"Cet album est un poison violent, il est l’ivresse que l’on s’offre un soir de mauvaise fortune, lorsque la vie quotidienne n’est que misère humaine. "
SIR LORD BALTIMORE : « Kingdom Come » 1970
Parfois, la connaissance de l’Histoire ne suffit pas. Parfois, connaître des millions de groupes, leurs interconnexions et l’évolution des genres musicaux dans le temps ne suffit pas. Il est des énigmes qui ne se percent pas, simplement, parce que face à une présence aussi unique, on ne peut trouver les ramifications, expliquer le son.
Sir Lord Baltimore est de ces énigmes. Qu’a-t-il bien pu se passer dans ce quartier de New York, et dans la tête de ces garçons pour pondre pareille déflagration ?
Ce que l’Histoire retint, c’est que Sir Lord Baltimore fut fondé en 1968 par le batteur-chanteur John Garner, le bassiste Gary Justin, et le guitariste Louis Dambra. Le trio débuta par de modestes reprises de Cream et de Jimi Hendrix. Et puis aussi que les gars de Kiss sont de grands fans de toujours.
Et puis…. Et puis arrive ce disque. Il faut croire que la déflagration fut exceptionnelle même en concert puisque le manager Dee Anthony, s’occupant notamment des affaires de Humble Pie, Traffic ou Joe Cocker, les signa après un concert. Et ce premier disque fut produit par rien de moins que Eddie Kramer, soit l’ingénieur du son attitré de Jimi Hendrix, et bien sûr enregistré dans les fameux Electric Ladyland Studios.
Seulement voilà, Sir Lord Baltimore est un groupe qui ne ressemble à rien de ce qui se faisait à l’époque. Pas plus à Jimi Hendrix, qu’aux pionniers du Hard-Rock et du Heavy-Metal qu’étaient Led Zeppelin, Deep Purple, ou Black Sabbath. Encore ces trois-là, on comprend les racines, le cheminement, le British-Blues Boom, les Yardbirds, Vanilla Fudge, Jimi Hendrix et tout le tremblement. Bon le troisième suscité devient déjà un peu difficile à suivre, mais quand on connaît le parcours des garçons, les galères dans les Highlands ou à Hambourg, on peut saisir toute la noirceur du propos.
Mais là…. Sir Lord Baltimore, c’est une montée d’adrénaline sans concession. Le propos est d’une brutalité, d’une violence urbaine absolument sans aucun équivalent.
Il est un disque noir, nuit d’ébène, monolithe ivre de puissance et de rage, condensé apocalyptique de ce que le Heavy-Rock peut proposer de meilleur, de plus jouissif pour les gagne-petits sans ambition que nous sommes.
Dés « Kingdom Come » et ses 6’34”, on entre dans une autre dimension. La grosse caisse tape un rythme épais, entêtant, lourd, la guitare sature, grasse, ruisselante de métal en fusion. La basse, ivre de fuzz et de distorsion, gronde derrière le riff. La voix de Garner est celle d’un prêcheur fou, tentant à peine de cacher derrière son apparat religieux ses péchés. Il y règne la Mort, le Sexe, la puissance des V8 de la General Motors.
Les versets du mage malade déverse une poésie lysergique faite d’éléments déchaînés et de mort. La femme n’est ici qu’une chienne lubrique, mais les paroles sont ici tellement vicieuses qu’elles tendent plus à séduire, à enflammer la mounine. « Kingdom Come » est un concentré de Sex, Drugs And Rock’N’Roll.
On peut s’interroger sur les drogues, mais soyons raisonnables. Mais celles-ci ont un rôle non négligeable. Elles ont permis à de petits musiciens de pondre, en quelques heures et avec des moyens ridicules, des disques aujourd’hui considérés comme des joyaux du heavy-hard-psychédélique.
Seulement voilà, Sir Lord Baltimore n’est pas qu’un classique pour les fans obtus. Il faut que l’auditeur lambda écoute cela. C’est impératif. Parce que la jeune génération se cantonne à ce que les médias veut bien lui offrir. Mais ce disque est dangereux. Et l’offrir aux fans mal conseillés, qui considère que Iggy Pop est ce qu’il y a de plus fou dans le Rock 70’s est une erreur totale.
Cet album est un poison violent, il est l’ivresse que l’on s’offre un soir de mauvaise fortune, lorsque la vie quotidienne n’est que misère humaine.
Je crois avoir écouté des dizaines de fois « Pumped Up », le titre clôturant le disque. C’est un condensé de folie, un uppercut musical. La guitare de Louis Dambra vrille, s’enroule dans les enceintes, se pulvérisant en une poussière d’étoiles.
La violence envers la gente féminine est totale. On la retrouve dans « HellHound », ou « I Got A Woman ». « Mister Heartache » est un fabuleux morceau de hard-metal mid-tempo implacable, ses chromes luisent dans le nuit.
Ce disque est au combien viril. Il est brutal, sans concession. Et son écoute vous emmènera loin, très loin.
Le groupe produira un second disque, très bon, mais plus subtil. Joey Dambra, le frère de Louis, prend la seconde guitare. La formation survivra encore jusqu’en 1976, sans réussir à enregistrer son troisième disque.
Il paraîtra en 2006, mais Garner s’est lancé dans le Rock Chrétien, et Sir Lord Baltimore n’a ajourd’hui plus aucun intérêt. Reste ce disque, unique, salve de napalm qui brûle les neurones de l’auditeur imprudent comme un shoot d’acide.
tous droits réservés
SIR LORD BALTIMORE : « Kingdom Come » 1970Parfois, la connaissance de l’Histoire ne suffit pas. Parfois, connaître des millions de groupes, leurs interconnexions et l’évolution des genres musicaux dans le temps ne suffit pas. Il est des énigmes qui ne se percent pas, simplement, parce que face à une présence aussi unique, on ne peut trouver les ramifications, expliquer le son.
Sir Lord Baltimore est de ces énigmes. Qu’a-t-il bien pu se passer dans ce quartier de New York, et dans la tête de ces garçons pour pondre pareille déflagration ?
Ce que l’Histoire retint, c’est que Sir Lord Baltimore fut fondé en 1968 par le batteur-chanteur John Garner, le bassiste Gary Justin, et le guitariste Louis Dambra. Le trio débuta par de modestes reprises de Cream et de Jimi Hendrix. Et puis aussi que les gars de Kiss sont de grands fans de toujours.
Et puis…. Et puis arrive ce disque. Il faut croire que la déflagration fut exceptionnelle même en concert puisque le manager Dee Anthony, s’occupant notamment des affaires de Humble Pie, Traffic ou Joe Cocker, les signa après un concert. Et ce premier disque fut produit par rien de moins que Eddie Kramer, soit l’ingénieur du son attitré de Jimi Hendrix, et bien sûr enregistré dans les fameux Electric Ladyland Studios.
Seulement voilà, Sir Lord Baltimore est un groupe qui ne ressemble à rien de ce qui se faisait à l’époque. Pas plus à Jimi Hendrix, qu’aux pionniers du Hard-Rock et du Heavy-Metal qu’étaient Led Zeppelin, Deep Purple, ou Black Sabbath. Encore ces trois-là, on comprend les racines, le cheminement, le British-Blues Boom, les Yardbirds, Vanilla Fudge, Jimi Hendrix et tout le tremblement. Bon le troisième suscité devient déjà un peu difficile à suivre, mais quand on connaît le parcours des garçons, les galères dans les Highlands ou à Hambourg, on peut saisir toute la noirceur du propos.
Mais là…. Sir Lord Baltimore, c’est une montée d’adrénaline sans concession. Le propos est d’une brutalité, d’une violence urbaine absolument sans aucun équivalent.Il est un disque noir, nuit d’ébène, monolithe ivre de puissance et de rage, condensé apocalyptique de ce que le Heavy-Rock peut proposer de meilleur, de plus jouissif pour les gagne-petits sans ambition que nous sommes.
Dés « Kingdom Come » et ses 6’34”, on entre dans une autre dimension. La grosse caisse tape un rythme épais, entêtant, lourd, la guitare sature, grasse, ruisselante de métal en fusion. La basse, ivre de fuzz et de distorsion, gronde derrière le riff. La voix de Garner est celle d’un prêcheur fou, tentant à peine de cacher derrière son apparat religieux ses péchés. Il y règne la Mort, le Sexe, la puissance des V8 de la General Motors.
Les versets du mage malade déverse une poésie lysergique faite d’éléments déchaînés et de mort. La femme n’est ici qu’une chienne lubrique, mais les paroles sont ici tellement vicieuses qu’elles tendent plus à séduire, à enflammer la mounine. « Kingdom Come » est un concentré de Sex, Drugs And Rock’N’Roll.
On peut s’interroger sur les drogues, mais soyons raisonnables. Mais celles-ci ont un rôle non négligeable. Elles ont permis à de petits musiciens de pondre, en quelques heures et avec des moyens ridicules, des disques aujourd’hui considérés comme des joyaux du heavy-hard-psychédélique.Seulement voilà, Sir Lord Baltimore n’est pas qu’un classique pour les fans obtus. Il faut que l’auditeur lambda écoute cela. C’est impératif. Parce que la jeune génération se cantonne à ce que les médias veut bien lui offrir. Mais ce disque est dangereux. Et l’offrir aux fans mal conseillés, qui considère que Iggy Pop est ce qu’il y a de plus fou dans le Rock 70’s est une erreur totale.
Cet album est un poison violent, il est l’ivresse que l’on s’offre un soir de mauvaise fortune, lorsque la vie quotidienne n’est que misère humaine.Je crois avoir écouté des dizaines de fois « Pumped Up », le titre clôturant le disque. C’est un condensé de folie, un uppercut musical. La guitare de Louis Dambra vrille, s’enroule dans les enceintes, se pulvérisant en une poussière d’étoiles.
La violence envers la gente féminine est totale. On la retrouve dans « HellHound », ou « I Got A Woman ». « Mister Heartache » est un fabuleux morceau de hard-metal mid-tempo implacable, ses chromes luisent dans le nuit.
Ce disque est au combien viril. Il est brutal, sans concession. Et son écoute vous emmènera loin, très loin.
Le groupe produira un second disque, très bon, mais plus subtil. Joey Dambra, le frère de Louis, prend la seconde guitare. La formation survivra encore jusqu’en 1976, sans réussir à enregistrer son troisième disque.Il paraîtra en 2006, mais Garner s’est lancé dans le Rock Chrétien, et Sir Lord Baltimore n’a ajourd’hui plus aucun intérêt. Reste ce disque, unique, salve de napalm qui brûle les neurones de l’auditeur imprudent comme un shoot d’acide.
tous droits réservés

Du sang et de la sueur, ce disque en dégouline. J’avais déjà abordé le oh combien sublime album éponyme d’Humble Pie de 1970, déjà franchement superbe, et lui aussi dans les dix plus grands disques de mon panthéon.
En 1971, Humble Pie est formé de Steve Marriott au chant et à la guitare, Peter Frampton dans les mêmes rôles, un peu plus soliste et un peu moins chanteur, Greg Ridley à la basse, et Jerry Shirley à la batterie. Depuis 1970, le quatuor, en signant avec le manager Dee Anthony et le label A&M, s’engage dans un Heavy-Blues puissant, s’éloignant du heavy-rock country et pop de ses débuts, mais aussi de la banqueroute qui marqua ses premiers pas.
Et l’avenir scellera son destin : avec « Live At The Fillmore », paru fin 1971, ce double album enregistré en concert au Fillmore East de New York se vend à 500 000 exemplaires aux USA. Y domine la voix fulgurante de Marriott, la rythmique plombée de Ridley et Shirley, et puis les soli jazz-blues de Frampton, accessoirement. Ce dernier y brille, soyons honnêtes, mais il en est réduit à jouer les accompagnateurs d’excellence, le leader étant clairement devenu Marriott.
Les mains libres, Steve Marriott forge alors son groupe comme il l’entend. Les trois embauchent un musicien à l’étrange passé, un certain David « Clem » Clempson. Ce dernier a joué plutôt brillamment dans Colosseum, excellent groupe de jazz-rock du non moins excellent batteur de John Mayall, Jon Hiseman. Seulement voilà, Colosseum, à l’époque, c’est le genre épouvantail à kids. Groupe composé de pointures du British-Blues Boom, il est à la fois l’anti-chambre du Rock Progressif, et le tombeau de ce blues-rock vaguement heavy et s’époumonant en soli trop démonstratifs pour être honnêtes. C’était mal connaître Colosseum, mais c’était surtout mal connaître Clempson.
Car le garçon fut aussi le guitariste d’un trio de Heavy-Blues du nom de Bakerloo (déjà évoqué dans ces pages). Ce groupe fut une influence non négligeables sur leurs premières parties de l’époque, à savoir Earth alias Black Sabbath, ou Led Zeppelin. L’atout de ce groupe très blues était la guitare de Clem, incroyablement expressive et puissante, hululant à la mort. Cette technique de vibrato sur les Paul ne laissa pas indifférent les auditeurs imprudents ou experts, mais laissa de marbre les acheteurs face à ce groupe trop sage, pas assez rock’n’roll dans sa manière de vivre.
C’est donc ce même Clempson que Marriott, Ridley et Shirley embauche en décembre 1971.
Oui, Jimmy Page savait que Humble Pie était un groupe dangereux. Seul Grand Funk Railroad les prit, et le Pie fut rangé au sein des groupes bruyants sans finesse aux côtés du Railroad, mais aussi de Mountain ou Cactus, ces groupes américains de Heavy-Blues que la critique branchée de l’époque difinissait comme lourdingues et sans classe, avec leurs jeans crasseux et leurs reprises élimées de standards de Blues. Le Blues ? Une musique d’un autre âge, la préhistoire du Rock quoi. On se grime en androgyne, on se penche sur soi-même, on se cherche. On joue la tarlouze quoi, pour ces bouseux fans de Missippi queens. Putain de rednecks.
Remarquons qu’il est assez gonflé de commencer ce disque par un tel titre, soit « Hot’N’Nasty », aussi authentiquement Rythm’n’Blues. Enfin, Heavy Rythm’N’Blues, car si la rythmique est carrée et souple, elle est lourde et épaisse. L’orgue Hammond de Marriott fait décoller le morceau, avant que Clempson ne décoche de petits chorus racés et saignants. Steve Marriott chante avec un talent incroyable, et première surprise, il est accompagné par deux choristes noires, deux anciennes Raylettes, soit Doris Troy et Madeline Bell. Ces chœurs donneront à Marriott l’idée d’embaucher des choristes noires à plein temps, les futures Blackberries. La troisième chanteuse est ici un homme, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de Stephens Stills.
Si Humble Pie donna dans le riff heavy depuis déjà quelques albums, que ce soit avec « I Don’t Need No Doctor », ou « Stone Cold Fever », jamais ils n’avaient eu ce son. Le ton était souvent plus blues, plus râpeux et moins sûr de sa force. Avec la production de Marriott, les guitares grondent, elles ne hurlent plus. Clem Clempson y est beaucoup. Sa capacité à se fondre dans le groupe, de lui injecter son talent sans guéguerre d’égos (comme ce fut tout de même le cas avec Frampton), et de même donner des leçons de guitare à Marriott, jusqu’à l’encourager à faire davantage de soli, montre combien il fut capital à l’émancipation incroyable, audible sur ce disque.
Des titres massifs, puissants, il y en a deux autres, totalement inégalables. Il y a d’abord cette réinterprétation de « C’Mon Everybody » de Eddie Cochran. Ne cherchez pas ici une quelconque trace de la rythmique rockabilly initiale, vous perdez votre temps. Un gros riff gras sur-compressé grésille dans l’enceinte gauche, bientôt suivi par le contrepoint de Clempson. Ridley et Shirley débarquent en embuscade. Ce dernier frappe ses peaux avec une précision et d'indescriptibles roulements de toms bancaux, qui rendent le titre abrupte. Ridley en rajoute, faisant ronfler en contrepoint sa basse sur les toms. Et puis les deux enroulent le refrain, et les deux guitares n’ont plus qu’à rugir. Marriott est ici maître du riff, assurant les graves pendant que Clempson se charge des aigus avec ses chorus gorgés de saturation et de wah-wah. Précisons que Stevie chante ici encore admirablement bien, transfigurant ce vieux classique du Rock rien qu’avec sa ligne vocale.
« Sweet Piece And Time » clôt la galerie heavy en percutant l’auditeur en fin de disque par un roulement de toms épais mais fluide. C’est Ridley qui chante, et cela ne fait aucun doute, sa voix grave et timide était un atout pour le groupe. Marriott n’est pas bien loin, doublant son chant de sa voix de loup enragé. Les deux guitares tissent un tapis de powerchords-chorus tout simplement magique. La mélodie est un mélange entre le Rock Sudiste qui n’existe pas encore et « When The Levee Breaks » de Led Zeppelin sur le « IV ». Sauf, que je préfère ce titre à celui du Zep. Plus court, il est également plus riche en rebondissements et en émotions. Marriott et Clempson se font le coup de la twin-guitar, préfigurant Thin Lizzy et le rock Sudiste justement, bien plus que Wishbone Ash, malgré toutes les qualités de ce groupe.
Clem Clempson y est encore brillant, emmenant Humble Pie dans des rivages émotionnels rares. Jusqu’à voir les trois autres gaillards le rejoindre. Marriott le suit dans les soli, les deux hommes se répondent. Steve chante à en crever, alors que Ridley a la voix du loser, du mec qui rince son désespoir dans le whisky.
Entre les deux, il y a de la place à l’émotion. D’abord, il y a deux titres acoustiques absolument superbes, et vous n’en doutiez pas. D’abord « You’re So Good For Me ». Greg Ridley chante de sa voix écorchée, bientôt rejoint par Doris Troy et Madeline Bell. Steve Marriott fait la troisième voix aigue, mais pas la troisième gonzesse. J’adore les paroles de ce morceau. Aussi macho peut-il sembler, Humble Pie avait le chic pour faire vibrer l’émotion et le romantisme au sens noble du terme. Il y a d’abord ces arpèges de guitares acoustique qui s’entremêle, rejoint par la steel-guitar et la batterie généreuse de Shirley. Oui, Honey, tu as le pouvoir, parce que l’amour que tu me portes ne trouve pas d’égal chez l’homme rustre que je suis. Mais oui, Babe, je t’aime. La classe merde. Elles attendent toutes cela, secrètement.
Et puis au milieu, il y a “Thirty Day In The Hole”, couplé avec “Roadrunner”, classique soul de Holland/Dozier/Holland, soit les songwriters de la Motown. Troy et Bell assurent les voix noires. Un rire, une claque. Ce titre, mélange de soul et de heavy-rock est un chef d’œuvre. On retrouve la fougue de « Hot’N’Nasty », ce groove moelleux et percutant, mais avec une dose de Rock en plus. Les chœurs de Troy et Bell brillent par leur éclat majestueux et lyrique. Ca sent le pur Blues, avec ce petit pont heavy-funk irrésistible. Injecté directement à sa suite, « Roadrunner » s’enfonce dans le bayou, la mangrove. Poisseux, lourd, cette version brille encore de cette transfiguration personnelle à Humble Pie.
Ce titre précède lui-même le Blues lent du disque, soit « I Wonder ». Encore une reprise certes (et cela est d’autant plus étonnant que Marriott est un excellent songwriter), mais c’est un bijou émotionnel. Alors bien sûr, quand on parle de Blues lent chez les heavy-rockers, on peut craindre le pire. Comme ces versions à rallonge de « Spoonful » ou « Stormy Monday » durant de longues minutes, pouvant être à la fois exaltantes ou parfaitement chiantes.
Ce disque doit impérativement s’écouter au casque, tant il regorge de petits bouts de riffs qui se répondent en écho, comme si ces quatre-là avaient joué si fort que la pièce résonnait encore de leur musique. « Smokin’ » est un album dense, passionnant. Je ne m’en suis jamais lassé après des centaines d’écoutes, et j’y éprouve toujours le même plaisir à chaque fois.
tous droits réservés

Bien sûr, il y avait les quelques groupes références à respecter forcément, ceux que la rock-critic de bon goût considérait comme étant indispensables et respectables, bref cultes. Souvent, il s’agissait de seconds couteaux visionnaires, certes, mais n’ayant eu, évidemment injustement, aucun succès en leur temps. Citons le Velvet Underground, les Stooges, Big Star, Nick Drake, et tant d’autres, dont la vie de loser devenu magnifique ou le décès injuste rendait encore plus belle la légende.
Pourtant, certains passèrent à travers les gouttes inexorablement, et alors que le Rock d’hier se meurt, disais-je, Mother’s Finest fait partie de ces groupes totalement oubliés. Ce qui veut donc dire, à priori, que leur héritage musical est totalement insignifiant.
Petit rappel des faits : Mother’s Finest est originaire d’Atlanta, en Géorgie, soit l’un des états bien racistes du sud des USA. Il est aussi le plus incroyable vivier de musiciens noirs et blancs, et fut le terreau fertile des plus grands. Citons pêle-mêle le Allman Brothers Band ou Little Feat.
Un premier disque paraît en 1973, dans l’indifférence générale, avec une pochette effrayante rappelant plus un disque de Black-Metal qu’un disque de soul et de rock. Car les deux veulent fusionner le funk avec une forme de rock inspiré d’Hendrix, dans ce qu’il a de plus sauvage. Certes, Funkadelic a déjà tenté l’expérience avec succès, mais Murdock et Kennedy veulent un son plus agressif, plus rock, débarrassé des accoutrements du P-Funk.
Trois disques paraissent entre 1976 et 1978, qui obtiennent un succès honnête dans les charts américains grâce aux simples « Baby Love » ou « Fire ». Déjà, le groupe se montre gonflé et sûr de sa force, et dés le premier album, Glenn Murdock chante « Niggiz Can’t Sing Rock’N’Roll ».
Est-ce parce que ces six-là se produisent devant un public qui leur est totalement inconnu qu’ils furent aussi bons ? En tout cas, il est bon de saluer le courage de la programmation de cette émission allemande qu’est Rockpalast, et qui après avoir enregistré Spirit, fit découvrir Mother’s Finest au public européen (Rockpalast était retransmis en Eurovision, soit dans toute l’Europe par satellite). Il fit de même en 1980 avec ZZ Top (voir l’article consacré à ce concert dans ces pages).
Toujours est-il que le générique résonne, et le présentateur allemand annonce « unsere guest : Mother’s Finest ! ». Et dés « Dis Go Dis Way », le sextet d’Atlanta terrasse. Puissant, rock, et surtout incroyablement gorgé de funk, il imprime une rythmique implacable qui colle l’auditeur imprudent à son siège, ou à tout ce qui peut un tant soit peu le soutenir. Le groupe tourne comme un V8 Big Block. Ca ronfle, et le groupe est incroyablement carré, précis. Ce premier titre est une sorte de parodie heavy du funk discoïde de cette époque, incroyablement réussi, et qui n’est que l’introduction au percutant et hard « Fly With Me ». Joyce Kennedy fait étalage de sa voix profonde et soul, d’une puissance indescriptible.
Murdock reprend le dessus avec le puissant et très UFO « Rain », mais toujours avec ce style black inimitable. Murdock a une vois plutôt haute qui le mets à la fois dans la catégorie des screamers du hard et dans celle des fous furieux de la soul style James Brown.
Joyce reprend le devant, alors que Mo Moses ne l'a toujours pas quitté. Avec « Truth 'll Set You Free », il lance un titre compact, lourd et mid-tempo totalement implacable, synthèse parfaite des influences du groupe. Seul alternative, les claviers de Mick Keck, alliage de synthétiseurs et de piano électrique typique du son funk mid-70's, qui apporte cette couleur très Herbie Hancock au mélange.
Passé ce quatuor dantesque, vous avez déjà la quintessence de Mother's Finest. Pourtant, la suite vaut son pesant de cacahuètes avec leurs meilleurs titres interprétés en concert : « Give It Up », « Fire », « Give You All The Love », ou l'impeccable « Baby Love ». Ce dernier morceau, alternant riffs lourds et funky, est une merveille de ce que l'on appellera la fusion ou le Black-Rock symbolisé essentiellement par Living Colour.
Entretemps, le quintet sortira un live officiel en 1979 très bon mais un peu trop propre pour être honnête (chroniqué dans ces pages), et un disque de heavy-funk implacable du nom de « Iron Age » en 1981 absolument génial dont je vous reparlerai. Et puis ce sera le grand plongeon dans le son FM, un peu comme tous, et l'oubli généralisé.
Enfin, pas pour tout le monde, car quatre blanc-becs californiens vont réutiliser ce son, le blanchir un bon coup histoire de le rendre plus accessible et moins « Niggizz », et se faire des couilles en or en se faisant passer pour les créateurs du genre funk-rock : les Red Hot Chili Peppers.


La particularité du son de Iron Butterfly, c’est ce mélange de guitare lourde et psychédélique, un orgue électrique aux accents funéraires, et la grosse voix théâtrale de Ingle qui rend la musique du groupe totalement obsédante. Le disque est très bon, mais il ne sera pas le seul. Pourtant, Iron Butterfly est totalement dépassé par de nouvelles formations explosives qui le rendent totalement abscons en moins de six mois. Led Zeppelin notamment, pulvérisera le heavy-rock pysché naissant aux oubliettes. Iron Butterfly rejoint donc le wagon de groupes devenu has-been dés 1969 aux côtés de Blue Cheer et Vanilla Fudge.
Ainsi allait l’époque et le business, et le reste de la discographie du groupe mourut doucement dans les bas à soldeurs. Ainsi « Ball » en 1969, le « Live » en 1970 ou le superbe « Metamorphosis » en 1971 avec l’arrivée de Larry « Rhino » Reinhardt et Mike Pinera en lieu et place de Braunn n’y feront rien. Le groupe disparaît fin 1971 dans l’indifférence générale.
Ce disque a tout de l’album tragique. Un groupe exsangue, une période en plein flottement, entre délires mégalomaniaques de méga-machines Rock cocaïnées du style Deep Purple, ELP, Genesis et autres Rolling Stones, et de l’autre, les prémices du Punk urbain avec Johnny Thunder, Stiv Bators, les Damned, les Sex Pistols et les Ramones, évidemment.
En 1976, les Rolling Stones sortent « Black And Blue » avec « Fool To Cry » et Ford sort la nouvelle Mustang qui ressemble à une Ford Escort . En plus, elle a un V6. C’est vraiment la merde. Heureusement, Led Zeppelin sort « Presence », mais là encore, si vous ne vous enfilez pas un whisky cul sec après un tel disque, c’est que vous n’aimez pas la vie.
Mais les courageux trouveront à nouveau leur fortune avec « Scion » ; ce mégalithe de Heavy-Rock enterre ce qui précède avec maestria. On retrouve les rivages et le talent de « In A Gadda Da Vida ». Ce qui frappe, c’est cette production dépouillée, live en studio, comme si le Butterfly vous parlait. Je trouve ce titre fabuleux. L’orgue, ne fait qu’enluminer la mélodie, alors que la guitare de Braunn rugit. Le solo de DeMartines est une réussite, à la fois aérien et possédé. Braunn s’arrache les tripes, et brille par son lyrisme musical. Lui qui ne faisait que jouer avec le larsen est un musicien accompli pour qui un solo a un sens. Mais surtout, il y chante merveilleusement. La voix râpeuse de « Sun And Steel », la voix aigu et hargneuse de « Scion » et de « Get It Out », c’est lui.
Ce dernier titre est une sorte d’éclair d’espoir, heavy et funky, rappelant l’unique album de Beck, Bogert et Appice en 1973. Les synthés sont discrets et désuets, mais n’amochent en rien la chanson.
Reste la pépite finale : « Scorching Beauty » : ce disque fait de riffs dérapants et de mellotron vrillants est une splendeur de mélancolisme mature. Il y a comme un goût de poussière dans cette chanson, comme ces derniers jours ensoleillés de septembre au bord de la mer.