mardi 10 juillet 2012

SLEEP IN CONCERT

"Sleep est une messe noire. "


SLEEP : Villette Sonique, Paris, samedi 26 mai 2012        

D’abord, j’aimerais avoir ces quelques mots pour un groupe qui est cher à mon cœur. Le 26 mai 2012, à la Villette de Paris, et dans le cadre du festival Villette Sonique, Sleep joua. Ce fut mon premier concert de ce groupe mythique, et je l’attendis comme l’un des grands évènements de ma vie. Découvert par hasard sur leur site internet on ne peut plus succinct, l’existence de cette date française fut comme un électrochoc. Moi qui fut fasciné par leur musique, dont le titanesque Jerusalem-Dopesmoker, que ce mythe ultime de ma vie musicale se produise devant moi était une chance inespérée. D’autant plus que d’après les quelques extraits vidéos disponibles sur leur tournée, dont un concert monstrueux au symposium de la Recherche Iommique, à savoir le Festival Roadburn en Suède,  j’étais en droit d’attendre beaucoup.

La première partie fut assuré par The Melvins, trio culte de furieux devenu quatuor avec l’arrivée d’un second batteur. La musique, mélange de délires sonores et de heavy-doom lourd, n’était pas pour me déplaire, et d’ailleurs, ce fut une autre occasion de voir sur scène ce groupe culte des années 90. Néanmoins, le public, imbibé (comme moi et mon ami par ailleurs), se livra à un exercice de stage-diving et de body-surfing certes rigolo au début et pittoresque des concerts énervés de tout poil (Punk et Metal notamment), mais parfaitement gonflant au bout de deux morceaux, surtout quand le mosh-pit vous envoie un couillon ou deux sur la gueule. J’aime à pouvoir apprécié la musique tranquille, en headbanguant les mains dans les poches et le sourire en coin. Je vois dans ces pratiques une forme de manque de respect des musiciens et de leur musique, le stage-diver étant trop occupé à faire le malin pour écouter la musique offerte à ses oreilles, pourtant à haut volume.


Aussi, lorsque Sleep apparut, Al Cisneros, l’incantatoire bassiste-chanteur du groupe, précisa une chose : vous écoutez le concert, sinon on se tire. Et vu la tronche de Matt Pike, l’impressionnant guitariste, il n’est pas question d’humour. Deux sifflets fusent, et  les moshers se tirent, laissant la place au vrai public de Sleep. De tout façon, ils ne connaissaient sans doute pas le groupe. Un mosher saoul à mèche et pantalon de velours bien propre tentera le coup, mais sera arrêté par mes soins après que je l’eus vertement attrapé par le col, ce qui sembla l’avoir fait descendre un bon coup.
Aussi me voilà à deux rangs des pieds de Matt Pike, qui dans la ville de la mode semble s’être acheté une belle paire de chaussures de ville, bien évidemment recouverte d’un jean défoncé révélant un charmant sourire de plombier. L’homme est torse nu, et d’humeur taquine, prenant sa Les Paul des mains de son technicien pour claquer quelques accords introductifs au son reconnaissable entre tous.

L’heure et demi qui va suivre sera un pure bonheur. Ce n’est pas mon premier concert, et j’en ai vu des bons. Surtout axé sur les vénérables anciens toujours en activité, j’appréciai les performances d’Eric Clpaton, de Deep Purple, de Status Quo ou de Robin Trower. Tous faisaient preuve d’une grande sincérité, mais surtout d’un grand professionnalisme qui me sembla tuer un peu le feeling. En effet, malgré le très grand talent de tous ces musiciens, je ne sentis pas la magie des années 70. Cela peut paraître logique, après plus de trente années sur la route. Néanmoins, je ne vibrai pas autant que ce soir-là, à part peut-être pour Robin Trower, décidément possédé à jamais. Mais ce dernier un vieux sage tranquille, dont le seul vecteur d’émotion est sa guitare, brillante.

           Sleep est une messe noire. Al Cisneros est un homme imposant, comme possédé, faisant courir ses doigts sur le manche de sa basse Rickenbacker Sunburst. Sa voix lugubre et son regard fou en font une sorte de mage furieux, le vrai Weedian.  Jason Roader est le nouveau batteur qui remplace l’homme historique Chris Hakius. Barbu, mince et chevelu, il semble discret mais son jeu est furieux, bien que plus implacable et précis que celui de Hakius, ce qui donne une plus grande dynamique à Sleep, tout en subtilité. L’homme est le batteur de Neurosis, ceci dit en passant.

Matt Pike est assurément la Bête du groupe. L’œil bleu sous une chevelure grasse et brune, le visage matraqué par les galères, la fureur, la clope,  la dope et l’alcool, il est une sorte de fusion entre Jimmy Page et Lemmy Kilminster. Sauf que ce garçon a sans doute produit autant de bons disques en 20 ans que les deux réunis, que ce soit avec  Sleep ou High On Fire. Reste le succès commercial, évidemment peu aisé en ces temps de formatage auditif massif.

L’homme est impressionnant, et je resterai captivé par cet animal fou râpant le manche de sa Gibson, faisant rugir des riffs fulgurants et uniques, le corps tendu et l’œil possédé. Le visage vers le ciel, le corps de sa solid body sur le ventre, le manche relevé, il gratte des accords obsédants pendant  de longues minutes. « Dopesmoker », « Sonic Titan », « Holy Mountain », Dragonaut », tout y sera excepté le superbe « Anthartican Thawed » remplacé par un mystérieux morceau nouveau en fin de concert absolument vertgineux. Pike fut tellement fier de son effet qu’un demi-sourire illumina son visage, celui d’un Jimmy Page sûre de sa force.

Mon cher et inséparable ami vibra ce soir. Lui, le fan de Bob Dylan (période 66-75, faut pas déconner quand même), que j’initiai aux vertus de Black Sabbath et Motorhead entre autres, et qui partit ce soir-là sans trop savoir où il allait, fut saisi par la fulgurance de la musique. Bien aidé par quelques pintes, nous plongeâmes corps et âmes dans cette furia sonore. J’en sortis grandi, différent, ivre de joie. Laurent, mon compagnon de toujours, n’arrêta pas de répéter : « putain, putain… ».

J’aurais voulu serrer la main de Pike et Cisneros, leur dire combien leur musique changea ma vie à jamais, combien ils étaient importants pour moi, et combien ils le sont à nouveau en ces temps difficiles. Je partis avec mon tee-shirt réédition « Dopesmoker » 2012 from USA (que l’on m’envia toute la soirée) sur le dos, trempé de sueur.

Je suis une brêle, j’ai chopé la crève. En plus j’ai mal à la tête. La bière… Mais lorsque je mis « Dopesmoker » pour faire le ménage, je me sentis pris à la gorge. Tous mes maux partirent en quelques secondes. Le plaisir de ces riffs, de ce son overdrivé, de ces paroles folles, lucides, magiques, cette pochette…   Moi, le gras du bide, le petit laborieux de service, je sentis enfin mon âme revivre. J’avais en moi le feu sacré,  j’étais doté d’une force noire. Je n’étais plus le même, Et ce mardi matin, tout me parut bien différent.

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2 commentaires:

Anonyme a dit…

Très beau compte-rendu. Je me demandais si vous alliez publier de nouveau, mais ça valait le coup d'attendre ! :)

Budgie a dit…

Merci pour le commentaire. N'hésitez pas à laisser un prénom ou un pseudo, cela m'est plusaisé d'identifier l'auteur du commentaire.
A bientôt