jeudi 2 août 2012

BOXER

"Le problème de ces garçons est qu’ils ne savent rien faire comme tout le monde."


BOXER : « Below The Belt » 1975

C’est l’été, il fait chaud sous les tee-shirts, sous les maillots, comme le disait l’immense poète Eric Charden. Le contexte de la saison fait irrémédiablement penser à l’oisiveté et à la détente, mais aussi au charme et à la volupté à la vue de jolies créatures à peine post-adolescente déambulées en bikini ou en trikini (cherchez, c’est la mode) sous vos yeux de trentenaires bedonnants et casés.

C’est dans ce contexte, la chaleur, la foule, et donc les petits culs en moins (j’ai fui en Normandie), que j’ai réécouté ce disque. Un disque authentiquement joyeux et insouciant, voilà bien une grande première dans ces pages hautement mélancoliques. La réalité est tout autre.

L’histoire remonte à la fin de l’année 1974. Le guitariste Ollie Halsall est le nouveau guitar-hero du trio Tempest, formation initialement fondé par le batteur Jon Hiseman, lui-même fondateur du groupe Colosseum. Après deux albums de très grande qualité distillant une fusion particulièrement réussie de Heavy-Metal et de Jazz-Rock, Tempest jette l’éponge dans l’indifférence générale, Glam-Rock et Rock Progressif oblige. C’est le temps de Yes, Bowie, ELP, Marc Bolan, Elton John. De son côté, le chanteur Mike Patto a cru faire une bonne affaire en rejoignant Spooky Tooth, quintet anglais de heavy-rock progressif de la fin des années 60 qui s’est reformé en 1972 et qui compte dans ses rangs le clavier Gary Wright. Spooky Tooth connaît une jolie petite carrière aux USA avec leur nouveau guitariste Mick Jones, futur fondateur de Foreigner et ancien guitariste de… Johnny Hallyday. Aussi, lorsque le chanteur historique Mike Harrison s’en va, Patto saute sur l’occasion. Le résultat sera un excellent album (chroniqué dans ces pages) du nom de « The Mirror », paru en 1974. La tournée qui suit est mitigée dans le contexte glam-progressif, et Spooky Tooth jette l’éponge à la fin de l’année.

Le point commun de ces deux garçons est d’avoir fait partie d’un exceptionnel quatuor de jazz-rock anglais totalement passé inaperçu du nom de Patto, et qui publia trois superbes disques dans l’indifférence générale. Déçus par ces échecs commerciaux successifs (pas musicaux, hein, tout ce que je viens de citer figure, ou figurera dans ces pages), ils décident de se retrouver pour fonder leur propre groupe de glam-rock !

Ces deux losers embauchent donc deux autres losers : Tony Newman, ancien batteur du Jeff Beck Group période « Beck-Ola » puis de Mayblitz, et Keith Ellis, bassiste de Spooky Tooth que Patto a pris sous son bras en partant. Bref, ce ramassis de seconds couteaux du heavy-blues-rock anglais décide enfin de tenter de se faire une place au soleil par opportunisme musical.

On pouvait craindre le pire, les grands musiciens ayant succombé aux sirènes de la musique commerciale sont aujourd’hui irrécupérables : Rod Stewart, Elton John, Peter Frampton, Bruce Springsteen….

Le problème de ces garçons est qu’ils ne savent rien faire comme tout le monde. Alors, du glam, ils vont tenter d’en faire, mais à leur sauce. C’est-à-dire sous la forme d’un rock direct, mais dont la sophistication leur est propre. Le résultat est ce premier album. Le nom du groupe est une référence à la carrière avortée de boxeur professionnel de Mike Patto. Décidément…. La pochette, ultra-sexy et ultra-stylisée devait attirer le chaland, ou au moins l’œil des média. Ce sera le cas, mais pas vraiment au profit du groupe, qui subira les foudres des féministes et de certains journalistes qui la trouve vulgaire.

L’ouverture se fait par un ce qui aurait dû être un hit-single (ce qui est en fait le cas de la moitié de ce disque) : « Shooting Star ». Une guitare aigrelette et nerveuse, typique des morceaux de Bowie ou de Bolan. Mais déjà, il y a ces petites notes funky qui traînent entre deux accords, et puis ce pont progressif sur le refrain. La voix de Mike Patto apparaît : puissante, hargneuse, originale, l’homme met tout son talent au service de la chanson. Seulement voilà, on ne trouve rien ici d’ambigu sexuellement, ces sortes de fin de phrases soupirées qui inondèrent les culottes de milliers de collégiennes anglaises lorsque Marc Bolan, Davis Bowie ou Sweet jouaient leurs tubes. L’homme a des tripes, et cela s’entend, mais aussi de la classe, car son chant est ultra-maîtrisé. La rythmique est parfaite de parfaite de précision et de concision. Ellis et Newman se font un peu funky, histoire de. Seulement voilà, ces deux-là ont un tel niveau technique qu’il est déjà impossible de les rattacher aux morceaux de deux accords du glam. Et ne parlons pas du solo de Halsall, brillant et coupant comme une lame, qui achève à la fois superbement le morceau, mais aussi tous les espoirs d’un succès quelconque dans le genre du moment.

« All The Time In The World » se fait ultra-funky, et va chercher les amateurs de Funk-Music. Halsall double son riff de guitare avec un piano électrique, et le résultat est irrésistible. Dans un monde parfait, Beyonce et Katy Perry se trémousseraient de plaisir sur ce morceau. Mais comme ce n’est pas le cas, il ne vous reste plus qu’à regretter que Boxer n’ait jamais brillé dans les charts, car cela vous aurait évité de danser sur « Les Magnolias » de Claude François au mariage de votre sœur.

« California Calling » se veut plus Rock, et va chercher des références californiennes très en vogue, comme les Eagles. Seulement voilà, le jeu de guitare slide de Halsall, et cette rythmique rebondissante rapproche davantage ce morceau d’une sorte de heavy-rock anglais lorgnant vers l’americana que vers le Rock californien.

A tenter de coller aux poncifs à la mode, tout en se loupant pour notre plus grand plaisir, il fallait bien que Boxer dérape vraiment. Ce sera « Hip Kiss ». Tornade possédée d’orgue Hammond et de piano électrique jouée par Ollie Halsall, doublée d’un petit riff de guitare, et poussée par un ensemble basse-batterie particulièrement épais, ce morceau sent la folie. La voie de Patto tourne à la folie sur le refrain hurlant comme un possédé. Il a beau sussuré sensuellement « Hip Kiss », on est loin de la sensualité d’un Bolan vu le contexte, mais plutôt dans l’antre d’un maniaque sexuel.

Et c’est sur un « Right Now » distordu que démarre la superbe ballade « More Than Meets The Eyes ». Cette chanson n’est ni glam, ni … rien du tout, c’est du blues-rock de très haut niveau, une chanson qu’aurait dû chanter Steve Marriott avec Humble Pie en cette année 1975. Rien que d’y penser, je bande.

« Waiting For A Miracle » est une reprise d’une chanson de Halsall publiée sur le second album de Tempest, « Living In Fear ». C’est dire l’indifférence, qu’à ce point, une chanson publiée d’une année à l’autre soit totalement passée inaperçue. Surtout vu la qualité, car elle est tellement lumineuse et bien construite qu’elle aurait dû bercer l’été 1975.

« Loony Ali » et « Save Me » s’avèrent les deux points faibles de ce disque. Pas mauvaises, mais pas géniales non plus, entre pop et rock nerveux, on se rapproche du Elton John de l’époque, ce qui n’est pas vraiment un compliment pour ma part. Halsall fait pourtant à nouveau des merveilles, et les relèvent par sa guitare enchanteresse.

Heureusement, « Gonna Work Out Fine » est d’une telle qualité qu’il vous fera oublier ces deux bibelots. Tout y est : le brio et l’inventivité de la guitare (et du piano) de Halsall, la voix superbe de Patto, la batterie ultra-blues-funk de Newman et Ellis. La basse vrombit dés le décollage du refrain. Le rugissement de l’orgue de Halsall emballe la chanson, et mérite que l’on écoute ce disque à fond sur l’autoroute des vacances. Voilà un morceau de liberté, intelligent et brillant de qualité. Chaque détail est pensé, des petits points en écho de SG Gibson de Halsall à ce son de basse grognard. On sent le brio de ces musiciens, leurs qualités de compositeur.

Ce superbe album se clôt sur « Town Drunk ». Ballade mélancolique, enluminée d’arpèges et de piano délicat, elle décrit la destruction par l’alcool de la jeunesse qui s’emmerde en banlieue. Boxer compatit à cet ennui dans la gnôle, parce qu’à Manchester ou à Sheffield, et même à Paris, il n’y a rien à faire d’autre. Brillant, juste, pointu, et encore une fois, mélancolique, le quatuor fait mouche, avec en point d’orgue, un superbe chorus de Ollie Halsall, tout en poésie contenue.

Boxer publiera deux autres disques, fort intéressants. Seulement voilà, malgré le talent de ces quatre musiciens en studio et sur scène, rien n’y fera. Boxer mourra dans l’indifférence générale en 1979. Est-cela douleur de l’échec qui brisa de si brillants musiciens ? Mike Patto mourut d’une leucémie fin 1979, et Ollie Halsall d’une overdose d’héroïne dans son appartement minable en Espagne en 1992. Le tout dans l’indifférence générale.

Ne reste que des cendres, et à l’écoute de ce premier album Boxer, on aurait aimé que ce disque devienne un classique du Rock, histoire de sortir des références habituelles type Michael Jackson ou Prince. Assurément, nous volerions plus haut de nos jours.

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jeudi 12 juillet 2012

THE OBSESSED


"Tragique est le destin de celui qui ne vit jamais The Obsessed sur scène pour savoir que le Doom avait sans aucun doute autre chose à offrir."

THE OBSESSED : « Incarnate » 1999

Il est des hommes au cuir dur. Il est des héros de la musique simples et humbles, qui malgré un talent indéniable de compositeur, de musicien et de chanteur, restent d’incurables anonymes pour le grand public.

Il est des grands maudits. Le premier qui me vient à l’esprit est Bobby Liebling, chanteur-leader de Pentagram, implacable goudronneuse à Heavy-Metal Doom depuis 1971, et qui ne publiera son premier disque qu’en 1985 après de multiples échecs, souvent le fruit de son caractère empoisonné d’héroïne.

Le Maryland et les alentours de Washington DC semblent propices à ce type de loser magnifique. Ainsi, le second chat noir du Rock après Liebling s’appelle Scott Weinrich, dit Wino. Il vient du Maryland, de Potomac pour être exact. Et lui aussi devra attendre 15 années avant que son groupe publie son premier album.

Néanmoins, la trajectoire de Weinrich va s’avérer plus riche, bien que les deux hommes partagent un goût immodéré pour le Heavy-Rock à tendance lourde et désenchantée. Scott Weinrich va fonder son premier groupe en 1976 sous le nom de Warhorse. Grand fan de Black Sabbath, de Grand Funk Railroad et de tout ce que les années 70 ont offert comme Heavy-Rock underground et sauvage (Sir Lord Baltimore, Bang, Blue Cheer, Armaggeddon….), il va se lancer dans l’écriture personnelle de morceaux fusionnant ce son brutal et sa propre approche de la musique. Le résultat s’avère d’une puissance déjà bien établie, mais Warhorse peine à se faire un nom. Les kids rejettent en masse ce groupe trop violent pour ces amateurs de disco et de Hard-FM.

Wino s’acharne et c’est sous la forme d’un trio du nom de The Obsessed qu’il va continuer sa route dés 1978. La formation se stabilise avec l’arrivée de Ed Gulli à la batterie et de Mark Laue à la basse. Au début des années 80, The Obsessed conjugue sa musique Heavy brutale avec un look noir et glam-gothique proche de celui de Pentagram au début des années 80. Le petit problème est que le public Rock s’intéresse davantage au Punk-Hardcore, celui de Black Flag ou les Bad Brains. Weinrich passe donc pour un gros ringard avec son Heavy-Metal typé Black Sabbath période Ozzy. Néanmoins, les concerts mettent souvent les choses au point, mais cela ne suffit pas à The Obsessed pour percer.

Ceci dit, Weinrich devient un personnage culte de la scène local avec Bobby Liebling. Ce grand échalas de presque deux mètres à la longue tignasse, tatoué sur le torse, et baraqué comme une armoire à glace, avec sa voix entre Lemmy Kilminster et Phil Mogg, fait rude impression chez les petits punks qu’il croise, et qui le craigne sérieusement. Henry Rollins de Black Flag gardera un souvenir impérissable de sa rencontre avec le géant du Maryland, que seul un badge commun de Motorhead sur la veste sauvera d’une bonne peignée.

Malgré un EP du nom de « Sodden Jackal »en 1983 et un titre sur la compilation « Metal Massacre » en 1984 (la même qui vit Metallica débuter un an auparavant), The Obsessed n’est pas assez violent pour faire partie de la scène Trash avec Metallica, Anthrax et Slayer, ni assez Hard-Glam pour rejoindre les rangs du genre avec Motley Crue ou Warrant. Sans vraiment le revendiquer, The Obsessed est un groupe de Doom-Metal, sous-genre négligé mais qui recèle sans doute ce que le Heavy-Metal a produit de mieux depuis trente ans. Aux débuts des années 80, plusieurs formations sortent de l’ombre : Trouble et Saint-Vitus aux USA, Candlemass et Count Raven en Europe. Pourtant, malgré un indéniable talent et une vraie personnalité individuelle, la critique Rock oscille pour le genre entre l’indifférence et la reproche permanent d’un genre musical trop proche de Black Sabbath. Tragique est le destin de celui qui ne vit jamais The Obsessed sur scène pour savoir que le Doom avait sans aucun doute autre chose à offrir.

Après l’enregistrement d’une démo de neuf titres qui ne vit jamais le jour avec le label Metal Blade en 1985, Wino jette l’éponge et dissout son groupe. Il rejoint Saint-Vitus en remplacement de Scott Reager. A ce titre, Scott Weinrich va faire preuve d’une abnégation rare. Lui, le guitariste surdoué, accepte d’être simple chanteur dans une formation établie dont le guitariste, bien que doté d’un jeu unique, avait un niveau bien inférieur à la nouvelle recrue.

Weinrich fut tellement indulgent qu’il composa sans s’imposer, et n’assura que rarement quelques parties rythmiques. Le résultat fut pourtant parmi les meilleurs albums de la formation, de 1986 à 1990. Cette dernière année, le label de Saint-Vitus, Hellhounds Records, proposa à Wino de publier la démo de 1985 en tant que premier album de The Obsessed avec une tournée à la clé. La proposition n’était pas innocente car Saint-Vitus était en pleine explosion à force de régime album-tournée (trois en quatre ans). L’occasion était trop belle, et Scott sauta sur l’occasion.

Il reforma The Obsessed avec le batteur Greg Rodgers, et un bassiste gaucher et surdoué du nom de Scott Reeder. Le trio ravagea tout sur son passage, à tel point que Hellhounds Records demanda un nouveau disque. Le résultat fut « Lunar Womb » en 1991, un superbe chef d’œuvre de Heavy-Metal. Reeder partit en 1992 rejoindre un certain quatuor de Desert-Rock du nom de Kyuss, dont le guitariste n’était autre que Josh Homme. Le résultat fut le superbe « Blood From The Red Sun », une pierre angulaire du Rock dit Stoner, mais surtout du Rock tout court.

Un bassiste du nom de Guy Pinhas fut recruté, sorti du groupe Stoner Beaver. Avec sa tronche dégarnie de petit sec psycho-rigide, le garçon est une sorte de Jack Bruce moderne. Un jeu lourd, grondant sous ses doigts agiles, il était l’homme doué comme Reeder, mais capable d’abnégation face à l’immensité du talent de Weinrich.

Cela me rappelle que nous n’avons pas encore discuté de ce disque. Pourquoi choisir une compilation ? Les albums studio sont d’une qualité indéniable, et j’y reviendrai. Pourtant, l’histoire s’étend sur une telle période qu’il est bon de découvrir l’histoire de ce groupe avec ce disque. Parce qu’il ne s’agit pas d’une simple compilation, mais du recueil de diverses enregistrements. Inédits, répétitions et live entre 1983 et 1994. Brut de décoffrage, la qualité musicale et la bonne tenue du son sont pourtant omniprésentes.

Ici donc pas de bande qui craque et de son d’égoût. C’est pourtant ce que l’on retrouve généralement sur ce type de compilation d’inédits, notamment pour ces groupes au passé imposant mais à la discographie rachitique. Il traîne souvent de multiples démos et bandes en concert enregistrées sur un magnétophone à cassette pourri. Le tout est alors publié comme de fabuleux trésors, mais la déception est bien souvent de mise, tant le son est épouvantable.

Bien que fortement disparate dans ses sources, « Incarnate » est le parfait panorama de la vie musicale de Weinrich au sein de The Obsessed, son groupe. On y trouve donc les titres du premier EP de 1983 du nom de « Sodden Jackal ». De loin la moins bonne production du lot, les chansons sont déjà largement abouties, bien que l'on dénote une certaine volonté de se raccrocher au sein power-metal de l’époque. Néanmoins, le côté maladif et désespéré de la musique de Weinrich est évident, et « Sodden Jackal » et « Iron & Stone » résonnent déjà de cette colère sourde qui gronde dans l’homme. Curieusement, ce sont les titres enregistrés entre 1992 et 1994 qui sont les meilleurs. Leurs compositions n’est bien sûr pas toujours récente. A l’instar de Bobby Liebling de Pentagram, l’homme a un réservoir d’excellents titres en stock qu’il n’a jamais pu enregistrer jusque là.

Les miracles de cette époque sont notamment « Concrete Cancer » et « Peckerwood Stomp ». L’enchaînement de ces deux joyaux de trois minutes à peine est une pleine jouissance musicale. On y trouve tout le brio de compositeur de Weinrich, ces structures entre Black Sabbath et Led Zeppelin, le jeu concis et brutal, la section rythmique foudroyante (l’intro de basse de Pinhas sur « Peckerwood Stomp » décape), et puis la voix, grave, d’une incroyable richesse. Les soli sont brillants, envoyés sur quelques mesures entre Billy Gibbons et Tony Iommi. Je crois que j’ai écouté ces deux titres des dizaines de fois avant de passer à la suite. Comme avec « Whole Lotta Love » sur le « II » de Led Zeppelin, lorsque j’avais 14 ans. J’ai vibré de la même manière, à 33 ans. J’ai senti toute l’électricité me rentrer dans les chairs, toute la musique, et cette voix me parler au plus profond de mon cœur. De cet homme meurtri, bafoué, j’ai senti plus de rage de vivre, plus de courage que dans tout ce que ce monde libéral pourri peut ériger comme icônes de réussite.

Mais il serait injuste de ne pas évoquer les superbes et obsédants « Mourning » et « Spirit Caravan », ou encore le redoutable « Skybone ». On y trouve tout ce qui la furie du Doom, ce grondement électrique, ces cavalcades entre mélancolie et fuite désespérée vers l’espoir d’une vie meilleure. « Skybone » se rapproche davantage de la procession maudite, celle de l’homme au bord de l’abîme, emporté dans les airs par un solo superbe, magique de bout en bout.

Les reprises sont également de tout premier rang. On trouve ainsi le superbe « Inside Looking Out », morceau d’Eric Burdon revu par Grand Funk Railroad en 1970. The Obsessed en délivre une version gorgée de Blues, la voix de Weinrich faisant des miracles sur ce texte hautement politique. La seconde est « On The Hunt » de Lynyrd Skynyrd. Je ne suis guère fan de ce groupe sudiste malgré quelques très bonnes chansons. Mais il faut avouer que là encore le Blues noir de Weinrich fait des miracles. Il en tire la quintessence, en offrant quelques superbes chorus, rendant cette version supérieure à l’originale.

Et pour ceux qui douterait de la capacité de The Obsessed d’offrir une telle qualité musicale sur scène, on trouve « River Of Soul » en live en 1992. Ce titre, originellement enregistré sur le premier album de 1990, fut réenregistré sur « The Church Within » en 1994. La version ici offerte est d’une brutalité et d’une puissance rare. Le texte est ici magnifiée par une interprétation sans faste, noir de jais. Elle est en tout cas représentative du talent ahurissant du trio sur scène.

La plupart des titres datent de 1992 et 1993, démos du futur album « The Church Within », le premier sur la major Columbia qui ne sut rien faire de ce groupe exceptionnel. Un quatrième disque était en préparation, certaines démos ici présentes devant servir de base à ce disque. Il ne vit jamais le jour. Scott Weinrich, rongé par l’alcool après quatre années de régime tournée-album non stop, quitta le Sud de la Californie. Il prit le premier bus Greyhound, fit 3000 km avec son sac sur l’épaule et sa guitare, et retourna dans son Maryland natal afin de se ressourcer. Il arrêta de boire et fonda une famille avant de reprendre la musique à la fin des années 90. Son premier travail fut de boucler l’histoire de The Obsessed avec ce disque. La suite fut d’excellents albums avec ses nouveaux groupes, dont Spirit Caravan et The Hidden Hand.

En 2012, Wino vient de retrouver ses camarades de Saint-Vitus pour un nouvel album, et The Obsessed avec Pinhas et Rodgers pour une nouvelle tournée. Malgré la fuite, l’homme est revenu à ce qui vit dans son sang depuis toujours. Il est semble-t-il en paix, mais toujours habité par sa musique.
 
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