lundi 21 juin 2010

PAUL DIANNO

Bonjour à tous. Comme vous avez pu le constater, je me fais rare. Pas que je fasse particulièrement ma diva, juste que je manque un peu de temps pour écrire en ce moment. Vous constaterez également que les articles se font plus longs, ce qui fait que forcément, j'y passe plus de temps, la fréquence de publication en patissant, semble-t-il. Je deviens un peu trop bavard, peut-être, mais je ne radote pas encore, ce qui est plutôt rassurant. Bonne lecture.

" Ce disque est alors son salut."

PAUL DIANNO’S BATTLEZONE : « Fighting Back » 1986
Nous avons tous des héros dans la vie. Les plus marquants sont ceux de l’enfance, ceux de nos dessins animés préférés ou des séries américaines chéries. Il est ainsi un courant commercial qui use et abuse de la nostalgie développée chez les trentenaires pour leurs jeunes années. Fleurissent alors les hommages à Casimir, au disco, à la musique des années 80, à Goldorak, MacGyver, et autres succès télévisuels qui fleurent bon une seule chose : l’innocence et la quiétude passées, celles qui faisait la vie était belle avant, et plutôt moche aujourd’hui.
Avec l’adolescence, la jeunesse se tourne irrémédiablement vers la musique de son époque, celle que lui propose les moults stations FM vomissant leurs torrents de diarrhées auditives.
Mon amour du Rock me fit plonger dans une constellation de groupes et de musiciens magiques aux talents et aux existences plus ou moins riches. Et au fur et à mesure du temps, quelques uns d’entre eux marquèrent mon esprit. Ainsi, les Who restèrent pour moi l’archétype du groupe de Rock, alors que j’étais également fou de Led Zeppelin. Le grand héros de la guitare fut pour moi Ritchie Blackmore dont je collectionnai les albums avec passion, émerveillé devant sa personnalité noire et ombrageuse, et dont le touché incroyable me laissa à jamais pantois. Et puis il y eut Steve Marriott, dont je reste persuadé qu’il est le plus grand chanteur de Rythm’N’Blues anglais de tous les temps. J’aimais sa trempe, sa manière de hurler le Blues comme si sa vie en dépendait. Un peu comme Robert Plant d’ailleurs, mais son timbre rugissant laissa place à une voix plus aigue, plus féminine en un sens, et ce dés le troisième album (par ailleurs fort goûtu). Je me pris de passion pour tout ce qu’il sortit, même le plus discutable. Et j’aimai sa vision prolétaire des choses, ce combat de chaque instant pour défendre son mélange de Blues-Rock teigneux et de Soul.
Et puis il y eut Paul DiAnno. Les amateurs un peu éclairés en Heavy-Metal savent de qui je parle, à savoir du premier chanteur de Iron Maiden. Oui, Bruce Dickinson ne fut pas le seul et unique chanteur de la Vierge de fer, bien que son talent, que ce soit comme chanteur ou comme parolier, est indéniable.
Pourtant, lorsque j’étais adolescent, Iron Maiden pour moi, c’était « Fear Of The Dark » en 1993, et ces mecs en jeans noirs moule-burettes (on dit slims maintenant) et basquettes montantes, avec ce chanteur castrat qui chantait sur un tracteur (si, si, cherchez le clip, vous allez vous en payer une bonne tranche).
Bref, c’était la zone, le niveau zéro du Rock, loin derrière mes chers Who, Led Zeppelin, et Deep Purple avec El Virtuoso Ritchie Blackmore.
Persuadé, je ne sais pour quelle raison, que Iron Maiden ne pouvait pas avoir été que cela pour devenir un mythe du Heavy-Metal, je me mis à la recherche des premiers disques. Je découvris donc que leur discographie remontait à 1980, et qu’ils existaient même depuis la fin des sacro-saintes années 70 (leur premier simple paru en 1979 devint pour moi une obsession), ce qui faisait donc qu’ils avaient pu être bons un jour.
Et lorsque j’achetai « Iron Maiden », leur premier disque, ce fut la claque. Le son est rauque, brutal, âpre. Les photos de scène sont sombres, noires, violentes. Je constate notamment qu’il y a un autre chanteur, un certain Paul DiAnno, dont je ne distingue sur une photo que la silhouette. Elle m’impressionne, torse nu, larges d’épaules, le cheveu court, le port fier, de cuir noir vêtue.
Et puis il y a cette voix incroyable. Rageuse, râpeuse, presque Blues, tout en étant à la fois lyrique, rugissante et montant dans les aigus les plus poignants, je me dis que ma quête m’avait mené au bon endroit.
Je devins archi-fan de « Prowler », « Running Free » (un hymne), « Iron Maiden », ou « Charlot The Harlot ».
La découverte du second album fut un nouveau choc. « Killers » était mieux produit, puissant, rapide, violent. Comme le premier, il distillait une hargne de la rue que n’eurent plus les albums avec Dickinson, mélangeant littérature de gare et thèmes prolos avec une magie inégalées. Et puis il y avait cette photo de DiAnno sur la pochette : le cheveu toujours court, en sueur, poignets de forces cloutés aux bras, pantalon de cuir noir et chemise noir, il brandissait le bras de rage, ses yeux perçants toisant le public, l’autre main tenant ce micro retranscrivant le son de sa voix unique, impressionnante.
Par ailleurs, lors de la publication en DVD du « Live At The Rainbow » de 1981, je ne pus que constater la présence scénique unique de l’homme. Contrairement à Bruce Dickinson qui en faisait des tonnes sur scène, DiAnno restait campé sur ses jambes, droit, menaçant, tout simplement méchant, défiant le système avec sa musique. Il était spontané, possédé, comme cette séquence où il rejoint Dave Murray, Steve Harris, et Adrian Smith en plein chorus sur « The Phantom Of The Opera », en sueur, tapant son micro sur sa cuisse, sauvage, puissant, libre.
Iron Maiden avait alors une dimension incroyable, et Paul DiAnno n’y était pas pour rien. Je dévorai alors les biographies, dvd, bootlegs sur cette fameuse période d’Iron Maiden avec Paul DiAnno. Ce qui m’impressionna, c’est la constance de la voix, et la puissance du groupe. C’est d’autant plus étonnant que DiAnno fut viré pour sa consommation d’alcool et de drogues qui portèrent préjudice à sa voix, et qui fit que la fin de la tournée fut difficile. A la réécoute du « Maiden Japan », et ce en version complète bootleg, ce disque est formidable, laissant sur le carreau nombre de concurrents, Motorhead et Judas Priest compris.
Je découvris que Paul DiAnno eut une vie de loser magnifique, un peu comme Steve Marriott, finalement. Il traîna avec les pires putes du Rock FM, fit parti des pires projets de supergroupes de NWOBHM, prit de la drogue et but comme un trou, sombra dans la plus totale déchéance une fois mis à l’écart de Iron Maiden. Ce disque est alors son salut.
L’homme est alors au fond du trou, et finit par former en 1986 un groupe du nom de Battlezone, cinq ans après son éviction de Maiden (qui laissa par ailleurs des traces). L’homme fut donc un pantin avant de créer son propre groupe après une expérience dans le milieu du Metal FM dans le milieu des années 80. Il fonda alors Battlezone en 1985 avec John Hurley et Darren Aldridge aux guitares, Laurence Kessler à la basse, et un batteur américain de Trash du nom de Bob Falck.
En 1986, la NWOBHM est alors à bout de souffle depuis longtemps, complètement dépassée en méchanceté sonore par les rois du Trash-Metal que sont Slayer, Metallica, Anthrax ou Megadeth. Seuls quelques groupes ont réussi et sont devenus des superstars, en particulier Iron Maiden et Def Leppard, voire Grim Reaper. Pour d’autres, c’est le naufrage dans le son FM, comme Saxon. Le Heavy-Metal anglais cherche alors à répondre aux double grosses caisses et aux riffs surexcités du Trash, vainement.
Curieusement, Battlezone réussit à ne pas tomber dans la grosse farce néo-trash, et impose à la fois des riffs méchants et un vrai sens de la mélodie hard-métal.
Si « Fighting Back » pose le ton général, avec un ton très speed-metal et quelques blasts introductifs de double grosses caisses, la voix de Paul DiAnno transfigure la chanson. L’homme est incroyablement puissant et majestueux de maîtrise vocale. Il varie à l’envie ce timbre râpeux, ses montées dans les aigus et ses intonations puissantes, presque blues. Il y est tout simplement meilleur que dans Iron Maiden. Comme si ce riff bête était le terrain idéal pour lui permettre de développer son chant.
Le titre suivant, « Welcome To The Battlezone » est bien meilleur, et représente l’un des sommets du disque. Un rythme enlevé, lourd mais rapide, et une guitare crasseuse mais dont les riffs ressemble presque à du funk fou furieux. La mélodie est héroïque et guerrière, et DiAnno se surpasse à nouveau, brillant de bout en bout. Hurley et Aldridge ne sont pas des virtuoses, mais savent trouver le solo efficace, sans tomber dans la démonstration pseudo-tapping, la vitesse d’exécution devenant à l’époque le maître-étalon pour juger du brio d’un guitariste. De Steve Vai à Yngwie Malmsteen, tous nous ont abreuvé de ces soli grotesques et épouvantables d’arrogance et d’ineptie sonique.
« Warchild » revient sur des terres plus speed-metal, avec un refrain typique de l’époque, avec ses chœurs virils genre stade de foot qui tuèrent certains titres d’AC/DC ou de Iron Maiden. La chanson reste néanmoins sympa à écouter, efficace et sans prétention.
La suivante est par contre un chef d’œuvre. Elle est pour moi la meilleur du disque. « In The Darkness » commence délicatement mais sournoisement, par une délicate mélodie à la guitare acoustique. Paul DiAnno y chante doucement, et y retrouve le ton souple de l’introduction de « Remember Tomorrow » de Iron Maiden. Le ciel noircit bientôt, et sa voix puissante s’envole gagnant au démarrage du riff d’une efficacité absolue son timbre rocailleux. Mais ce qui est le plus prenant, c’est le contenu des paroles. Le texte y est extrêmement proche de ce que connut DiAnno, et apporte à ce titre une dimension personnelle touchante. On sent qu’il vit ses paroles, que ce passé si proche revient, que les images se précipitent dans sa tête.
Ce souffle noir ne retombe pas avec le titre suivant. « The Land God Gave To Caine » est la pièce épique du disque. Pas aussi bouleversante que « In The Darkness », il demeure un titre prenant et réussi, évitant les écueils du métal progressif et des grosses ficelles du hard-rock épique.
« Running Blind » est le point faible du disque. D’abord parce que la voix de DiAnno est méconnaissable, trop mièvre pour être honnête, ensuite parce que le riff et la rythmique double grosse caisse est un ultra cliché du Métal 80’s.
« Too Much Too Heart » revient à ce mid-tempo enlevé, et la mélodie se veut plus élaborée, plus héroïque. Paul brille à nouveau de milles feux, à l’aise. Ce titre est une réussite du Heavy-Metal anglais, à la fois martial et puissant. La voix de DiAnno est un atout inégalable, ce titre pouvant tomber dans la bouse FM si Joe Lynn Turner l’avait chanté, ce qui n’est heureusement pour nous pas le cas.
« Voice In The Radio » se veut un pas de plus vers le hard-rock FM, même si son introduction mordante en éloigne pour un temps le fantôme. Mais Battlezone est un groupe burné, et la production brutale et sans fioriture permet à cette chanson à la structure plutôt commerciale d’être un excellent titre de Heavy-Metal.
« Welfare Warrior » est un titre plus moyen, qui précède un excellent hymne de Heavy-Rock, d’une efficacité mélodique impeccable : « Feel The Rock ». Bon, il y a bien ces chœurs un peu virage Boulogne qui rappelle que nous sommes en 1986, mais DiAnno porte tellement la chanson que ce petit détail 80’s en devient insignifiant.
Le disque suivant, « Children Of Madness » en 1987, apportera quelques bons titres, mais n’aura pas le niveau de ce premier disque. Sans doute la faute à une production plus léchée, et une perte d’énergie en cours de route qui laisseront ce disque comme le troisième et dernier grand album de Paul DiAnno.
Depuis, 24 ans se sont écoulés, Paul est presque chauve, mais sa voix chaude résonne toujours dans de petits clubs, s’évertuant à chanter ses classiques oubliés de Iron Maiden. Triste sort pour cet homme brillant, à la voix miraculeuse, et qui sut, en 1986, saisir sa seconde et dernière chance, sans retour.

tous droits réservés

1 commentaire:

Bruno a dit…

A propos de Steve Marriott, on peut se demander, à l'écoute de bandes lives des Small Faces (donc antérieures à 69), si Mr. Robert Plant, ne s'est pas plus qu'inspiré de Steve.
Sinon, pour ma part, Paul DiAnno reste le meilleur chanteur de la vierge de fer.