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mardi 24 mai 2016

HUMBLE PIE 1981

"Le Humble Pie de 1981 conserve donc de la teigne, mais ne cherche pas à être le plus Heavy des groupes de Rock, pari de toute façon perdu face à Iron Maiden, Saxon, ou Motorhead."

HUMBLE PIE : Go For The Throat 1981

Ce sera le dernier. Il n’y en aura plus d’autre, de disque d’Humble Pie avec Steve Marriott. Ses anciens comparses se réuniront une dernière fois en 2001 pour un ultime disque sous le nom d’Humble Pie, Back On Tracks, sans intérêt, parce que ne disposant pas de son irremplaçable chanteur-leader. Humble Pie disparaîtra quelques mois plus tard pendant l’année 1981, une seconde et dernière fois.

Humble Pie, quatuor fondé par les chanteur-guitaristes Peter Frampton et Steve Marriott en 1968, se dissout une première fois en mars 1975. Frampton était parti en 1971, laissant Marriott seul aux commandes. Ce dernier va emmener le groupe vers un Hard-Rock fortement teinté de Blues et de Soul, que l’on pourrait qualifier de Heavy Rythm’N’Blues. Mais la coloration de plus en plus Soul et de moins en moins Hard perturbe la maison de disques A&M, qui considère que le succès d’Humble Pie est avant tout dû à son étiquette Hard’N’Heavy. Marriott sut jongler habilement entre ses envies de musique noire et la musique Heavy qu’il affectionne également pour son agressivité brute. Néanmoins, lorsqu’il s’enferme dans son propre studio avec Humble Pie fin 1974, c’est pour enregistrer un vrai disque de Blues et de Soul, loin de toutes contingences commerciales à venir. Le résultat est rejeté par la maison de disques, qui force le groupe à retourner en studio « enregistrer un vrai disque d’Humble Pie ». Furieux, désabusé, Steve Marriott et ses comparses enregistrent à la va-vite un nouveau disque, Street Rats, dont la moitié des compositions sont des reprises et sont interprétées par le bassiste Greg Ridley. Une ultime tournée américaine en guise d’adieu se tient début 1975, puis le chanteur se lance dans une carrière solo. Un unique album est publié, Marriott, en 1976, à la musique écartelée entre influences américaines et anglaises. L’album recycle une partie du matériel abandonné par Humble Pie, et fait un petit bout de chemin modeste dans les classements américains et britanniques.

Steve Marriott vit à ce moment-là une période difficile . La fin d'Humble Pie fut précipitée par d'autres paramètres que musicaux. D'abord, la consommation galopante de cocaïne et d'alcool fait perdre aux musiciens le sens des réalités. Marriott commence à souffrir de signes de schizophrénie, et son mariage n'en réchappe pas. D'autre part, le groupe est ruiné. Dee Anthony a semble-t-il siphonné l'argent pour soutenir la carrière de Peter Frampton, son autre poulain. Lorsque Marriott réclame son dû, il se retrouve face à des parrains de la mafia sicilienne à New York, amis d'Anthony, qui lui explique qu'il n'aura pas un sou, et que si il insiste, il connaîtra une fin funeste. Terrorisé, il se tait, et survit en volant des légumes dans un champ voisin à sa maison.

En 1977, le Punk débarque, et théoriquement, Marriott fait partie de ces vieux dinosaures du Rock anglais des années 60 à jeter aux orties. Pourtant, les Punks respectent profondément les groupes Mods, influences majeures du genre, et parmi eux, les Who et les Small Faces, première formation 60’s de Marriott. Il est même invité à chanter sur « Daddy Rolling Stone » sur le premier album solo du guitariste Johnny Thunders, en 1978. Voyant ce regain d’intérêt pour son ancien groupe, il reforme les Small Faces sans Ronnie Lane en 1977 et 1978, et tentent de raviver la flamme des années 60. Cette tentative fait long feu, et c’est désormais vers son cher Humble Pie que Marriott se tourne lorsqu’il recroise la route du batteur Jerry Shirley.

Ce dernier joue dans une formation avec plusieurs anciens musiciens de Badfinger, du nom de Magnet, qui a publié un disque en 1979. Le groupe survit péniblement, et Shirley se retrouve rapidement seul aux commandes de son groupe inconnu. Il tente de reformer un nouveau Magnet, et pour cela, auditionne des musiciens, dont un bassiste noir américain, un certain Anthony « Sooty » Jones. Lorsque Marriott réapparaît avec sous le bras le projet de remettre sur la route Humble Pie, Shirley accepte volontiers. Les autres anciens sont rappelés, mais refusent : Greg Ridley vit tranquillement en Espagne, et Clem Clempson vient d’intégrer le groupe de Jack Bruce. Le nouveau bassiste est rapidement trouvé en la personne d’Anthony Jones. Un second guitariste-chanteur serait nécessaire, et une évidence se dessine : Bobby Tench. L’homme a chanté dans le second Jeff Beck Group, et a tenu la guitare dans les Streetwalkers de Michael Chapman, excellent quintet de Blues-Rock teinté de Soul. Il est disponible, il est aussitôt appelé à la rescousse. Le nouveau Humble Pie est prêt à mordre. Comme si un vent de chance semblait souffler, le groupe signe chez Atco, filiale d’Atlantic, et label d’AC/DC et Blackfoot, notamment. Un premier simple, « Fool For A Pretty Face », est envoyé en éclaireur début 1980… et accroche le Top 100 américain. Le trente-trois tours qui suit, On To Victory, atteint la 60ème place des charts américains. Fort de cette belle performance pour un groupe que l’on n’attendait plus au milieu de Journey, Boston, Heart, et Foreigner, le quatuor part sur la route avec Mahogany Rush, Angel et Mother’s Finest pour une tournée appelée Rock’N’Roll Marathon. Le succès est là, Humble Pie reste une impressionnante machine à Heavy-Rock Blues, prenant la scène d’assaut, le couteau entre les dents. Marriott, requinqué par cet inattendu regain d’intérêt pour sa musique, veut rapidement enregistrer un nouveau disque.

 

On To Victory est un bon disque, nerveux, et doté de très bonnes compositions comme d’excellentes reprises. Ceci étant, Humble Pie Mark III avait appréhendé sa musique de manière assez variée, faisant jaillir la Soul et même le Reggae, avec l’apport d’orgue Hammond, de piano, et de chœurs féminins rappelant la belle époque des Blackberries. Par certains aspects, et connaissant le tempérament de Steve Marriott, ce nouvel album semblait un peu terne et mollasson. On attendait de lui un disque explosif, vengeur. Il préféra dans un premier temps faire la démonstration de toutes les facettes de sa musique, dont celles qu’il eut bien du mal à imposer juste avant la première séparation d’Humble Pie en 1975. Avec On To Victory, le ton est donné, Humble Pie joue du Hard-Blues, mais ne s’interdit rien en termes d’influences noires américaines, à partir du moment où cela leur plaît. Avec Go For The Throat, Steve Marriott décide de revenir plus proche de l’os, et de jouer une musique plus resserrée, Heavy Rythm’N’Blues. L’enregistrement sera assuré par les quatre musiciens, et personne d’autre. Quelques notes d’orgue Hammond, quelques chœurs, mais l’essentiel est de se recentrer sur une musique plus Rock, plus mordante. La production reste dans la même tonalité, à savoir une prise de son sans fioriture, mais avec un mixage plutôt policé, pas trop violent, afin de séduire les radios potentielles. Ainsi, on ne retrouve pas la furie d’un Smokin, ni celle du nouveau Heavy-Metal emmené par Judas Priest, Motorhead et Iron Maiden. Néanmoins, Steve Marriott sait que l’air du temps change, et que pour son plus grand bonheur, il souffle dans le sens d’un retour au Hard-Rock et au Heavy-Metal. Il va donc réinjecter de la hargne à sa musique afin de séduire les gamins, y compris américains, qui commencent à craquer pour ce nouveau Heavy-Metal, et sont déjà fans d’un Hard-Rock un peu plus mélodique, celui de Ted Nugent, Blue Oyster Cult, Journey, ou Pat Travers. Go For The Throat est donc un compromis, qui louche néanmoins davantage du côté américain pour la prise de son, continent toujours adepte de la musique d’Humble Pie.

Marriott, Shirley, Jones et Tench vont sélectionner de nouvelles compositions, et des reprises, selon la formule inoxydable des albums du Pie. Preuve flagrante d’un durcissement musical certain, le morceau d’ouverture, une reprise du « All Shook Up » d’Elvis Presley, est un méchant uppercut de Hard-Blues teigneux. Totalement Humble Pie dans son approche, il n’est pas sans rappelé également le Whitesnake de David Coverdale, qui a ce moment pratique un Hard-Blues des plus savoureux, et qui connaît un grand succès en Grande-Bretagne et en Allemagne. Marriott hurle comme un possédé, sa voix s’est éraillée depuis la première moitié des années 70, mais garde toute sa puissance. Tench aiguise de vicieux chorus Blues et la rythmique Shirley-Jones blinde les arrière-gardes.

« Teenage Anxiety » est une belle chanson, à la mélodie imparable, tendre, mais au tempo relevé, qui rappelle les belles heures des Small Faces. On oublie parfois que Marriott ne fut pas qu’un hurleur de Blues et un showman teigneux, il fut aussi un exceptionnel compositeur de Rock anglais, avec les Small Faces, dont les chansons font partie du patrimoine au même titre que celles des Beatles, des Who, des Kinks et des Rolling Stones. D’ailleurs, Humble Pie reprend un de ces hymnes : « Tin Soldier ». Si cette version n’apporte rien à l’originale de 1966, elle a le mérite de ne pas la défigurer sous un couvert Hard-Metal. Elle conserve son nerf, sa tension, et ses beaux arpèges de guitares. Le son du groupe n’est pas sans rappeler celui des Streetwalkers. Le groupe avait une réputation flatteuse chez tous les lads qui aimaient Status Quo et les Faces, ce Blues-Rock rugueux et bravache, qui ne bénéficiait pas de l’enthousiasme de la presse, mais celui d’un public ouvrier friand de Blues-Rock poisseux. Les Streetwalkers n’étaient pas un groupe spécialement Hard, mais ils étaient mordants, urbains. Une sorte de quintet de Punks avant l’heure au moment du Punk, un groupe totalement décalé en somme, mais qui sut trouver son public. Marriott était de la même école, et Bobby Tench aussi, assurément, lui qui tint la guitare auprès des Walkers durant toute leur existence.

Le Humble Pie de 1981 conserve donc de la teigne, mais ne cherche pas à être le plus Heavy des groupes de Rock, pari de toute façon perdu face à Iron Maiden, Saxon, ou Motorhead. Steve Marriott voulut recréer un peu de la magie des Streetwalkers en y injectant son amour inconditionnel de la Soul, et sa hargne personnelle, celle qui anima depuis toujours Humble Pie. Ce dernier, nouvelle version, est donc un aéropage curieux, bloqué entre deux velléités, celle de faire un Blues-Rock poisseux et prolétaire, et celle d’aller faire la nique à la nouvelle génération du Heavy-Metal, sans grands espoirs toutefois. « Keep It On A Island » rappelle fortement la maestria des Streetwalkers, avec ce mélange de Blues et de Soul teinté de Rock, à la mélodie toujours imparable. « Driver » vient par contre rappeler que Humble Pie était avant tout un groupe de Heavy-Blues saignant. S’inspirant de loin de « La Grange » de ZZ Top, Marriott fait fumer l’harmonica, les guitares sont rageuses, Shirley tape comme un sourd sur ses caisses. La production propre stoppe toutefois cette approche plus métallique, limitant l’impact agressif. Toutefois, cet excellent titre est une démonstration de la belle vitalité du Humble Pie de 1981.

Elle est encore plus flagrante sur l’excellente chanson « Restless Blood ». Elle n’est pourtant pas du quartet, mais de Richie Supa, également pourvoyeur de chansons pour Aerosmith à la fin des années 70. Il signe également l’ultime morceau de ce disque : « Chip Away (The Stone) », déjà enregistré par … Aerosmith. On distingue bien clairement les contours d’Humble Pie en 1981 : du fil à retordre, du Rock saignant, mais toujours du feeling Blues’n’Soul, une approche très adulte de ce type de Hard-Blues, sans excès particulier. Marriott ne veut plus hurler le plus fort, et son groupe coller des beignes à toute la terre. La petite équipe a connu les hauts et les bas du Rock business, le bon temps des tournées à succès, et les ingratitudes des maisons de disque. En 1981, les musiciens d’Humble Pie sont des has-beens complets. Plus personne n’attend plus rien d’eux. A à peine trente ans, on ne parle d’eux qu’au passé, on les invite à participer à des sessions avec le respect dû aux vieilles gloires. L’amertume du temps qui passe se ressent sur « Go For The Throat » et « Lottie And The Charcoal Queen », deux morceaux middle of the road un peu blasés mais pourtant parfaitement touchants. Sur le second, Marriott pousse un peu ses cordes vocales accompagnées de choristes Soul, comme en 1973, comme au bon vieux temps. Il sort même son piano électrique, comme en 1970.

Mais comme Steve Marriott n’est pas du genre à se laisser aller à la nostalgie, ni à se laisser enterrer trop facilement, « Chip Away (The Stone) » vient revigorer l’ambiance. Bobby Tench chorusse subtilement, pendant que Marriott bétonne un riff d’égoût comme il sait si bien le faire, presque Punk. Les Soul Sisters aux chœurs sont à nouveau là pour soutenir le refrain, ainsi que l’orgue Hammond que Marriott viole comme un allumé. Ce dernier morceau retrouve le feeling saignant de « All Shook Up » inaugurant le disque.

L’écoute de ce trente-trois tours est, avec une écoute sans à-priori, totalement réjouissant. Il permit à Humble Pie de rejoindre une tournée américaine en compagnie de Judas Priest et Iron Maiden, rien de moins. Malheureusement, après quelques concerts, Steve Marriott s’écroule sur scène, victime d’une hépathite sévère, résultat d’une consommation galopante de brandy. Marriott promet à ses camarades de se remettre rapidement pour poursuivre la tournée, mais les médecins ne sont pas de cet avis. Humble Pie se dissout au bord du lit d’hôpital de Steve, contraint à l’évidence que le chanteur aura besoin d’une longue convalescence. Il ne remontera sur scène qu’en 1983. Jerry Shirley deviendra peintre en décoration avant d’être récupéré par Fast Eddie Clarke, en rupture de Motorhead, pour fonder Fastway.



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dimanche 30 décembre 2007

HUMBLE PIE : Story Part II

Steve Marriott prend alors les commandes, et lance le Pie sur la route du Heavy-Blues gras. « Humble Pie » paraît en 1970, et se métamorphose en génial classique Heavy-Blues : le fabuleux « Live With me », le rageur « I’m Ready » de Willie Dixon… Tout ici sent la sueur et la rage. Si le son mélodique des disques précédents est encore là, le son se durcit. Marriott commence à rugir comme un loup pris au piège, l’électricité supplante la mélodie. Ce disque se veut la remise à niveau vers Led Zeppelin. Et ce disque est incontestablement réussi.

Pourtant, rien de concret ne surgit. Les ventes sont moyennes, et même si la tournée raccroche encore un certain nombre de fans, Humble Pie ne répond pas aux promesses mirifiques que Dee Anthony a fait à A&M.

Anthony décide alors de laisser le champ libre à Steve Marriott, la place de leader. Un certain déséquilibre se dessine alors entre Marriott et Frampton, et qui ne va aller qu’en s’accentuant.
Le son se durcit encore sur le disque suivant, « Rock On ». Les chansons sont dominées par les riffs ultra-heavy de Marriott, et sa voix surpuissante. Ses influences Blues et Soul dominent également. La rythmique soutient alors plus que jamais ce son lourd. Pour Frampton, c’est le début d’une certaine frustration musicale. Lui qui voulait orienter le Pie vers le Jazz, voilà le groupe parti vers le Heavy-Blues et la Musique Noire.
Il suffit d’écouter « Sour Grain », « Stone Cold Fever », « Big George », ou la reprise de Muddy Waters, « Rolling Stone » pour comprendre que le Hard-Rock naissant a pris ses marques. Mais les titres restent d’une qualité immense, pleine d’intensité Blues : « Rolling Stone », mais aussi le superbe « Strange Days » démontrent combien Marriott est le moteur d’une sensibilité à fleur de peau.

En pleine possession de ses moyens, le groupe repart en tournée en compagnie de Grand Funk Railroad. Plus que jamais, l’objectif d’Anthony est le marché US. Et le Pie éclate soir après soir le géant Grand Funk à coups de riffs plombés et d’improvisations sauvages.

« Rock On » se classe alors dans le Top 40 américain, et c’est le début de l’ascension dévastatrice du Pie. Led Zeppelin commence alors à s’en méfier, les refusant en première partie.
Qu’importe, le Pie joue alors en tête d’affiche fin 1971 aux USA, et publie dans la foulée le génialissime « Performance-Rockin’ The Fillmore » en Octobre 1971. Ce somptueux Live est la fabuleuse démonstration de la puissance de feu du Pie sur scène, enregistré au Fillmore East de New York. Il devient le premier double disque d’or du groupe.

Entre-temps, Frampton est parti, laissant le groupe sans guitariste soliste. En novembre 1971, Clem Clempson, ancien membre de Colosseum, est embauché. Une tournée US est planifiée, ainsi que quelques dates en Grande-Bretagne, afin de faire découvrir aux fans le nouveau guitariste. Plus que jamais, le son est violent, et Marriott est le leader absolu.

La perte de Peter Frampton aurait pu passer pour la fin du groupe, mais c’était sans compter sans l’incroyable énergie de Steve Marriott ; Affamé de Heavy-Blues et de Musique Noire, celui-ci injecte une nouvelle dose de hargne, laissant libre cours à sa démesure scénique.

Plus rien ne peut retenir le groupe, et son énergie incroyable, et Humble Pie devient tout simplement le meilleur groupe de Heavy-Blues des années 70. C’est très simple : en 1972, le Pie est IMBATTABLE. Et le disque suivant, « Smokin’ », est le grand chef d’œuvre du groupe. Tout sur ce disque est somptueux, magique. Le son est gras, Blues, lourd. Les chansons sont simplement superbes : alternant Soul et Blues Lourd, rien ne résiste à ce quatuor fou. « Hot’N’Nasty » est un Funk rugueux, rageur, gavé de d’orgue, et bourré de cette basse épaisse qu’est celle de Ridley. La suite est une violent Heavy-Blues du nom de « The Fixer », qui colle l’auditeur au siège. Il est alors temps de passer à une superbe ballade Blues-Soul acoustique appelée « You’re So Good For me », avec les Blackberries, un trio de chanteuses noires, aux chœurs. Tout cela est beau à pleurer, mais lorsque retentit les premiers riffs de « C’Mon Everybody », la reprise d’Eddy Cochran version ultra-lourde, on comprend que la messe est loin d’être dite. Le chant est rageur, la guitare, grasse et saturée, et les solos, gavés de wah-wah. La rythmique gronde comme un ogre, poussant dans leurs derniers retranchements Marriott et Clempson.
Une petite pose Country-Blues avec « Old Time Feelin’ », et voilà le Heavy Rythm’N’Blues de « 30 Days In A Hole », avec les Blackberries (Venetta Fields, Clydie King et Billie Barnum), trio de chanteuses noires, aux chœurs. S’enchaînent alors « Roadrunner », dans une version Blues incroyable de feeling et de décontraction.

Puis, le Blues pur reprend ses droits, avec le somptueux et déchirant « I’m Wonder ». Marriott hulule à la Lune, pendant que Clempson déchire le ciel de chorus de guitare wah-wah.
Et dans une explosion d’électricité, « Sweet Peace And Time » clôt ce véritable joyau, laissant l’auditeur hagard et sans voix devant un tel brûlot.

Le disque se classe à la sixième place des Charts américains, ce qui permet au Pie de tourner en tête d’affiche dans tout le pays. Mais bien que se concentrant désormais sur le marché américain, le groupe tourne également en Grande-Bretagne, où quelques concerts sont enregistrés, notamment celui du Green’s Playhouse de Glasgow.

Mais à peine rentrer de cette monstrueuse tournée mondiale, qui passe également par le Japon, l’Allemagne, et la Scandinavie, le Pie doit penser à un nouvel album.
Gonflé à bloc par ce monstrueux succès, et aidé en cela par la cocaïne, le groupe enregistre de nouvelles chansons. Les Blackberries font désormais partie intégrante de Humble Pie, y compris sur scène.
A ce stade de l’histoire, Humble Pie est intouchable dans son domaine, le Heavy Rythm’N’Blues. Jimmy Page, de Led Zeppelin, avouera même durant les années 80 que si le Zep s’est envolé vers une musique plus variée et plus travaillée, s’était aussi pour ne pas avoir à lutter face au Pie. D’autant plus que Page et Robert Plant, le chanteur du Zep, admirent secrètement Steve Marriott, sa voix, son talent de compositeur, et son attitude de prolo indécrottable.

Et pour la bonne bouche, voici deux extraits live : un des Small Faces en 1966 au Beat Club (émission allemande), et une version de "I Don't Need No Doctor" de 1972 sur la tournée US :
http://fr.youtube.com/watch?v=3Os2mjIgt0c
Humble Pie au sommet, on comprend que Led Zeppelin ait chaud aux miches !

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mercredi 3 janvier 2018

HUMBLE PIE 1970

"Steve Marriott procède à cette exaltation totale des sens, déchirant l'air lourd de sa voix de loup pris au piège."

HUMBLE PIE : Humble Pie 1970

L'aube se lève à nouveau en ce premier jour de l'année. Le vent souffle violemment dans les silhouettes décharnées des arbres, et une pluie abondante s'abat sur les plaines de l'Oise où je réside quelques jours chez des amis. Nous ne nous sommes pas vus physiquement depuis quinze ans, mais le contact n'a pas changé. Les discussions abondent, sur tous les sujets : politiques, spiritualité, musique… Mon bilan sentimental vient évidemment s'échouer sur ce tour d'horizon des quinze années écoulées. Alors que le couple de mon vieil ami tient fièrement la barre depuis douze ans, je dois avouer l'échec successif de deux relations qui ne m'auront pas épargné. A Noël, j'ai retrouvé un autre vieux compagnon de route, et nous avons discuté autour d'un verre des derniers mois écoulés. Là, dans ce bar rustique, assis au comptoir, et alors que les vieux mineurs de Carmaux jouent aux cartes, je brise la glace sur son sentiment vis-à-vis de moi, car j'ai senti une certaine distance. Malgré sa gentillesse et sa grande compréhension, il m'avoue brutalement que j'étais devenu une loque. Abruti par les médicaments, incapable de boire un verre sans m'effondrer brutalement d'épuisement nerveux, bouffi, l'humour en berne, tout le temps au bord du précipice, il m'explique que je faisais bien peine à voir. Aussi a-t-il pris un peu de recul, tout en s'inquiétant de mon état mental en chute libre. L'annonce de ma rupture fut pour lui un soulagement : il savait que j'étais sauvé. Là, devant le zinc, nous devisons à nouveau gaiement de la vie. Je lui présente mes excuses, pour mon attitude méprisable. J'avais fini par me détester moi-même, carbonisé par une colère intérieure dont je n'arrivais pas à distinguer clairement la source.

Ce soir du premier de l'An, et bien que je déteste cette célébration du bonheur forcé, je retrouve ma jovialité. Mon ami picard est heureux de me retrouver comme j'étais il y a quinze ans, selon ses propres dires, il n'a heureusement pas connu mes années de déchéance physique et mentale. Lui non plus n'a pas changé. La connexion est toujours là, intacte. Ses convives autour de la table sont des gens agréables et amusants, et certains ont un passé sentimental tout aussi chargé que le mien, ce qui brise rapidement la glace. Nous rions de bon coeur à ce remarquable panorama de la loose sentimentale. La soirée se terminera dans la rigolade générale devant une bouteille moisie de Génépi haute performance vers cinq heure du matin, moment où j'ai choisi de commencer à m'endormir à table, cette fois réellement fatigué, et parmi l'un des derniers à abdiquer. Le lendemain fut aussi joyeux, bien que moins arrosé. J'avais l'impression d'exister, d'être quelqu'un de bien. Je n'avais plus ressenti cela depuis longtemps. En permanence au bord du précipice, incapable de me faire entendre et comprendre, j'avais fini par mourir dans une coquille invisible dans laquelle mon âme refusait de rester enfermer. Elle frappa la gangue jusqu'à s'en faire saigner les poings, appelant à l'aide avant que la Mort ne vienne clore le chapitre. J'ai failli abdiquer avant qu'un réflexe de survie me sauve, et que l'air emplisse à nouveau mes poumons. La vie semblait plus légère, et je replongeai dans ces découvertes musicales passées. L'une s'arrêta à moi : Humble Pie. Il était tant pour moi d'évoquer le troisième album éponyme.

Humble Pie, c'est un vieux compagnon. Lorsque je l'achetai en vinyle pour quelques pièces, je découvris une inscription au feutre vert, ressemblant fort à ces signatures de propriétaires lors des surprises-parties. Sur le carton gaufré, j'avais déjà planifié un bon coup de chiffon avec de l'acétone, avant que la signature m'interpelle : S Marriott. Après comparatif avec d'autres dédicaces, il s'agissait de la vraie signature de Steve Marriott, guitariste-chanteur-compositeur d'Humble Pie, et accessoirement, une de mes idoles absolues. Jamais un homme ne sut à ce point hululer le Blues avec une telle force. Il y a le Blues noir, avec sa nature propre, et puis il y a le Blues blanc, Heavy, parlant aux gosses des banlieues occidentales. Il est considéré avec le plus grand mépris, car considéré comme un ersatz vulgaire du vrai Blues. Seulement voilà, il n'a ni la même nature, ni la même destination. Lorsque Bukka White chante le Country-Blues, il exprime cette Amérique ségrégationniste, qui n'a aucun rapport avec le spleen du gamin blanc de Birmingham ou de Detroit. Et c'est bien normal, car nous ne sommes pas dans le même monde. Mais rien n'empêche d'être sensible à la poésie de Bukka White, ce qui est mon cas.

Le troisième album d'Humble Pie est en fait le premier pour le label A&M. Le manager mafieux Dee Anthony les a récupéré, et le groupe se cherche une seconde voie. Les deux premiers albums étaient un fin mélange de plusieurs influences : Soul, Blues, West Coast, Heavy primitif. Le résultat était merveilleux mais bien trop riche pour des oreilles étroites. Lorsque Humble Pie revient de sa première tournée américaine, son label, Immediate, a fait faillite. Le groupe est en équilibre au bord de la falaise. Anthony les récupère et les fait signer chez A&M. Ainsi débute l'ascension d'Humble Pie.

Lorsque débute « Live With Me », première pièce de Humble Pie, il n'est plus question de savoir où Humble Pie se situe. C'est un intense Heavy-Blues transpirant d'orgue Hammond et de Soul. Il n'est même plus question de savoir si Humble Pie est capable de faire de la bonne musique. « Live With Me » est un crève-coeur. Il m'a ramassé plusieurs fois. Il est des morceaux qui vous traverse la panse comme une flèche, et qui y restent nichés comme une blessure béante. « Live With Me », c'est l'histoire de ma vie, à courir après un amour absolu, à se casser les dents sur la dure réalité matérielle, lorsque s'efface les sentiments et les illusions. J'ai beaucoup aimé ce morceau, lorsque j'étais au bord du précipice. Où était-elle cette garce lorsque le jour se levait ? Déclarer à une femme qu'on désire plus que tout vivre avec elle, dans le contexte du Heavy-Blues, c'est la déclaration d'amour totale. Je crois qu'il n'y a rien au-delà. « Since I've Been Loving You » de Led Zeppelin, pourtant mieux construit, moins foutraque, plus techniquement brillant, n'arrive pas à cette quintessence du Blues de l'âme. Steve Marriott procède à cette exaltation totale des sens, déchirant l'air lourd de sa voix de loup pris au piège. Peter Frampton brode de petits motifs Blues gorgés de graisse luisante. Le refrain est une cathédrale de sentiments exacerbés où se croisent la voix de Marriott, le riff épais, et l'orgue en érection. La rythmique impeccable de Jerry Shirley et de Greg Ridley appuie toujours plus fort sur la plaie. Ridley prend le relais au chant lead de sa grosse voix grave et éraillée, superbe contre-point à la virtuosité vocale de Marriott. Frampton achève le tryptique, sa voix chaude vient se placer entre ses deux camarades en termes de tonalité, et lorsque les trois prennent les choeurs, c'est une chorale mystique. « Live With Me » est la supplique de l'amour irrésolue, celle que le Blues vient soigner.

En 1970, le Rock anglais peine à se remettre des deux premiers albums de The Band. Ce Rock campagnard impressionne autant Eric Clapton, les Rolling Stones que Mott The Hoople. Tout le monde y va de son refrain Country-Rock. Humble Pie n'y manque pas, et intègre entre chaque titre électrique un titre électro-acoustique. « Only A Roach » en est le premier volume, et s'écoute avec plaisir. Marriott module son chant de manière très douce, accompagné de pedal-steel et de guitares acoustiques.

Fort logiquement, c'est un uppercut électrique qui suit, au titre alambiqué et salace comme les aime Marriott : « One Eyed Trouser Snake Rumba ». Un gros riff d'égoût, limite Punk, carbonise l'enceinte gauche. Marriott attaque le morceau de sa Gibson Junior comme une teigne, suivi de près par la grosse Les Paul Custom de Frampton. Ridley accroche une ligne de basse de bombardier, et Shirley enclume le tempo dans le sol. Les trois chanteurs alternent le micro avec maestria comme un dialogue roublard. Seule bouffée d'air dans ce brûlot ravageur, le solo aérien de Frampton, teinté de touches Jazz-Rock.

« Earth And Water Song » est une petite merveille acoustique chantée par Frampton, fortement imprégnée de Folk anglais. On découvre le style des mélodies de Peter, ce sens de l'accroche Pop. On retrouve les couleurs des deux premiers albums. Le morceau décolle avec quelques chorus électriques du meilleur effet, et l'intervention de l'orgue de Marriott. Cette jolie sucrerie se fait emboîter le pas par une fulgurante reprise de « I'm Ready » de Willie Dixon. Shirley envoie un violent shuffle de batterie, rapidement rejoint par les potences électriques. Steve Marriott rayonne sur le morceau de sa voix de chien sauvage. Chaque chanteur a son couplet, mais Marriott domine de la tête et des épaules la compétition. Là encore, Frampton intervient avec un superbe chorus à contrepoint du riff ravageur.

« Theme From Skint (See You Later Liquididator) » est un retour au Country-Rock. Cette fois, c'est Marriott qui domine ce morceau acoustique. Les paroles sont encore empreintes de l'esprit bravache de la petite teigne londonienne. C'est une jolie réussite à l'esprit de protest-song dont seuls les américains ont le monopole.

Il ouvre la voie au second miracle électrique absolu de ce disque : « Red Light Mama, Red Hot ». Campé sur ses deux guiboles, Marriott grogne le Blues salace. On y découvre la vraie influence du Robert Plant de Led Zeppelin sur les deux premiers albums. Le blond chanteur vouait une admiration absolue pour le petit gars des Small Faces, et Jimmy Page pressentit d'ailleurs de le débaucher pour son projet de groupe, qui comptait encore Keith Moon et John Entwistle des Who à la rythmique. Jeff Beck devait prendre la seconde guitare…. La rythmique tranche littéralement les tweeters à coups de caisses et d'impacts sur les cordes de la basse. Le riff est boueux, sans concession. Frampton a pris le parti d'emboîter le pas derrière Marriott, créant un mur du son de Heavy-Blues ravageur. Le quatuor calme les esprits pour que Steve s'occupe d'un superbe solo d'harmonica, directement accompagné d'un solo de guitare lyrique de Peter. Le morceau se meurt dans une coda moite d'harmonica, de cowbell, et de grondements de guitare sale.

C'est un superbe morceau Country-Folk qui clôt ce non moins superbe album : « Sucking On The Sweet Vine ». Greg Ridley a droit aux honneurs en tenant le chant de sa superbe voix grave. L'homme a souvent été mésestimé en tant que chanteur, ce qui est une terrible injustice. L'incroyable émotion qu'il imprime sur cette mélodie mélancolique élève le morceau vers des sommets. « Sucking On The Sweet Vine » est sans aucun doute le meilleur morceau Country-Folk du disque, empli de cette nostalgie prenante, qui colle aux basques lorsque l'esprit se perd dans le vent lors d'une ballade dans la campagne. Là, au milieu des hautes herbes pliant sous la caresse de l'air automnal, l'imagination fait le bilan. On relativise, on ravive de petites plaies, on analyse des propos passés avant d'en conclure que tout cela est désormais vain. Ridley le chante si bien, sur ces grands accords magiques de guitare acoustique, sur lesquels virevoltent les chorus Jazz de Frampton comme les feuilles mortes dans le vent.


La suite conduirait au succès, lorsque le groupe capte son double album live, Performance – Rockin' The Fillmore, qui suit un autre album de premier catégorie : Rock On. Le départ de Frampton vers d'autres horizons brise l'équilibre, mais laisse Marriott maître du vaisseau, transformant Humble Pie en une machine à Heavy Rythm'N'Blues jamais dépassée à ce jour.

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vendredi 28 décembre 2007

HUMBLE PIE : Story Part I

HUMBLE PIE


Bon sang ! Voilà un groupe que j’adule depuis des années, et voilà que je n’ai pas encore écrit sa biographie ! Quelle erreur !

Réparons cela immédiatement avec la saga du plus grand groupe Heavy-Blues de tous les temps, j’ai nommé : Humble Pie.

La vraie genèse remonte à début 1968. Bien qu’il en soit l’acteur principal, Steve Marriott n’en est pas réellement le fondateur, bien qu’il en soit le cœur.

En 1968, Steve Marriott est une star en temps que guitariste-chanteur des Small Faces, un groupe de Rythm’N’Blues anglais, emblématique des Mods aux côtés des Who vers 1966. Les Faces sont sauvages et puissants. Ils sont le meilleur groupe de Rythm’N’Blues anglais du pays ; leur succès est énorme, et Marriott est la coqueluche des jeunes filles en montée d’hormones vers 1966.

Ils sont tendances, sapés avec des fringues italiennes, et figurent dans tous les hits du pays. Largement plus sauvages que les Stones, leur âme est due à Marriott, âme noire dans un corps blanc freluquet. Néanmoins, la cersion du « You Need Love » de Willie Dixon inspirera fortement le « Whole Lotta Love » de … Led Zeppelin.

Marriott écrit tout avec Ronnie Lane, le bassiste, et le succès est là. Mais l’arrivée du Psychédélisme change la donne. Les Small faces suivent le mouvement avec talent, mais l’esprit de groupe explose. Lane et Ian MacLaghan, la clavier veulent s’orienter vers la musique psychédélique proche de Grateful Dead. Marriott, et la batteur Kenney Jones (futur remplaçant de l’irremplaçable Keith Moon au sein des Who entre 1978 et 1982) veulent rester proche du Blues et de la Soul. Ils sont d’ailleurs très attirés par le nouveau son lourd issu des premiers groupes de Heavy-Rock que sont Cream, Spooky Tooth, Mott The Hoople ou les Who.

Les Small Faces sont alors en pleine déliquescence en 1968. Usés par les tensions internes, les tournées à répétitions, les albums qui se succèdent, et les royalties impayés à cause de contrats foireux, les Small Faces sont au bord du split et sans un rond.

Lors d’une soirée, Steve Marriott discute avec un certain Peter Frampton, alors guitariste de The Herd, un groupe Pop qui vient de décrocher quelques hits en 1968. Frampton, 17 ans, ne supporte plus son image de beau gosse pour pucelles, et la musique de The Herd, qu’il n’écrit pas, le gonfle profondément.

Frampton est un guitariste talentueux, et il cherche un batteur et un bassiste afin de fonder un vrai trio de Heavy.
Peter demande alors conseil à Marriott : ce dernier le dirige vers Greg Ridley, bassiste de Spooky Tooth, et qui n’en peut plus de son groupe. Pour le batteur, Frampton veut un gaillard qui frappe comme Kenney Jones. Marriott propose alors un jeune inconnu du nom de Jerry Shirley, seulement âgé de 16 ans.

Le trio sans nom répète alors sans relâche, mais il manque quelque chose. La musique part dans tous les sens, et Frampton ne sent pas dans la peau d’un leader.

Marriott, lassé des galères des Small Faces, décide de partir pour rejoindre le nouveau trio. Les autres Small Faces deviendront les Faces avec l’arrivée de Rod Stewart au chant, et de Ron Wood à la guitare en 1969.

Marriott apporte alors une énergie rare au nouveau quatuor, ainsi que sa guitare, sa voix, et son talent incomparable de compositeur.

Le groupe décide alors de s’appeler Humble Pie, reflet de la modestie des musiciens, mais aussi des allusions salaces de Marriott.

Alors en pleine répétitions intensives fin 1968, un journaliste du New Musical Express demande à assister aux séances. Dans la campagne anglaise, le groupe compose, jamme et s’amuse. Marriott et Frampton sont enthousiastes, tout se passe bien, et le Pie espère sortir un disque bientôt.

Mais cette visite de courtoisie se solde par une double page dans le New Musical Express annonçant un disque explosif d’un nouveau super-groupe explosant Cream et Led Zeppelin !
Cette promotion abusive va alors desservir le Pie, car le premier simple ne sortira que plusieurs mois plus tard. D’autre part, Frampton et Marriott voulaient à tout prix éviter l’écueil du super-groupe.

Cette sur-médiatisation n’empêchera pourtant pas le premier simple d’Humble Pie, « Natural Born Bugie »/ « Wrist Job » de se placer à la huitième place des charts anglais. L’alliance des voix de Marriott/Frampton/Ridley est somptueuse, le groupe rocke incroyablement bien, et « Wrist Job » est une superbe ballade bluesy où la voix de Marriott est un miracle.

Humble Pie signe alors avec l’ancien label des Small faces, Immediate, et bientôt, un premier album paraît : « As Safe As Yesterday Is » en avril 1969. Le pie s’inscrit alors dans la droite lignée du Heavy-Rock de l’époque aux côtés de Spooky Tooth et Mott The Hoople. Mais les talents d’instrumentistes du Pie font la différence. Toutes les chansons sont excellentes, grasses et mélodiques. Frampton et Marriott alternent les compositions et le chant, jouant de concert comme un seul homme. Les guitares s’entremêlent, les solos de Frampton sont un délice, les parties de claviers et d’harmonica de Marriott sont un vrai délice, et la rythmique de Ridley/Shirley est dévastatrice, lourde, épaisse et swinguante à la fois. Le disque commence par une reprise de Steppenwolf, « Desperation », puis se succèdent les perles comme « Stick Shift », « Buttermilk Boy », « Bang ? » ou « As Safe As Yesterday Is ».

Cette superbe synthèse du Rock anglais de l’époque ne parvient pourtant qu’au Top 30 en Grande-Bretagne. La tournée anglaise est encourageante, et bientôt, le Pie se retrouvent à nouveau en studio pour son second album.
« Town And Country » paraît septembre 1969. le son est similaire, et les chansons superbes se succèdent : “A Nifty Little Number Like You », « Take Me Back », « The Sad bag Of Shaky Jack », ou « Down Home Again ».
Sur la pochette recto, Ridley et Frampton sont dans un appartement, et au verso, Marriott et Shirley sont au bord d’une rivière, en pleine forêt.
Le disque marche encore moins bien que le précédent, atteignant difficilement le Top 40 britannique.
Cela n’empêche pas une nouvelle tournée anglaise, et une première tournée américaine.
Celle-ci se révèlera catastrophique : le Pie joue en première partie de Santana, et doit lutter face à un public américain peur réceptif au son lourd du Pie. Les concerts sont alors constitués de cinq à six morceaux, dont le « For Your Love » des Yardbirds en version acoustique, « Shakin’ All Over » de Johnny Kidd, « Walk On Gilded Splinters » de Doctor John, ou « Hallelujah, I Love Her So » de Ray Charles. Chaque morceau est porté à dix minutes.

Malgré les grappes de fans gagnées à chaque concert, la distribution des disques est insuffisante. En pleine tournée, le Pie n’a aucun distributeur américain. Pire encore, alors que le Pie revient en Grande-Bretagne, il apprend la faillite de Immediate, la démission de son manager, et la disparition des gains de la tournée.

Sans argent, sans label, Humble Pie est alors au bord du split. Mais c’était sans compter sur l’acharnement de Marriott.
Ce dernier décroche alors le management de Dee Anthony, un des meilleurs managers du monde du Rock, qui leur arrache un contrat avec A&M. Un troisième album se fait alors attendre.
Voici un petit extrait live à la BBC en octobre 1968 : "Natural Born Bugie" : http://fr.youtube.com/watch?v=WAZlf_9ObLg
Et un extrait live de 1969 : une reprise acoustique de "For Your Love" des Yardbirds :http://fr.youtube.com/watch?v=7N9VV9CT2P8
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