mardi 8 septembre 2009

THE WHO 1968

"Alors, il faut franchir un cap : soit plonger dans le psychédélisme, soit virer heavy."

THE WHO : « Fillmore East, 6 April 1968 » Live 1968

Les bons bootlegs des Who sont relativement rares. C’est curieux mais c’est ainsi. La plupart ont en effet été enregistrés après le décès de Keith Moon, ce qui rend ces enregistrements largement moins intéressants du fait du déclin musicale inexorable du groupe.
Et puis pour les autres, ils datent pour la plupart de la période « tournées des stades » des Who, c’est-à-dire 1973-1976. Loin d’être inintéressants, ils sont souvent mal enregistrés, et ne rendent pas justice à la puissance du groupe.
Ils restent néanmoins quelques pépites, et notamment celle-ci. Cette bande est captivante à plus d’un titre. D’abord, elle est superbement enregistrée, avec des Who dans une forme olympique.
Ensuite et surtout, il s’agit d’une période charnière pour les Who. Le groupe connaît en effet sa plus terrifiante période d’insuccès commercial depuis ses débuts discographiques en 1964. Toujours classés dans la rubrique des groupes à 45T, et ce alors qu’ils viennent de produire deux superbes albums (« A Quick One » en 1966 et « Sell Out » en 1967), ils voient leurs derniers simples s’échouer dans les charts. Et à cette période, cela signifie pas loin de la fin d’un groupe. En effet, les Beatles ont sorti « Sgt Pepper » et le White Album, Cream et le Jimi Hendrix Experience tournent à plein régime, et le psychédélisme est là.
Les Who l’ont traversé sans vraiment y participer. Bien que la pop de Pete Townshend ait évolué aux contacts des nouvelles sonorités, ils restent attachés aux chansons et à la dynamique.
Alors il faut franchir un cap : soit plonger dans le psychédélisme, soit virer heavy. Et c’est la seconde option que choisit Townshend. Au contact d’Hendrix, et surtout Clapton, le rugueux riffeur des Who se lance dans les soli de guitare, lui qui dut en 1965 faire appel à Jimmy Page pour faire le solo de « I Can’t Explain ». Sauf que le style de Townshend restera unique, comme une sorte de mélange de power-chords et de chorus rageurs bourgeonnant du bouillonnement de riffs.
Et puis il y en a deux qui n’attendaient que cela : John Entwistle et Keith Moon. Eux qui après une énième bataille rangée au sein du groupe furent tentés de partir former un groupe avec Jeff Beck et Jimmy Page en 1966 (ce sont eux quatre qui enregistrent le « Beck’s Boogie » originellement attitré aux Yardbirds).
Avec la nouvelle optique de Townshend, et surtout sa main-mise sur les choix musicaux des Who, face à un Roger Daltrey remis à sa place d’excellent frontman et chanteur, les Who poussent le volume, et n’ont d’autre choix pour s’imposer aux USA que de tourner sans relâche.
Car jusqu’en 1968, les Who sont avant tout un groupe anglais que seuls les branchés américains commencent à goûter. Alors ils tournent. Ils ravagent leur matériel au festival de Monterey en 1967, poussant Jimi Hendrix à brûler sa guitare afin de faire mieux qu’eux. Premier point. Et puis il y a ce son heavy-blues qui se dessine dans la pop-music des Who. Leurs chansons s’allongent, les improvisations inondent les power-songs de trois minutes. Pete Townshend, équipé d’une Stratocaster Fender, explore le larsen et le fuzz à sa manière, poussé par les deux terroristes de la section rythmique : Moon et Entwistle.
Ce concert est ahurissant, car il dévoile les Who en pleine possession de leurs moyens, brillants, s’amusant de leur nouvelle liberté musicale.
On est donc sur leur troisième tournée américaine en moins de dix-huit mois. Elle doit promouvoir une compilation de simples parue uniquement au USA sous le nom de « Magic Bus – The Who On Tour ». Et à force de fréquenter Jefferson Airplane, Cream, Jimi Hendrix, le Grateful Dead et Peter Green’s Fleetwood Mac, les Who ont compris la leçon de la jam. Mais avec leurs oreilles de petites frappes de la banlieue londonienne.
Alors ça décape sec, et d’ailleurs, le set commence par une reprise corsée, « Summertime Blues » d’Eddie Cochran. Le ton est donné. Le groupe mods Maximum Rythm’N’Blues, c’est derrière eux. Les Who ont gagné en cohésion musicale, en puissance et en émotion sonore. Même les vieilles chansons ont pris une ampleur invraisemblable. « I Can’t Explain », « My Generation » ou “Substitute” sont devenus de rageurs hymnes de heavy-music.
Et puis il y a aussi les fameuses chansons pop-psyché qui gagnent en rage et en expressivité. Car si leur charme originelle était déjà fabuleux, elles sont propulsées à 100 miles à l’heure à coups de double grosse caisses et de ronflements de basses gras. Townshend explore les chorus, et devient un magicien, soutenant la tension électrique à son maximum. Il faut écouter cette version de « Relax » démoniaque, où les trois se répondent sans cesse, laissant Daltrey seul sur le carreau. Ou encore ce « Little Billy » que personne ne connaît à part les fans absolus, et qui voit les Who lui défoncer les gencives à coups de Strato. Enfin, il y a « Tattoo », petite merveille mélodique dont le pathos mélancolique prend ici une dimension incroyable.
Enfin, il y a les reprises. Il y a bien sûr ce « Summertime Blues » au moins aussi brûlant que celui du « Live At Leeds » deux ans plus tard, mais avec un son plus acéré et coupant. Il y a aussi le « Fortune Teller » des Rolling Stones, dans une relecture à la fois soul et heavy, bien loin des version early seventies. Pour l’anecdote, c’est la seconde fois qu’ils la jouent ensemble ce soir-là. Et puis il y a ce superbe « Shakin’ All Over » de Johnny Kidd And The Pirates, où Pete Townshend n’a jamais été aussi Blues et bavard. Il y est brillant. On sent que la Stratocaster est une guitare exigeante, précise, qui oblige Townshend à l’inventivité sonique. La SG Gibson, plus grasse et plus imprécise dans sa sonorité, lui permettra quelques facilités instrumentales. Et notamment, de surfer sur le sustain permanent dégagé par cette dernière et le volume infernal des amplificateurs.
On est en tout les cas à un moment crucial de la carrière des Who : les délicates chansons pop des Who sont toujours là, mais l’interprétation rageuse et sauvage qui en faite prouve que l’on peut être des terroristes sonores sans plonger dans les jams blues à rallonge. C’est cette rudesse, cette violence froide mais précise qui va constituer le venin des Who de 1968-1970.

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3 commentaires:

rebeltrain a dit…

put... quel batteur ce keith moon, je m' en suis toujours pas remis avec ian paice et jackson spires de blackfoot ce sont pour moi les meilleurs derrieres les futs !!!a+

Jean-Michel a dit…

Sûr que de l'énergie, ils en avaient à revendre !
A une période, ils défonçaient même les piaules d'hôtel, où ils séjournaient. ( dynamite ).
Le plus drôle, c'était le flegme d'Entwistle, imperturbable face aux trois autres.
L'un des meilleurs groupes de scène sur la planète rock.
Jean-Michel

Anonyme a dit…

très bon groupe , un excellent bassiste,un incroyable batteur,un guitariste souvent oublié au jeu puissant parfois proche d'un frank zappa,un très bon chanteur!
si vous voulez découvrir ce groupe je ous conseille l'excellent"live at leeds"qui n'a pas pris une ride et véritagle best off!