dimanche 8 février 2009

DEF LEPPARD

"Effectivement, pour ceux qui ne connaissent Def Leppard que par les tubes de 87-88, il est bien évident que deux trois surprises vous attendent."

DEF LEPPARD « On Through The Night » 1980

Je vais vous parler d’un groupe que je n’aime pas particulièrement. Alors en plein apprentissage heavy-metal, je dévorai les disques des grands groupes, et ce avec délectation. Aucun ne m’avait pour le moment déçu, bien au contraire. Enfin, ce n’est pas vraiment la vérité : je dus attendre l’achat de « Made In Japan » pour apprécier la puissance de Deep Purple, et « Alive » pour aimer Kiss.
Pour Def Leppard, ce fut un peu cela. J’achetai ce « On Through The Night » aux puces, confiant dans le fait que ce groupe issu de la NWOBHM devait forcément cartonner, étant donner la claque que j’avais pris en écoutant Iron Maiden et Saxon.
Et là, déception : je trouvai le Lep d’un mou hallucinant, avec ses mélodies trop FM à mon goût. Furieux, je me mis bille en tête de me débarrasser de cette horrible bouse de ma prestigieuse collection. Il faut dire que j’avais une violente appréhension avec Def Leppard. Je connaissais les tubes FM, le côté métal flashy grotesque, le batteur manchot, tout ça. Mais j’avais également lu que Def Leppard venait de Sheffield, triste ville industrielle du nord-ouest de la Grande-Bretagne. Et leurs deux premiers albums étaient réputés plus hard que les suivants, les « Hysteria » et consorts.
Mais là, franchement, non, ce « On Through The Night » n’était pas à mon goût. Pourtant, malgré mes tentatives, je ne réussis à me débarrasser de cet objet embarrassant. Alors, après un petit temps de pause, je le réécoutai. Et je le trouvai passionnant. Les mélodies avaient fait leur effet. Toute la saveur du hard du Lep avait frappé.
Effectivement, pour ceux qui ne connaissent Def Leppard que par les tubes de 87-88, il est bien évident que deux trois surprises vous attendent. Car « On Through The Night » est largement plus agressif que la suite. Profondément métallique, ancré dans le hard-rock mélodique anglais de UFO et Thin Lizzy, la musique du groupe est à la fois fortement léchée et suffisamment brutale pour réveiller les esgourdes.
Du rock vigoureux de « Rock Brigade » ou « Rocks Off » aux refrains plus accrocheurs et commerciaux de « Hello America » ou « Sorrow Is A Woman », en passant par des choses plus progressives comme « Satellite » ou « Overture », on distingue en fait une grande ouverture d’esprit dans le hard-rock. Même si Iron Maiden sut davantage donner de puissance à ces mêmes influences, Def Leppard reste un groupe vigoureux et efficace.
Bien sûr, il y a quelques points faibles, comme la voix de Joe Elliot, pas exceptionnelle. Mais il y a les guitares de Pete Willis et Steve Clark, asserrées, et la rythmique efficace de Rick Allen et Rick Savage. Et puis surtout, il y a ce son un peu brut de décoffrage, presque live, fruit de Tom Allom, le producteur de Judas Priest. Tout cela rend finalement le heavy de Def Leppard plus prolo et agressif que les disques suivants.
Et finalement, ce premier disque est pour moi leur meilleur, et le seul digne de la grande famille du heavy-metal anglais du début des années 80, cette fameuse NWOBHM qui sut faire des gamins des banlieues grises d’Angleterre rongées par le chômage des héros modernes. Def Leppard ignora par la suite d’où ils venaient. Et c’est sans doute ce qui tua le plus rock’n’roll des cinq, Steve Clark, en 1991.
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mercredi 4 février 2009

KING CRIMSON

"Imaginez un peu : un power-trio guitare-basse-batterie de rock progressif. "

KING CRIMSON « Red » 1974

Cité de violence noire, la jeunesse des seventies plonge dans la désillusion du monde moderne. Les espoirs nés dans l’ère hippie, puis dans les paillettes du glam ont sombré dans le sirop de codéine, et ce putain de monde urbain qui atteindra son paroxysme ces jours-ci. Bien sûr, il y aura le punk, et son glaviot éructé à la face de l’ultra-libéralisme thatcherien.
Pourtant la décennie avait bien commencé, naviguant entre les volutes électriques de Led Zeppelin et Deep Purple, et le symphonisme progressif de Yes ou ELP. Le funk faisait danser les plus belles paires de fesses noires, et laissait présager, malgré le Vietnam, des jours plutôt sympas.
King Crimson fut un cas à part. Ce combo venu de nulle part accoucha d’un premier disque qui fut un véritable traumatisme en Grande-Bretagne. Pulvérisant Moody Blues, Procol Harum et autres Beatles avec un album dont les audaces musicales allaient bien au-delà des balbutiements des susnommés, « In The Court Of The Crimson King », King Crimson imposa une musique unique, faite de jazz, de musique classique, de folk, et de heavy-metal.
Le vrai défaut du groupe, ce fut son instabilité de line-up, qui changea à chaque disque. La musique, uniquement lié au cerveau prolixe mais complexe de son leader, le guitariste Robert Fripp, fluctua également beaucoup, oscillant entre free-jazz et mélopées symphoniques expérimentales. La musique fut toujours passionnante, de toute façon, mais avec « Red », on atteint une autre dimension.
Car entre le premier album, et celui-ci, il y eut comme un flottement, un manque d’unité, sûrement dû aux problèmes de line-up. En 1973, Fripp trouve en John Wetton à la basse et au chant, et Bill Bruford à la batterie, deux compères fiables. Fripp y ajoute david Cross au violon et au mellotron, et trouve en fin un line-up stable durant deux ans. Sauf qu’encore une fois, King Crimson subit un nouveau changement, le départ de Cross.
Fripp garde alors son trio. Imaginez un peu : un power-trio guitare-basse-batterie de rock progressif. Et ici, pas question de dérive blues, Fripp en étant totalement incapable.
Du haut de sa pochette noire, « Red » est un album redoutable, sombre, violent, furieusement métallique. Ici, pas de digression free. La musique de King Crimson s’est resserrée, ne conservant que cette essence brutale, liquide en fusion.
Sur la basse vrombissante de Wetton et la batterie fracassée et métallique de Bruford, Fripp tisse d’étranges chorus, hululements urbains de fin de règne. La voix de Wetton est particulièrement bien appropriée, profonde, grave, chaude, mais emplie de cette sensibilité à fleur de peau, qui donne la chair de poule justement. Comme une plainte dans la nuit, le chant transporte les mélodies culbutées de Fripp.
Et comme un pied de nez à l’histoire, Ian MacDonald, le saxophoniste du premier album est revenu jouer sur ce disque. Il ne reste que le temps, et une impression de poussière, de cendre chaude, juste après le cataclysme.
King Crimson se séparera à l’issue de la tournée en 1975, non sans avoir laissé en testament le live « USA », autre pépite brutale et ultime complément à « Red ». Puis King Crimson remontra sur scène en 1981, mais quelque chose s’est brisé, carbonisé par cet album définitif. En forme de testament.

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