vendredi 24 octobre 2008

THE ROLLING STONES

""Exile On Main Street" est un vrai retour salutaire à une musique authentique, débarrassée de ses clichés Rock de stade."
THE ROLLING STONES : “ Exile On Main Street” 1972

La Renault 16 de la Brigade des Stupéfiants de Marseille quitte la propriété sur les hauteurs de Saint-Tropez. Son propriétaire, Keith Richards, fulmine contre cette police française décidément pas si libérale que ça.
Les Rolling Stones n’aime pas la France. Depuis qu’ils y sont pour des raisons fiscales, les musiciens ne peuvent plus se défoncer à leurs guises. C’est que la police française se moque éperdument de ces 5 rock-stars, et applique avec un zèle tout particulier la loi. Richards se retrouve donc en résidence surveillée pour possession de stupéfiants.
Alors, le moins que l’on puisse dire, c’est que le moral n’est guère au plus haut chez les Cailloux. Pour être tranquilles, ils se retrouvent la nuit chez Richards pour jammer sur du vieux Blues, car le Blues, ils l’ont. The Rich Kid Blues.
Ce sera également le mot d’ordre du nouvel album des Rolling Stones. Loin de leurs racines, ils se replongent dans celles, musicales, de leurs débuts : Blues, Bluegrass, Soul, et Gospel.
Enregistré avec le Rolling Stone Mobile, chez Keith Richards, la nuit, en compagnie de Gram Parsons, Nicky Hopkins, Bobby Keys et tous les amis fidèles du groupe, « Exile On Main Street » est un vrai retour salutaire à une musique authentique, débarrassée de ses clichés Rock de stade.
De Rock, il en est bien sûr question, dés « Rocks Off », mais il y a dans ce titre un côté funky proche des Meters de New-Orleans. La suite se fait plus Blues avec « Rip This Joint », « Shake You Hips », et « Casino Boogie ». Tantôt acoustique campagnard, tantôt boogie électrique, tantôt Chicago Blues, tantôt Mississippi Blues, les Stones naviguent à travers les Etats-Unis des ghettos et des champs de coton.
« Tumbling Dice » est un superbe morceau Rock avec un air Gospel de toute beauté, comme si Jesus se balladait quelque part entre New-Orleans et Saint-Louis une guitare sur le dos, traînant ses vieilles bottes trouées sur le bitume poussiéreux d’une autoroute perdue. « Sweet Virginia » chante les Braves courbés dans le coton, sous un soleil de plomb, pendant que les Maîtres circulent entre les rangs, le fouet à la main. Le soir, les hommes noirs rentrent dans leurs pénates de bois, se mettent devant la porte, et entament « Torn And Frayed » et « Sweet Black Angel ». Les gamins tapent sur de vieilles boîtes pour accompagner les vieux. « Loving Cup », c’est plutôt pour le soir, avec un verre en main.
La suite est déjà plus Rock, avec ce « Happy » chanté par un Keith Richards dont la voix fragile et hargneuse apport un côté désabusé à cette fausse ritournelle. En passant, signalons le superbe travail de Mick Taylor à la guitare, et notamment à la slide, magique, coulée, chaude. Taylor, ancien guitariste de John Mayall And The Bluesbreakers, gravera sur ce disque son empreinte de musicien impeccable, discret, mais efficace, qui imprime ici aussi parmi ses plus belles notes de musique, et le rendra irremplaçable au sein des Stones.
« Turn On The Run » est un bon vieux boogie à la John Lee Hooker, tandis que « Ventilator Blues » sent le Swamp à plein nez, Blues poisseux et moite.
« I Just Want To See Your Face » n’est rien d’autre qu’une jam un soir où les gaillards, ronds comme des queues de pelle, se lancent dans un beat tribal, surmonté par un Fender Rhodes, et par la voix lointaine de Jagger, perdue dans la fumée des clopes et autres mégots toxiques. « Let It Loose » prolonge cette atmosphère délétère, sur un fond de réverbe qui disparaît dans la rosée du matin.
Cette petite baisse de régime est bien vite compensée par une petite ligne blanche, et tout le monde s’y met sur « All Down The Line », un bon vieux Rock orné de cuivres triomphants, ceux de Bobby Keys et Jim Price.
Et puis, le soir suivant, après le passage de la Police, Richards arrache de sa Télécaster un vieux riff mi-Canned Heat, mi-Hound Dog Taylor. Jagger souffle dans son harmonica et attaque « Stop Breaking Down ». Et puis, dans une lueur d’espoir, « Shine A Light » apparaît, mi-Blues, mi-Gospel, parce que finalement, la vie de Rock-Star, c’est pas si mal quand même.
Pour conclure ce disque, et comme s’il fallait résumer le disque, « Soul Survivor », vrai Blues-Rock typiquement Rolling Stones, boucle cette parade des musiques noires américaines.
Ce superbe double album, le premier des Stones, sera aussi le seul à ne pas dispenser son lot de simples à succès. Considéré comme un bloc, un diamant brut, ce disque reste le meilleur album des Rolling Stones. Parce que 5 Rock-Stars multi-millionnaires habitant sur la French Riviera ont ressenti en eux le Blues du fin fond du Mississippi le temps d’un album. Cela ne leur arrivera plus jamais. Le simple suivant s’appelle « Angie ».
tous droits réservés

2 commentaires:

olivier a dit…

Mon préféré à égalité avec Sticky Fingers. C'est impressionnant sur ces deux albums la symbiose entre les musiciens, qui s'attaquent à absolument tous les styles de musique ! Tout y passe : rock, boogie, blues, soul, gospel, hard, folk...
Mais à chaque fois que je mets Exile dans ma chambre, le bruit des sauterelles de la Cote D'azur résonne encore, la moiteur de chaudes soirées d'été est encore là! Cet album a carrément bien veilli (pas vraiment comme Beetwen the Buttons par exemple) et dégage une atmosphère incroyable!

Murmure & chuchotement a dit…

Salut !

Je suis tombé par hasard sur ton blog, et franchement, parfois, le hasard fait bien les choses.
Il est bien cool, clair et surtout bien documenté. Bah tu me diras, c'est bien là le but sûrement. En tout cas, pour moi c'est une belle découverte, j'ai juste envie de dévorer tous tes articles...