mercredi 6 mai 2009

THE SMALL FACES

"J’aime cette voix. "


THE SMALL FACES “The Decca Anthology 1965-1966”

Tension et Rythm’N’Blues. Les Small Faces furent un sacré groupe. Seul véritablze concurrent des Who dans le style rythm’n’blues mods énervé et trash, ce quartet de Londres préféra la rage soul à l’hymne rock définitif.
Il faut dire que le groupe était bien équipé : un bassiste au jeu lourd et rythmé, Ronnie Lane, un batteur véloce en la personne de Kenney Jones, un clavier toujours dans les bons coups, Ian MacLagan, et l’arme absolue : Steve Marriott.
Marriott fut l’un des meilleurs chanteurs de soul blanche de tous les temps, dans le même camp que les Robert Plant ou Paul Rodgers, mais un cran au-dessus. Doté d’une voix prodigieusement riche, son chant ressemblait à celui d’un loup pris au piège. Hargneux, downtown, furieux, mais toujours soul, il poussa le blues dans ses derniers retranchements, aux confins de la souffrance et de l’hystérie.
Ajouté à cela un jeu de guitare assez approximatif, mais diablement efficace, punk avant l’heure, vous obtenez donc un quartet démoniaque qui explosa tout sur son passage. Mais il y a surtout ces chansons fantastiques, véritables hymnes pop hululant les peines et les joies des kids anglais.
En fait, le répertoire des Faces est partagé entre deux types de morceaux : les pop-songs, genre «Sha-La-La-Lee » ou « All Or Nothing », et les tours de force rythm’n’blues furieux, comme « Come On Children » ou « You Need Lovin’ ». A noter d’ailleurs que la version de ce dernier titre a très certainement la version de Led Zeppelin « Whole Lotta Love », surtout au niveau du chant.
Car lorsque les Small Faces emballe la machine, le riff se fait serré, la basse ronfle, les baguettes roulent sur les toms, et la voix hurle le blues comme un dément. J’aime cette voix. Je crois que le plus beau titre au niveau vocal, c’est l’intense et sulfureux « E Too D », sur lequel Marriott raconte les sensations de la prise d’acide, mimant vocalement les tourbillons cérébraux et le délire qu’il ressent, l’explosion des sens également.
Puis progressivement, la musique des Small Faces va évoluer. Le groupe peaufine ses chansons, et abandonne progressivement le rythm’n’blues sauvage pour une musique pop plus complexe, suivant en cela le mouvement des Beatles, Who et Stones.
Le songwriting de Marriott et Lane brille rapidement avec des chansons comme « All Or Nothing » ou « My Mind’s Eyes ». C’est très bon, et toujours furieusement énergique. Car le groupe n’a pas cédé aux arrangements complexes. Seules les chansons se sont perfectionnées dans l’écriture. Il faudra attendre la période Immediate pour découvrir la facette psychédélique des Faces. Et les albums aussi, car durant toute la période Decca, le groupe ne sortira que des simples ou des maxi, mais aucun vrai album.
Avec le départ chez Immediate, c’est la face sauvage du groupe qui s’en va. C’est aussi son unité qui va progressivement éclater. Marriott va raccrocher son côté blues en formant Humble Pie en 1968, déjà perceptible sur certains titres du mini-opéra « Ogden Nut Gone Flake », largement heavy.
Les trois autres, Lane, Jones, MacLagan, eux-aussi finalement. En devenant les Faces avec l’arrivée de Rod Stewart au chant, et Ron Wood à la guitare, les deux en rupture du Jeff Beck Group, ils vont devenir ce que l’on appelle des sous-Stones. Enfin, ça, c’est ce que l’on dit. Ils vont surtout devenir l’un des meilleurs groupes de blues-rock, l’un des plus sales, l’un des plus sympas aussi.
Et Marriott deviendra un géant avec Humble Pie, le meilleur groupe du monde, et les Small Faces furent le terreau magnifique de tout cela.
tous droits réservés

7 commentaires:

Olivier a dit…

J'adore le manque total d'objectivité sur Humble Pie! Mais bon, je te l'accorde : sur scène ça avait l'air d'envoyer le paté !!!(je suis trop jeune pour les avoir vu en concert alors je me rabats sur des bootlegs et Rockin the Fillmore).

rebeltrain a dit…

je ne savais pas que steve mariott avait joué dans ce groupe pour moi il n y avait que humble pie. encore merci d' avoir etoffer un peu plus ma culture musicale.a+

Budgie a dit…

Mon cher Olivier,
Je suis effectivement peu objectif sur Humble Pie, mais c'est cela, le propre de l'amateur de musique ! Néanmoins, je te conseille l'écoute de "Humble Pie" de 1970 et de "Smokin'" de 1972. Il y a là de quoi faire un peu d'ombre à Led Zeppelin.
A+

Olivier a dit…

T'inquiète Budgie, je les ai ces albums, et c'est vraiment du très très lourd! Je préfère néanmoins le Town & Country, un peu leur Led Zep III à eux, vraiment agréable à écouter, Rock On pour sa diversité, et Rockin the Fillmore bien sûr! En tout cas merci de consacrer du temps à rédiger un blog, ça me permet de découvrir plein de trucs que je ne pourrais jamais découvrir à la radio ou dans les Fnac et Virgin (le dernier disquaire de Rennes à fermé l'année dernière hélas!).

Budgie a dit…

Je te remercie. C'est le but de ce blog. C'est évidemment et avant tout le plaisir d'écrire qui me motive, et de parler de musique Mais ce qui est regrettable c'est que depuis qu'internet existe, il devient de plus en plus difficile de découvrir des groupes et de la musique, qu'elle soit ancienne ou récente. dans tous les cas, le politiquement correct existe, et c'est bien dommage.

brutor a dit…

J'adore ! Et oui, Steve Mariott était un très grand chanteur ; qui inspira certainement Robert Plant. Page le voulait d'ailleurs pour ses New Yardbirds.
On retrouve sur des enregistrements Live des Small Faces les prémices d'un Led Zep à venir.
Humble Pie fait parti à tout jamais des meilleurs groupes des 70's.

Frédéric a dit…

Ne pas manquer l'album Thunderbox de 1974, avec une interprétation totalement géniale de "I can't Stand the Rain". Quelle voix!!!
Et la reprise de Ike et Tina Turner, "Black Coffee" filmée à l'émission "Old Gry Whistle Test". Tout ça, c'est sur Youtube:un régal. Parole. Ce type était dément.