mardi 12 août 2008

THE MISFITS

THE MISFITS « Static Age » 1978

Les USA avaient-elles autant les boules pour pondre pareil truc ? Le Punk US se résuma souvent à une scène arty dont les fleurons furent les Talking Heads, Television, Pere Ubu, ou Blondie. Seul les Ramones portèrent haut et court l’étendard du riff primaire et violent entrecoupé de paroles d’une confondante simplicité, niaiserie, dirons les mauvaises langues.
On chercha alors surtout le punk du côté des anglais, pour le côté urbain et industriel. On se souvint guère que l’Amérique des séries télé des années 70 enfanta l’un des plus redoutables combos punks de l’histoire, totalement culte, mais parfaitement ignoré.
Les Misfits, originaires du New Jersey, étaient en fait et surtout le backing-band d’un jeune chanteur du nom de Glenn Danzig. Affamé de films d’horreur de séries Z, et obnubilé par les mythes torturés de l’Amérique des années 60, il créa un groupe de rock sombre et gothique avant l’heure.
Ne chercher pas ce disque, à part dans les pirates, ou dans un coûteux coffret regroupant l’intégral du quatuor dont les méfaits s’étalent entre 1977 et 1983. Les Misfits resteront connus pour avoir influencé Metallica, qui reprendra « Last Caress » et « Green Hell », mais aussi pour ses costumes et maquillages de goules macabres, sorte de Kiss déglingué à l’extrême.
Ce premier album enregistré proprement en studio est un concentré des meilleurs titres des Misfits peu de temps avant que le combo plonge dans un son frisant le hardcore. On y trouve ici les meilleurs chansons, dont le sublime « Last Caress », « Attitude », Angelfuck », « Teenage From Mars », ou encore « We Are 138 ».
Le tout est éjaculé en moins de deux minutes, avec riffs serrés, et puis cette voix. Car sur le magma sonore linéaire et simplissime brille la voix de Danzig, incantatoire, et presque soul, frisant le Paul Rodgers par moment.
Il est sidérant de voir à quel point ce groupe sut apprivoiser la violence des banlieues urbaines des USA, à l’instar des Stooges à la fin des années 60.
Il y a surtout, et c’est en cela que les Misfits sont particuliers, c’est l’absence de thème lié à la politique. On a souvent associé le Punk à la contestation sociale. Quelque part, les Misfits contestent, mais semblent être marginaux, vivant en parallèle à la société de consommation type « Dallas », brassant les vieux fantômes de l’Amérique, les épouvantails de jadis jamais vraiment disparus.
Comme un vieux film d’horreur, ils ressurgissent, bardés de cuir de haine, pour hurler à l’Amérique de Johnson la merde des quartiers urbains. La musique des Misfits se transforment en chant de la mort, celui des désaxés, comme ceux du dernier film de Marilyn Monroe qui donna son nom au groupe. C’est la musique des losers de l’Amérique, mais côté crachat. Si Springsteen et Bob Seger surent mettre en musique les préoccupations des laborieux, et leurs attentes, les Misfits tentèrent de pointer du doigt (le majeur) la rage.
J’ai eu beaucoup de mal à plonger dans l’univers des Misfits, mais une fois l’accroche réalisée, je plongeai dans cet univers vicieux et dangereux, relief de mes plus âpres pensées. J’y trouvai la colère que j’avais en moi, et l’intégrale du groupe chanta en moi comme la voix des paradis perdus.
Il me fallut de longs mois pour apprivoiser toute la finesse cachée dans cette musique, et je compris pourquoi Cliff Burton, le premier bassiste de Metallica, se tatoua la goule symbole des Misfits, sur le bras. Car on ne peut avoir cette musique que dans la peau.

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mardi 5 août 2008

JAMES GANG

THE JAMES GANG « Rides Again » 1970

A la question « Joe Walsh a-t-il toujours été mauvais ? », je répondrai assurément non. Je ne dis pas ça pour les Eagles, et sa participation aux glorieuses années cocaïne du groupe lors de la sortie de « Hotel California », en 1976. Je ne dis pas cela non plus pour ces loufoqueries dont le plus bel exemple fut sa candidature aux présidentielles américaines de 1980.
Non, Joe Walsh est un personnage digne d’intérêt. Il y a fort longtemps, certes. Si on veut du vrai rock’n’roll de sa part, disons qu’il faut remonter au James Gang. Cela nous renvoie à, disons, 1969-1970. Pas tout jeune, ça.
Mais quelle musique. Le James Gang est un trio composé de Joe Walsh à la guitare et au chant, de Jim Fox à la batterie et de Dale Peters à la basse. Formé sur les cendres de la British Invasion et du British Blues Boom, le groupe attache une importance particulière au blues et au rythm’n’blues. Pas évident aux USA à la fin des années 60, entre le Vietnam et les hippies. Les premiers concerts cassent pourtant la baraque, et le premier album éponyme de 1969, globalement bon (un peu bousillé par les fameuses loufoqueries de Walsh), permet au groupe de tourner avec Fleetwood Mac, et notamment à la Boston Tea Party, dont les enregistrements ont été chroniqués ici (superbe jam avec Peter Green, Eric Clapton et Walsh).
Le trio se lance aussitôt dans l’enregistrement d’un second disque. Beaucoup plus abouti, « Rides Again » est avant tout un brûlot électrique mêlant heavy-blues à l’anglaise, et un son funky lourd. Le mélange est explosif. Clairement défini dés le premier titre « Funk #49 » (le 48 est sur le premier album), ce mélange funky-heavy fait irrésistiblement taper du pied. Un court instrumental électrique fait la jonction avec le heavy « Woman », sur laquelle la voix nasillarde de Walsh fait des merveilles. La basse lourde pose les bases, avant que la batterie de Fox, au jeu enluminée de subtiles interventions de toms, viennent taper le rythme plombé.
Mais pour le plomb, il faut attendre le chef d’œuvre du disque : « The Bomber ». Evoquant le délire d’un pilote de bombardier au Vietnam, le morceau se partage en trois parties. Commencé par un riff lourd et rageur, le titre se met à planer sur des glissades de blottleneck avant de s’écraser sur le « riff » du Bolero de Ravel, version martiale. Le final permet un redécollage électrique magistral. Tout ici est brillant, des soli de Walsh, à la rythmique de Peters et Fox, tour à tour puissante et légère, presque jazzy.
Après une telle pièce, le Gang part sur des territoires acoustiques enluminés d’orgue Hammond. Tout commence avec le magnifique « Tend My Garden ». « There I Go Again » se veut plus country, quand « Thanks » se veut plus soul. Le disque se clôt sur le celtique et très zeppelinien « Ashes, The Rain, And I ». Chanson superbe, émouvante, elle semble clore la vie du pilote de bombardier sur un tapis de cendres, sous la pluie. De discrets arrangements de violons viennent appuyer le côté dramatique du titre, et qui n’est pas sans rappeler « Upon A Golden Horse » sur l’album « Walking Into Clarksdale » de Page et Plant en … 1998. La mélodie au violon a également été piquée par Fatboy Slim, pour info.
Le groupe produira un troisième album en 1971, « Thirds », très réussi également, avant que Walsh parte pour une carrière solo très réussi avant son intégration dans les Eagles (So What » en 1974), puis progressivement, le son se fera plus FM commercial. Il semble que Walsh, à soixante balais, se soit rendu compte que le blues et l’électricité lui faisaient du bien, puisqu’il a reformé le James Gang l’année dernière. Décidément, il semble que pas mal de héros rock arrivent à l’âge de raison. A moins que ce soit la peur de vieillir.
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