quand on connaît le parcours des garçons, les galères dans les Highlands ou à Hambourg, on peut saisir toute la noirceur du propos.
Mais là…. Sir Lord Baltimore, c’est une montée d’adrénaline sans concession. Le propos est d’une brutalité, d’une violence urbaine absolument sans aucun équivalent.
Il est un disque noir, nuit d’ébène, monolithe ivre de puissance et de rage, condensé apocalyptique de ce que le Heavy-Rock peut proposer de meilleur, de plus jouissif pour les gagne-petits sans ambition que nous sommes.
Dés « Kingdom Come » et ses 6’34”, on entre dans une autre dimension. La grosse caisse tape un rythme épais, entêtant, lourd, la guitare sature, grasse, ruisselante de métal en fusion. La basse, ivre de fuzz et de distorsion, gronde derrière le riff. La voix de Garner est celle d’un prêcheur fou, tentant à peine de cacher derrière son apparat religieux ses péchés. Il y règne la Mort, le Sexe, la puissance des V8 de la General Motors.
Les versets du mage malade déverse une poésie lysergique faite d’éléments déchaînés et de mort. La femme n’est ici qu’une chienne lubrique, mais les paroles sont ici tellement vicieuses qu’elles tendent plus à séduire, à enflammer la mounine. « Kingdom Come » est un concentré de Sex, Drugs And Rock’N’Roll.
On peut s’interroger sur les drogues, mais soyons raisonnables. Mais celles-ci ont un rôle non négligeable. Elles ont permis à de petits musiciens de pondre, en quelques heures et avec des moyens ridicules, des disques aujourd’hui considérés comme des joyaux du heavy-hard-psychédélique.
Seulement voilà, Sir Lord Baltimore n’est pas qu’un classique pour les fans obtus. Il faut que l’auditeur lambda écoute cela. C’est impératif. Parce que la jeune génération se cantonne à ce que les médias veut bien lui offrir. Mais ce disque est dangereux. Et l’offrir aux fans mal conseillés, qui considère que Iggy Pop est ce qu’il y a de plus fou dans le Rock 70’s est une erreur totale.
Cet album est un poison violent, il est l’ivresse que l’on s’offre un soir de mauvaise fortune, lorsque la vie quotidienne n’est que misère humaine.
Je crois avoir écouté des dizaines de fois « Pumped Up », le titre clôturant le disque. C’est un condensé de folie, un uppercut musical. La guitare de Louis Dambra vrille, s’enroule dans les enceintes, se pulvérisant en une poussière d’étoiles.
La violence envers la gente féminine est totale. On la retrouve dans « HellHound », ou « I Got A Woman ». « Mister Heartache » est un fabuleux morceau de hard-metal mid-tempo implacable, ses chromes luisent dans le nuit.
Ce disque est au combien viril. Il est brutal, sans concession. Et son écoute vous emmènera loin, très loin.
Le groupe produira un second disque, très bon, mais plus subtil. Joey Dambra, le frère de Louis, prend la seconde guitare. La formation survivra encore jusqu’en 1976, sans réussir à enregistrer son troisième disque.
Il paraîtra en 2006, mais Garner s’est lancé dans le Rock Chrétien, et Sir Lord Baltimore n’a ajourd’hui plus aucun intérêt. Reste ce disque, unique, salve de napalm qui brûle les neurones de l’auditeur imprudent comme un shoot d’acide.
tous droits réservés

2 commentaires:

Yoann Hermes a dit…

Le mot qui me vient à l'espirt pour cet album c'est "sauvage"^^

Anonyme a dit…

J'ai beau écouté et réécouté ce disque, je n'accroche pas. Pas que ce soit un mauvais disque mais, à l'instar du Granicus, je trouve que c'est un disque moyen, surestimé. J'ai probablement un problème avec le hard et le psyché US qui, à de très rares exceptions près me laisse de marbre. Comparé au heavy prog anglais ou au heavy germanique je trouve les productions us de la même période finalement assez fades et prévisibles. Mais je n'ai pas tout écouté...
Steph