lundi 25 mai 2015

RAVEN 1981

"Et ils furent un pas majeur vers le Thrash-Metal donc, en même temps que Venom."

RAVEN : « Rock Until You Drop » 1981

Ils sont de retour. Encore une fois. Raven revient en 2015, avec une nouvelle tournée MON-DIALE et un nouvel album. J'ai de l'affection pour ce trio issu de la vénérable et inénarrable New Wave Of British Heavy-Metal du début des années 80. Raven en fut l'un des splendides seconds couteaux, comme Diamond Head ou Angelwitch. Ils furent de ces espoirs déchus malgré des albums solides, une vraie personnalité musicale, et un ratissage en règle des salles de concerts britanniques puis européennes. Raven fut même de ceux qui, rares, eurent la chance de tenter de percer aux USA comme Saxon ou Motorhead, souvent avec le même résultat décevant.
Ils furent aussi de ceux qui, une fois le contrat avec la major du disque tant espéré, vendirent leur âme au Diable pour sortir une série de disques aux forts relents de hard-mélodique commercial, caressant l'espoir de refaire le coup de Def Leppard en terre yankee. Ils friseront l'auto-parodie et l'auto-complaisance, avant de revenir, trop tard, à leur son à eux.
Car il y eut les passages à vide, les albums finissant dans les bacs à soldeur et les salles de concert de plus en plus petites et de plus en plus vides. Malgré tout, ils conservèrent une base de fans solides qui leur permit d'être encore là, quarante ans après leur formation. Le line-up n'a guère bougé depuis 1979, à part le départ du batteur historique Rob « Wacko » Hunter en 1988, remplacé par Joe Hasselvander, celui-là même qui tape les peaux dans Pentagram depuis 1977. Et plus que jamais, on retrouve les frangins Gallagher (pas ceux de Oasis, hein), John à la basse et au chant, et Mark à la guitare.
Et puis il y a toujours ce bon vieux sens de la déconne, et ce bon vieux Hard-Metal bien bourrin, à part les quelques écarts mentionnés plus haut, entre 1985 et 1987 pour être précis. Et encore, le billet vert ne réussit pas à les débarrasser totalement de leur bon vieux Metal torgniole. Car Raven, c'est du Heavy-Metal d'hommes. Du Metal à base de claques dans la gueule. Ils sont en cela les vrais pionniers du Thrash, avec des morceaux à tiroirs, un chant allant de l'hystérie au grognement, des riffs en cascade, et finalement peu de lignes mélodiques réelles. Que du muscle, pas de gras. Ce qu'ils appelleront avec leur sens du crétin assumé : « Athletic Rock ».
La genèse du groupe remonte à 1974, lorsque les deux frères Gallagher fondent un groupe de reprises hard-rock et progressif, de Budgie à UK en passant par Budgie, Black Sabbath, Led Zeppelin ou Rainbow. D'abord quatuor, les deux musiciens additionnels sont sur des sièges éjectables régulièrement, jusqu'à qu'ils adoptent la formule du trio et trouve en 1979 un batteur au moins aussi fêlé qu'eux : Rob « Wacko » Hunter. Raven écume les clubs et les gymnases, en première partie de formations punk ou new-wave (Stranglers, Motors...) totalement dépassées par l'énergie du trio.
Dés 1978, Raven composent ses propres titres, mais il faut attendre 1980 pour une première trace discographique, le décapant simple « Don't Need Your Money ». Rapidement, Raven impose un son réellement nouveau. Il est le premier groupe à réellement balayé les influences Blues et le lyrisme progressif à rallonge du Heavy-Metal initial. Ils vont en particulier mélanger le côté flashy et épique, tout en riffs tendus de Van Halen et Montrose, et le mélange pop-riffs acérés de The Sweet post-1973. Et puis un petit soupçon de riffs boogie à la Status Quo. On ne le dit jamais assez, mais ces groupes créèrent une formule qui inspira énormément dans le Heavy-Metal, et pas seulement le Glam-Metal californien. Raven y injecta un côté urbain et crade typiquement britannique, inspiré des jolis horizons de la riante Newcastle.
Le trio sut faire monter la sauce à coups de concerts ultra-énergiques et de morceaux disséminés sous forme de simples ou sur des compilations cultes de la nouvelle vague Heavy-Metal anglaise. Signé sur Neat Records, le label de Venom entre autres, ils produisirent leur premier album en 1981 : « Rock Until You Drop ».
Je suis un grand amateur de leurs trois premiers albums en particulier, et celui-ci en tout premier lieu. Il a tout : l'énergie, les morceaux aboutis et rôdés sur scène, le côté rugueux du vrai Rock'N'Roll anglais tel qu'il doit toujours être joué. Il a ce côté braillard qui faisait chier vos parents, et laissent vos enfants totalement consternés devant tant de violence gratuite.
J'ai toujours aimé Raven, de manière générale, j'ai cette affection particulière pour ces trois zozos pas sérieux pour un clou, produisant avec la même régularité leurs lots de baffes sonores en s'éclatant comme des gamins attardés. Et ils furent un pas majeur vers le Thrash-Metal donc, en même temps que Venom. Mais là où le trio de l'Enfer cherchait la violence par le bruit et la fureur, Raven fait preuve d'un niveau technique largement supérieur à la moyenne du Rock de l'époque. Et ils ne sont pas dans l'outrancier total non plus.
Par contre comme Venom, ils tournèrent avec Metallica. Ce fut en 1983 le « Kill'Em All For One Tour », du nom des deux albums respectifs de chaque groupe à l'affiche. En attendant, en 1981, Raven se lance dans un ravage en règle de la Grande-Bretagne, puis du reste de l'Europe.
« Rock Until You Drop » fut enregistré en six jours aux studios Impulse avec le producteur Steve Thompson dans des conditions proches du concert en direct. La rythmique syncopée de la batterie de Hunter, les riffs de guitare ouverts ultra-tendus et frénétiques de Mark Gallagher, et le chant possédé de John Gallagher, dopé par une basse ronflant derrière la guitare, rend l'atmosphère de ce disque totalement furieuse. Et ce dés « Hard Ride ». Cet excellent morceau est encore ancré dans le Hard-Metal plutôt classique, Hunter maintenant un tempo binaire très Rock, et Mark Gallagher râclant le bois de sa guitare dans un riff d'inspiration Status Quo. Mais le chant de John Gallagher et le son de la six-cordes, tous deux ultra-agressifs donnent à ce titre une approche nouvelle, plus moderne. On la retrouve également sur « Don't Need Your Money », dans la même veine. Les tempos abrupts sont à chercher du côté des meurtriers « Hell Patrol », « Over The Top » ou « Nobody's Hero ». C'est sur ce genre de morceau que l'on trouve l'ambivalence de Raven. Les morceaux sont à la fois de structure complexe, presque progressive, et d'une rudesse Rock dans l'interprétation et l'approche similaire à un AC/DC. Le dureté de l'acier et la finesse de la lame en somme.
Avec le medley « Hellraiser/Action », Raven rend hommage à l'un de ses héros : The Sweet. D'ailleurs, c'est grâce à cette reprise que j'ai découvert le quatuor glam anglais. Si les versions originales sont moins mordantes que celles du trio de Newcastle, j'ai découvert les origines de ces riffs serrés, sous tension électrique. On sent les trois musiciens comme des petits fous en jouant ces deux morceaux qu'ils semblent connaître par cœur et avoir déformé à leur guise durant de longs mois de tournée et de répétitions.
Cet album comporte un titre éponyme véritable hymne Rock par excellence. Un tempo médium, lourd, et un refrain à chanter en cœur, une bière à la main et le poing levé. La référence au foot américain ne sera pas la dernière. Wacko Hunter revêtira bientôt des équipements de ce sport, en particulier le casque, qui deviendra son symbole. Il l'utilisera notamment pour frapper ses cymbales, nouveau gimmick scénique à ajouter à la furie des concerts de Raven.
« Lambs To The Slaughter » ouvre la voie au speed-metal par son riff rapide et sa batterie entêtante. L'album se termine sur le tout aussi speed « Tyrant Of The Airways ». Ce morceau de plus de sept minutes rappelle une autre influence majeure de Raven : Rush. Si l'on retrouve l'influence du Rock Progressif anglais sur la construction des morceaux, ici les changements d'atmosphère, le jeu de guitare incisif et lyrique rappelle celui d' Alex Lifeson, du trio canadien. En particulier sur la superbe introduction atmosphérique et ses arpèges à la fois aériens et orageux. Les paroles font référence au second conflit mondial, un des thèmes importants de Raven. Ici il est fait référence au conflit aérien, et notamment la Bataille D'Angleterre. Par les modulations de tempos et de riffs, Raven traduit la frénésie du combat. Sur ce terrain Metal Progressif, le trio tient la route, et Mark Gallagher se montre un guitariste inventif et inspiré, sans esbroufe déplacée.
Ajoutées à l'album original sur les rééditions cd, on trouve trois face B de simples tout simplement démoniaques : « Wiped Out », « Inquisitor » et « Crazy World ». Loin d'être du complément pour collectionneur, il s'agit d'excellente musique, trépidante, véritables chevauchée d'adrénaline dans la lignée de cet excellent album. Le 33 tours prouve sans doute davantage qu'outre être un fabuleux groupe de Rock, Raven a de l'envergure et de l'ambition.
« Rock Until You Drop » ouvre la voie à quatre années de magie musicale, la bande des frères Gallagher va aligner trois albums d'excellente facture et un double live enregistré sur leur tournée US de 1983. Ce qui devait leur ouvrir la voie vers le succès commercial notamment en terre américaine, plus ouverte au Metal en ce milieu des années 80, sera finalement le pinacle du groupe. Rapidement dépassé en brutalité sonore, mais trop hard pour les oreilles du grand public, Raven restera un éclaireur magique mais sous-estimé. Avec ce superbe premier disque, il n'est surtout pas à négliger. Et malgré son aspect débraillé et furibard, il n'est surtout pas à prendre musicalement à la légère.
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4 commentaires:

Throma a dit…

Article de qualité une fois n'est pas coutume.
Je connais mal "Raven" en revanche leur morceau "Wiped Out" est une tuerie absolue.
Un des titres heavy les plus efficaces des 70' & 80's avec le "Master Heartache" de Sir Lord Baltimore et le "Mutants" d'ULTRA.

Budgie a dit…

Je te conseille vivement cet album si tu aimes les disques de furie absolue et de violence gratuite comme peut l'être également le premier de Sir Lord Baltimore.

Bruno a dit…

A l'époque, j'avais particulièrement apprécié "All for One". Le "Live at Inferno" était sympathique bien que grevé par les excès de crie suraiguës de John Gallagher, et quelques soli qui étaient parfois plus proches d'un délire sonore que de quelque chose de vraiment musical.

"Stay Hard" m'avait déçu (d'autant que cela représentait un coût à mon budget très très serré). Vu les moyens qu'ils avaient désormais à leur disposition, on pouvait s'attendre à un disque au moins du même niveau que son prédécesseur, "All for One". Mais non. La production trop clinquante ne lui rendait pas service, et certains morceaux frôlaient la caricature du titre Hard pour ados américains. Toutefois, à mon sens, il y avait encore des trucs sympathiques à sauver, tout comme sur "The pack is back" (encore plus inégal).
Avec "Life's a bitch", qui était pourtant vanté comme le renouveau du trio, j'ai abdiqué.

Anonyme a dit…

Les 3 premiers albums sont excellents, un groupe qui était bien "violent" pour l'époque et qui lui aussi est souvent cité comme source d'inspiration par de nombreux groupe de thrash. Et monsieur Joe Hasselvander derrière les futs, ça fait plaisir.
Superbe chronique, encore une fois, comme celle de Cactus.
El Chuncho.